Gédéon, la révolte contre la conduite de l'Histoire
Juges 6 : Gédéon parle au nom d'Israël, et l'Éternel l'envoie avec cette force.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Gideon face à l'appel de Hachem : pourquoi lui ?, 1 h 02
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Il s'agit de la série sur le Livre des Juges (Sefer Choftim). Il y a un trimestre, nous avions commencé à traiter l'histoire de Gideon. Je vais résumer jusqu'au passage que nous allons commencer à voir aujourd'hui et dans les semaines à venir: chapitre 6, verset 25. Pour ceux qui se rappellent et ceux qui ne se rappellent pas, nous avions vu Gideon apparaître dans l'histoire. Il est habitant d'Ofra, de la famille des Avi-Ezer.
Je fais plus qu'un résumé, parce que je veux qu'on entre dans le vif du sujet: la réaction de Gideon lorsqu'on vient le voir pour le révéler à lui-même.
C'est une réaction accusatrice vis-à-vis de l'Éternel, c'est-à-dire une remise en question de la conduite de l'histoire par l'Éternel. Gideon dit à Ich Elohim, à l'homme de Dieu: « Comment veux-tu que moi, je sois le libérateur d'Israël ? »
Israël se trouve dans une situation précaire, dont il faut se rappeler le contexte: les Midianites ont envahi Israël, cela fait bientôt sept ans que cela dure. Et les Midianites ont envahi Israël parce que, on s'en souvient, Vaya'assou Bné Yisraël hara be'einei Hachem: les enfants d'Israël firent le mal aux yeux de l'Éternel. Rappelons cet axiome explicatif.
Faire le mal aux yeux de l'Éternel recouvre deux choses dans le Livre des Juges, et une d'entre elles dans le reste de tout le Tanakh. Premièrement, le fait de ne pas avoir conquis Erets Israël dans son ensemble, ce qui engage, bien entendu, une présence mélangée au sein d'Israël. Qu'est-ce que cela veut dire, une présence mélangée ?
Ce sont des peuplades qui n'ont pas été chassées d'Israël, ou qui n'ont pas accepté de partir de plein gré, ou qui n'ont pas accepté de se soumettre au joug d'Israël, à la loi d'Israël. Et cette présence parmi les enfants d'Israël va entraîner une forme d'assimilation. Je vous l'avais dit: dans la Guemara, on le traduit en français ainsi: on ne peut pas rentrer chez le tanneur et ressortir sans odeur. Permettre aux Cananéens, par exemple, d'être présents parmi nous, cela va sans dire que je vais être attiré, d'une manière ou d'une autre, par leur culture, leur langue, leur manière d'être.
En conséquence de quoi ? Les Midianites sont venus et ont pris d'assaut Israël. Aujourd'hui, Israël se trouve dans une situation où il est le serviteur de Midian. Bien. Lorsque Gideon dit à Ich Elohim: regarde la situation d'Israël, comment se fait-il que l'Éternel ne prenne pas en compte la libération d'Israël alors qu'il est dans cette situation précaire ? Gideon ne veut pas qu'on le prenne lui seul comme témoin; il veut qu'Israël soit le témoin de lui-même. C'est-à-dire que Gideon ne parle pas à la première personne du singulier, mais à la première personne du pluriel. Il parle au nom d'Israël.
On aurait attendu de Ich Elohim qu'il réagisse en disant: « D'où vient cette outrecuidance ? D'où vient cette effronterie ? » Pour critiquer la manière qu'a l'Éternel de conduire l'histoire. Mais non, Ich Elohim ne dit rien. Et qui intervient ? L'Éternel lui-même, qui lui dit: Lekh be-zo'tekha: va avec cette force. Quelle force !
Avec cette force qui te fait parler, non pas en ton nom, alors que tu es l'homme choisi, mais en parlant au nom de tout Israël. Vous avez remarqué chez les Sefaradim: à chaque fois qu'on doit commencer une prière, on dit: Hiné anokhi chelou'h…, au nom de tout Israël.
Je vous avais raconté comment cette Chounamite reçoit le prophète Elisée, et à force de le recevoir dans le gîte et le couvert, son serviteur Guehazi lui dit: « Maître, il faudrait lui offrir quelque chose à cette femme, elle n'a point d'enfant. » Et lorsqu'il la convoque et veut lui annoncer qu'il va lui offrir ha-moèd ha-zeh, la descendance, que lui répond-elle ? « Je n'ai besoin de rien. Pourquoi ? »
Be-tokh ami anokhi yoshevet: au sein de mon peuple, je réside. C'est déjà le plus grand présent, la plus belle récompense qui soit, que d'avoir la possibilité de dire: au sein de mon peuple, je réside.
Nous sommes donc ici confrontés à Gideon, que l'Éternel invective lorsqu'il lui dit lekh be-zo'tekha, « va avec cette force ». Je vous rappelle que la force, ici, consiste non seulement à avoir pu remettre en cause, au nom de tout Israël, de la collectivité d'Israël, l'événement divin dans l'histoire, mais qui plus est à avoir un esprit capable de remettre cela en question.
Et de ne pas recevoir, dirons-nous, d'une certaine manière, les choses telles qu'elles sont. Moi, personnellement, face à l'homme de l'Éternel, je n'aurais pas osé me rebiffer comme le fait Gideon, en remettant en question la manière de conduire l'histoire par l'Éternel.
Gideon a été choisi. L'Éternel en fait celui qui devra libérer Israël du joug de Midian. Sa fonction ? Agriculteur. Lorsque Ich Elohim vient le rencontrer, il est en train de battre le grain. Qu'est-ce qu'on fait en battant le grain ? On sépare le grain de la balle.
Et ce grain, il va l'engranger, nous dit le texte, sans y revenir, afin de prévoir les jours de disette et de famine, dans le cas où Midian s'installerait à tout jamais ici. Sa responsabilité ne concerne pas seulement lui, car ce qu'il est en train de faire, il le fait pour son père, dit le texte, pour sa famille, peut-être même pour son village. Sa responsabilité n'est pas personnelle, elle est collective.
Non pas comme beaucoup d'entre nous, où notre responsabilité s'arrête à l'égoïsme qui est le nôtre. Combien d'entre nous préféreraient conjuguer les verbes de notre histoire à la première personne du pluriel, plutôt que de rester dans cette première personne du singulier qui ne nous engage pas plus que cela. N'est-ce pas ?
On va lire le texte ensemble et entrer dans le vif du sujet. Je vais vous remettre dans le bain, si vous aviez oublié ma voix. Je considère que vous êtes intelligents, réfléchis, sensibles et émotionnels, en conséquence de quoi le niveau dialectique et didactique doit être élevé. L'histoire n'a pas été faite pour les cancres, mais pour les hommes capables de prendre leur histoire entre leurs mains, haut la main, pour décider de ce qu'elle deviendra. Et on laissera les clochards de l'histoire sous les ponts de l'histoire. On y va ?
Verset 25, chapitre 6. Je peux vous dire sincèrement, et Dieu sait si je ne m'ennuie pas, que vous m'avez manqué, et je retiens mon émotion. Cela se trouve dans le texte, et pas sur mes yeux. Vayehi ba-laila ha-hu: et ce fut en cette nuit. Et l'Éternel s'adressa à lui, à Gideon,
en lui demandant de prendre le taureau qui appartenait à son père, et la deuxième bête, celle qu'on avait nourrie, je vous le dis, le verbe n'est pas marqué, mais qu'on avait nourrie, gavée pendant sept ans. Ve-harasta et hamizbéah: tu as détruit l'autel du Baal qui appartenait à ton père, et l'achéra qui s'y trouvait, c'est-à-dire la déesse Astarté.
Cours de Machon Meir
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