Haran, Nahor et la tentation du cosmopolitisme
Pourquoi la mort de Haran à Our Kasdim et le choix de Nahor éclairent l'opposition entre cosmopolitisme et universalisme.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Abraham, la guerre des rois et le refus de Sodome, 49 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom tout le monde. Béréchit, chapitre Yod Alef, verset Kaf Zayin. Nous avons ici six versets, ce n'est pas grand-chose, vous allez me dire, mais ces six versets sont d'une importance capitale pour comprendre le livre de Béréchit. Ça demande donc une certaine concentration. Je reprends ici, au chapitre Yod Alef, verset Kaf Zayin.
Voici les engendrements de Terah. C'est-à-dire que la famille de Terah est le sujet d'une attention particulière. Terah engendra Avraham, Nahor et Haran. Et Haran engendra Lot. Vayamot Haran. Il y a ici, pour l'instant, trois lignées en principe: la lignée d'Avraham, la lignée de Haran et la lignée de Nahor.
Vayamot Haran al penei Terah avihou, Haran mourut du vivant de son père Terah, c'est-à-dire qu'il est mort avant son père. Be'eretz moladeto, dans le pays de sa naissance. Be'our Kasdim, à Our Kasdim. Bon, ça veut dire quoi tout ça ? Ça veut dire qu'il y a quelque chose qui n'est pas naturel. Mourir du vivant de son père, ce n'est pas l'ordre habituel. En général, on meurt après son père. Là, c'est l'ordre des générations qui est bouleversé. Si la Torah nous fait part de la mort prématurée de Haran, c'est qu'il s'est passé quelque chose. Il y a eu un accident. Mais quel était l'accident ? La Torah ne le dit pas, mais elle nous donne quelques renseignements extrêmement parcimonieux, qui doivent suffire.
Be'eretz moladeto, dans le pays où il était né. Si on dit que c'est le pays où il est né, cela signifie que ce n'est pas son pays. En principe, on meurt dans son propre pays. De manière générale, on naît dans son pays et on meurt dans son pays. Mais si on nous dit qu'il est mort dans le pays où il était né, cela veut dire que ce n'était pas le pays où il aurait dû naître. Sinon, ça ne servirait à rien de le dire.
Il est mort dans le pays où il était né, c'est ce qui est écrit. On n'a en général pas besoin de le dire. Quand quelqu'un meurt, c'est supposé, a priori, dans le lieu de sa naissance. Si on nous dit qu'il est mort dans le pays de sa naissance, cela veut dire que c'était exceptionnel que ce soit le pays de sa naissance. Effectivement. Quel était le pays d'origine de la famille, vous vous rappelez ? De quel peuple était cette famille ? C'étaient des Ivrim. Ils venaient de quel pays ?
De la terre des Hébreux, qui, comme on a réussi à l'identifier la dernière fois, se trouvait en Erets Kenaan. Or, le lieu où ça se passe, la famille se trouve à Our Kasdim. Our Kasdim, quel que soit l'endroit où c'est, ce n'est pas Erets Kenaan. Cela veut dire que la famille est en exil. C'est l'histoire d'Israël, donc, si on veut. Et donc, ce n'est pas en Erets Kenaan. L'histoire de la famille des Hébreux, de la famille d'Israël, commence par une famille en exil.
Et avec les problèmes que suppose cet exil. Si on nous dit qu'il est mort en exil, et qu'il est mort jeune, cela veut dire qu'il s'est passé quelque chose là-bas. Les hachamim ont dit dans le midrash qu'en fait il y avait eu une persécution contre les Hébreux, dont Haran a été la victime. Mais en quoi consistait cette persécution ? Là, nous avons la fin du verset: Be'our Kasdim.
Our veut dire la fournaise, la fournaise des Kasdim. Bien que ce soit aussi le nom de la ville, la Torah a employé ce terme pour nous dire quelque chose. Les hachamim ont compris que la persécution consistait à introduire des Hébreux dans des fours. C'est ainsi qu'a disparu un tiers de la génération en question. Vous avez Avraham, Nahor et Haran.
Haran représente donc un tiers de ce qui reste du peuple hébreu de l'Antiquité, et il est brûlé dans la fournaise d'Our Kasdim. Il y a eu une persécution dramatique, il s'est passé quelque chose, et c'est ainsi qu'a disparu un tiers du peuple. Oui ?
— Les Chaldéens.
Les Chaldéens, effectivement. Maintenant, d'après les hachamim, c'était le roi Nimrod, l'auteur de la tour. Que ce soit lui ou quelqu'un qui le représente, peu importe. Il y a donc une persécution contre les Hébreux, probablement à cause de ce qu'ils représentent.
— C'est un midrash ?
C'est un midrash. Le midrash nous raconte d'ailleurs quelque chose d'assez intéressant. Quel était le métier de Terah ? Ce n'est pas écrit dans la Torah. Il était fabricant d'idéologies. Il avait un magasin d'idéologies.
— Comment ça ?
Il vendait des idéologies. Les gens venaient: « Vous avez quelque chose pour réparer le monde ? » Eh bien, j'ai du communisme, j'ai du socialisme, j'ai du libéralisme, et puis j'ai aussi du panthéisme, si ça vous intéresse. Vous voulez du bouddhisme ? Voilà. Et les idéologies de l'époque étaient vendues sous forme d'idoles. D'accord ? C'était en fait un producteur d'idéologies. Un producteur.
Si quelqu'un vend et que le goy achète, cela veut dire que ça marche bien. N'est-ce pas ? Si on fabrique et que personne n'achète, on ferme la boutique. Or, il avait pourtant sa boutique d'idoles. Prenez maintenant ça très, très au sérieux. Que signifie ce midrash ? Si les goyim considèrent qu'un Hébreu est capable de fabriquer des dieux, cela veut dire que l'Hébreu lui-même, qu'est-il ? Un super-dieu. Un dieu des dieux, un créateur de dieux et d'humains. Vous voyez que déjà, à l'origine, avant même l'apparition du monothéisme d'Avraham, il y a cette intuition chez les nations, c'est ainsi que le midrash se comprend: un Juif, un Hébreu, peut être divinisé. On prend un Hébreu et on en fait l'objet d'un culte. Et c'est cette même population, capable de diviniser un Hébreu, qui est capable de jeter l'Hébreu dans un four. C'est quand même intéressant, non ?
— Oui, vous avez tout à fait raison.
Jamais les gens de cette Antiquité ne pensaient que les pierres étaient des dieux. Ils vendaient des idoles et ils pensaient que les dieux résidaient dans les idoles. Ils faisaient tous la même chose, un peu à la manière dont nous disons, les habiles, la présence de la Shekhina dans le Beit Hamikdash. C'était un peu leur manière de voir. Ils disaient: on va faire une idole comme ça, on va la façonner de cette manière, et le dieu va habiter l'idole. D'accord ? Le dieu, en fait, c'est une étoile. Oui, c'est moi, je m'inquiète bien. Our, ça ne veut pas dire la lumière. Or, our n'est pas du tout la même chose. Ça s'écrit avec les mêmes lettres, c'est vrai.
De même que le mot kos, en hébreu, veut dire un verre, et veut dire également un oiseau de proie. Un oiseau de proie n'est pas un verre. D'accord ? Pourquoi la fournaise porte-t-elle un nom écrit avec les mêmes lettres que le mot or, qui veut dire lumière ? C'est une raison très simple: le feu donne de la lumière. Il y a une différence entre or et our.
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