Ele Toledot : la création reprise par les hommes
Pourquoi « voici les engendrements » reprend la création, et ce que la vocation d'achever l'homme implique.
Rav Oury Cherki
Ensuite : L'homme dans le jardin d'Eden : travailler et garder, 50 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bonjour tout le monde. Passons au chapitre bête, au verset d'Alet, dans Béréchit. Toledot hachamayim veha'aretz behibaram: voici les engendrements du ciel et de la terre lorsqu'ils furent créés. Beyom asot Hachem Elohim eretz behchamayim: le jour où Hachem Elohim a fait ciel, terre et ciel. Bon, ce verset-là, on s'attendrait à ce qu'il soit au début de la Torah. C'est ça ? « Voici les engendrements »...
Du ciel et de la terre. Donc on va nous raconter la création du monde, et ça devrait venir au début de la Torah. Mais ce n'est pas au début de la Torah: il y a auparavant plein de versets qui sont là pour nous apprendre la création du monde. Alors là, il faut faire une petite remarque grammaticale. Le mot éle, qui commence le verset, vous avez vu que le verset commence par le mot éle ? On l'a déjà dit tout à l'heure, au chapitre bête, au verset d'Alet. On l'a déjà dit, oui ?
Éle toledot hachamayim veha'aretz. Le mot éle, en hébreu, veut dire « voici ». Il est souvent utilisé dans la Torah. Il y a un autre mot similaire, enfin proche, disons, c'est le mot vééle, « et voici ». Or il y a une petite différence entre vééle et éle, selon la tradition orale. Quand il est dit vééle, ça vient ajouter à ce qui a été dit auparavant.
Tandis que quand il est écrit éle, pas ça, l'état riche de l'hymne: ça vient disqualifier ce qu'il y avait avant. Comme ici il est écrit éle, ça veut dire que tout ce qui a été raconté jusqu'à maintenant est disqualifié. C'est-à-dire le monde entier. Je ne sais pas si ce n'est pas bon, en tout cas ça ne nous intéresse pas. Mais enfin, c'est quand même écrit dans la Torah, oui ?
— Hein ?
— Oui, c'est dans la Mechilta. C'est dans la Mechilta, c'est dans la tradition orale. Oui. Alors il y a une certaine logique. Si je dis vééle, « et voici », le vav vient mettre en rapport avec ce qu'il y a en haut.
Ce qui veut dire que quand il n'y a pas le vav, ça vient disqualifier ce qu'il y a plus haut. C'est tout. C'est, c'est, c'est en fait tout simple, ce principe. Je pense que ça tient le bout, non ?
— Ouais, ça tient la route.
Bon, maintenant, continuons dans l'histoire de Éle et Vééle. Éle toledot hachamayim véaretz: tout ce qui a été raconté jusqu'à présent est à mettre de côté. On reprend à zéro, on raconte à nouveau la création du monde. Mais on la raconte d'une autre manière.
On la raconte à travers les toladot et les toldot, les engendrements. Mot capital, ce mot-là. C'est un mot qui apparaît en tout et pour tout treize fois dans la Bible. C'est une des treize fois, c'est la première. Ça veut dire que, à partir de maintenant, tout ce qui s'est manifesté dans la création du monde va se manifester à travers les engendrements.
C'est quoi un engendrement ? Descendance, génération, c'est-à-dire donner naissance à des hommes. Des hommes vont faire des hommes. Jusqu'à présent, le premier homme a été fait par Dieu. On pourrait dire que c'est une relation verticale, de haut en bas: c'est HaKadosh Baroukh Hou qui pointe son doigt vers la créature pour créer l'homme. Et puis, à partir de maintenant, ce sont les hommes qui vont faire des hommes. Ils vont engendrer.
Eh bien, l'engendrement va être une réplique du travail de la création, mais là, ça va marcher. Parce que je ne sais pas si vous avez vu: jusqu'à présent, il y a toujours des échecs. L'homme n'a pas réussi à être créé comme il le fallait. L'homme est inachevé. On avait vu ça dans les cours précédents. Il reste donc toute l'histoire pour que l'homme s'achève. Comment va-t-il s'achever ? En participant à l'œuvre de la création, en créant lui-même un homme. Et c'est ça qu'on appelle les toladot.
Ça veut donc dire, comme tu le dis si bien, que Dieu nous a associés à son œuvre. Très bon. Ça, ce n'est pas un thé, en fait, c'est autre chose, n'est-ce pas ? Ce n'est pas du thé, c'est…
— Ah voilà, c'est ça. On sent qu'il y a quelque chose de particulier.
Très bien. Mes félicitations. Donc je disais: nous sommes associés à l'œuvre de la création, et les toladot nous associent aussi à d'autres. Et à partir du moment où l'homme a réussi à faire un homme parfait, on peut dire que l'œuvre du septième jour est réalisée. Et comment appelle-t-on un homme fait par un homme ? En hébreu, s'il vous plaît.
— Ben Adam.
D'accord ? Il y a un Adam, il y a un Ben Adam. Ben Adam, c'est également le surnom du Machiah. Dans plusieurs textes, entre autres dans le livre de Daniel, mais également dans le livre de Tehillim, le Machiah porte le nom de Ben Adam. C'est-à-dire qu'il est l'homme achevé.
Ben, non, « fils », c'est Ben, mais ça vient de quel mot, de quelle racine ? Bana, construire. Ce qui est construit est également rapproché du mot Bina, qui veut dire entendement. C'est-à-dire l'homme qui est capable d'entendement, qui est totalement construit: c'est le Ben Adam, c'est le Machiah. Donc on peut dire que dès qu'un homme est créé par un homme, ce fils de l'homme est candidat à être le Machiah.
Donc on pourrait dire: le premier qui a été dans cette situation, c'était qui, au fait ? Adam. Qui est le premier à avoir été un Ben Adam ? Caïn, n'est-ce pas ? C'est-à-dire que Caïn, ce n'est pas n'importe qui: c'est en fait le Machiah, si ça avait marché. D'accord ? Et vous comprenez que ça explique qu'il était d'origine juive, puisque sa mère le considérait comme le Machiah.
Bon, maintenant vous allez voir que c'est beaucoup plus compliqué que ça. On voit que ça prend des milliers d'années, et on n'a pas encore réussi le Ben Adam. C'est-à-dire que nous, qui sommes-nous alors ? Nous ne sommes plus Adam, mais nous ne sommes pas encore le Ben Adam. Alors qu'est-ce que nous sommes ? Eh bien, quelque chose en évolution. Quelque chose qui évolue de l'Adam jusqu'au Ben Adam: c'est l'homme se parachevant. C'est ça, la condition humaine. Évidemment, il y aura une fin à ça. Mais pour l'instant, c'est là que nous en sommes.
— Oui, vas-y. Le Ben Adam est parfait. C'est toi qui es un Ben Adam…
C'est pour ça que c'est un Ben Adam, c'est l'homme construit. Qu'est-ce que tu en penses ?
— Je pense que non.
Très bien. Tu as raison. C'est-à-dire que nous sommes arrivés à la perfection de ce que l'homme doit être, c'est-à-dire qu'il est conforme au projet, comme on dit. Voilà. Oui ?
— Hein ?
Ben non, justement, il aurait pu. C'est-à-dire que Caïn avait pour projet de devenir un Ben Adam, mais ça a foiré. Pourquoi ? On va le comprendre quand on étudiera le texte. …
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