Gaal Israël, la prière et la conscience historique
Pourquoi la bénédiction de Gaal Israël précède la Amida, et ce qu'elle dit de la référence divine après la destruction du Temple.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Techouva shelema : le retour dont on ne connaît pas les effets, 54 min
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Après ces incidents techniques, qui ont fait que le premier quart d'heure du cours a été perdu pour la postérité, nous revenons à notre problème: pourquoi faut-il accoler la bénédiction de Gaal Israël au Chéma Israël ? Comme on l'a dit tout à l'heure, cela fait partie du Chéma, ou ne fait pas partie du Chéma ? Oui. Baroukh Hachem, qu'est-ce que ça veut dire ?
De quelle bénédiction ? Gaal Israël. Baroukh Ata Hachem Gaal Israël. Traduisons pour l'instant: béni sois-tu, Hachem, qui a racheté Israël. Il y a un petit problème. Si l'on veut dire « qui a sauvé Israël, qui a libéré Israël », en hébreu cela devrait se dire Hachem ché Gaal Israël, avec une préposition, le « qui ». Ou bien, si c'est un présent, on devrait dire Goël Israël, sauveur, libérateur d'Israël. Or on ne dit ni l'un ni l'autre: on dit Gaal, ce qui est incorrect sur le plan grammatical.
En fait, on peut le lire ainsi, comme le faisait remarquer Nehama Leibowitz, grande commentatrice de la Torah: Gaal est un nom de métier. Celui qui exerce le métier de sauver. C'est comme Sapar, le coiffeur, Nagar, le menuisier, Nahar, le forgeron. Une profession. Celui qui fait profession de sauver Israël. Il n'y a pas de Hadia avant le métier. Un coiffeur se dit Sapar, c'est ça ?
Donc Gaal signifie un sauveur de métier. C'est-à-dire: celui dont le métier, Baroukh Hachem Gaal Israël, celui dont la profession est d'être le libérateur d'Israël. Vous avez entendu qu'on dit cette phrase à voix basse dans les minyanim de nos frères ashkénazes, alors que dans les minyanim de nos frères séfarades elle est dite à voix haute. La raison: puisqu'il faut relier l'une à l'autre, si elle est dite à voix haute, le public va répondre Amen, ce qui ferait une interruption entre les deux. Elle est donc dite à voix basse pour que le public ne puisse pas répondre Amen, et qu'on puisse relier Chéma et Gueoula. Mais comme nos frères séfarades ne répondent pas Amen aux bénédictions du Chéma, il n'y a pas de problème. Donc je le dis à voix haute, pour qu'on sache que va commencer maintenant l'Amida. Voilà, c'est tout.
Mais si je dis « nos frères séfarades et nos frères ashkénazes », qui sont alors « nous » ? Si je dis « nos frères séfarades et nos frères ashkénazes », alors qui est ce « nous » ? Mais non, ce sont les Yéménites, tout simplement. Laissons tomber pour l'instant.
Je reviens donc au problème de la Gueoula et de la Tefila. D'où vient cette halakha ? Comment s'est-il fait que, dans l'histoire, on ait dû brusquement coller l'une à l'autre ? Ce que j'ai expliqué tout à l'heure, c'est qu'en faisant la prière, il faut savoir à qui la prière est adressée. Il ne faut pas se tromper. Si je me trompe, Ḥass veChalom, je fais de l'idolâtrie.
Cela veut dire que Dieu protège. Et en arabe, je dis: en arabe. En fait, cela signifie qu'à l'époque du Temple, si je demandais à n'importe qui sur terre, goy ou juif, n'importe qui: dis-moi, qui est le Dieu auquel les Juifs s'adressent ? La réponse serait: les Juifs s'adressent au Dieu qui a un Temple à Jérusalem. Il y a une adresse. On sait vers qui c'est orienté.
Et l'on sait, par différents textes de la Guemara, que les kohanim, les prêtres du Beit Hamikdach, connaissaient les secrets de la divinité. D'une certaine manière, la référence existait, elle était vécue. Il y avait une référence existentielle: on savait à qui la prière est adressée, à Celui qui réside dans le Temple de Jérusalem. Puis le Temple a été détruit. La référence disparaît. On ne sait plus à qui la prière est adressée.
Il n'y a plus de lieu géographique. Alors qu'est-ce qui nous reste ? Il nous reste le passé et l'avenir. Le présent n'existe plus, mais nous adressons la prière à Celui dont nous savons que dans le passé il a sauvé Israël, et que dans l'avenir il le refera. C'est à partir de ce moment que la conscience juive devient une conscience historique, tendue entre le passé et l'avenir. Donc, pour savoir à qui la prière est adressée, pour ne pas se tromper, on dit Gaal Israël, et c'est à Lui qu'on adresse la prière. Vous avez compris ? Très bien.
Jusque-là, ça va. Je vais maintenant compliquer les choses. S'il y a encore une question, il faut la poser maintenant.
— Oui, mais à l'époque du Beit Hamikdach, c'est vrai qu'on savait que Dieu nous avait libérés d'Égypte, et qu'Il nous libérerait un jour. Mais la vérité n'était pas au centre de nos préoccupations. Le présent nous remplissait. Dans le présent, il y avait une présence.
Les miracles du Beit Hamikdach, mais même sans les miracles, c'était ressenti comme tel. Quand j'allais au Temple pour les fêtes de pèlerinage, j'allais rencontrer la face du Seigneur. Je savais à qui je m'adressais. Il était là pour me parler, même si je n'étais pas prophète. D'accord ? Puis cette présence a disparu. La Chekhina est partie. Il me reste alors un souvenir et une espérance.
— Il y a un souvenir pour tout le monde, parce que l'empreinte de ce qu'il y avait est restée. Comme le disaient les autres: si la voix s'est tue, l'écho n'est pas tari. C'est une phrase qui était imprimée sur la première page de la revue Targoum. La revue Targoum était publiée par l'école Gilbert Bloch d'Orsay dans les années 50. Manitou. Il est probable que c'est Manitou qui a formulé cette phrase.
Ce n'est pas écrit dans le texte, mais c'est probablement lui qui l'a écrit. Revenons à notre sujet. On dit Baroukh Hachem Gaal Israël et on fait la prière. Et cela, c'est le matin. Mais pourquoi le matin ? Pourquoi pas l'après-midi, Min'ha par exemple ? À Min'ha, on ne dit pas Gaal Israël. Il n'y a pas de lecture du Chéma, c'est vrai. Donc la référence à Min'ha est problématique.
Qu'en est-il du soir, à Arvit ? On dit Gaal Israël ou pas ? On dit Gaal Israël, mais il y a un petit supplément: le Hachkivénou. Et après ce supplément, il y a un autre supplément, le Kaddich. Et si c'est Chabbat, il y a Chamerou et tout cela. Il semblerait donc que, le soir, il soit plus problématique de faire Smikha, Gueoula et Tefila ensemble, mais le matin, à Chaharit, c'est accepté. Est-ce que vous me suivez ?
— La Guemara ne parle pas du Kaddich.
Le Hachkivénou, elle en parle, et nous allons y arriver. Si nous avons le loisir d'arriver jusqu'au texte aujourd'hui, ce sera merveilleux. Sinon, pour la prochaine fois, on photocopiera. Maintenant, ce que je me demande, c'est ceci: l'événement de Gaal Israël, dont nous parlons dans la bénédiction, quel est-il ? La sortie d'Égypte. Petite question: à quelle heure de la journée s'est faite la sortie d'Égypte ? Nous avons plusieurs réponses dans le public. Une première proposition: cela s'est passé le matin. Une …
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