Paix d'en haut, paix d'en bas dans la prière
Pourquoi la prière demande que la paix du ciel descende sur terre, et pourquoi l'homme seul ne peut la faire.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Refaénou : la guérison et la délivrance dans la prière, 53 min
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Oui, alors ce sont les âmes des tsadikim, on avait vu ça. Mais comme on n'est pas en train d'étudier cette bénédiction-là, on va devoir ne pas trop s'étendre là-dessus, malheureusement. Ce qui est vrai pour la paix, pour le chalom, c'est qu'il y a en permanence de la paix dans le monde. S'il n'y avait pas de paix dans le monde, le monde s'effondrerait. Mais cette paix se fait en haut et pas en bas.
D'où la fameuse expression, extrêmement pessimiste, que nous avons déjà citée plusieurs fois: Ossé chalom bimromav, hou yaassé chalom aleinou. Celui qui fait la paix dans les hauteurs, c'est lui qui fera la paix sur nous. Et cette phrase-là, ve'al kol Israël, ve'imrou amen. Ce qui est supposé dans cette phrase, c'est que d'abord il y a la paix en haut. Ossé chalom bimromav, il y a une paix dans le monde céleste.
Par exemple, la Guemara dit: entre Gabriel et Michaël. Gabriel est fait de feu, et Michaël est fait d'eau, et pourtant l'eau et le feu se conjuguent ensemble dans le ciel. Pour ça, Chamaïm, le ciel, Esh oumaïm, c'est le feu et l'eau. C'est-à-dire que dans le monde d'en haut, dans le monde des valeurs, il y a accord. Mais sur terre, il y a rivalité entre les valeurs, sur terre il n'y a pas de paix. Et donc on demande que la paix qui est en haut arrive en bas. De plus,
il y a quelque chose d'extrêmement pessimiste: on suppose que nous autres, les hommes, Israël, ne sommes pas capables de faire la paix. C'est HaKadosh Baroukh Hou qui est capable de l'amener. Ça brise totalement la vision naïve comme quoi la paix serait naturelle aux hommes. Quand on entreprend une réflexion sur le problème de la guerre et de la paix, souvent on se dit comme ça: la paix c'est naturel et la guerre c'est un malheur.
Et on peut amener une preuve de ça. Si vous interrogez tous les hommes de la planète, et que vous leur demandez: qu'est-ce que tu préfères, la paix ou la guerre ? Eh bien, une majorité écrasante, plus de 90 %, vous répondra: nous préférons la paix à la guerre. N'est-ce pas ? Mais dans la réalité, il y a des guerres. Tout le temps. Au moment où nous sommes en train de parler, il y a entre vingt et trente guerres qui se font sur terre. Des conflits armés, violents, sanguinaires, dans le monde entier.
D'ailleurs, il y a des midrachim qui disent qu'il y a eu une seule époque de l'histoire où il n'y avait pas de guerre dans le monde entier, c'était au temps du roi Salomon, Chlomo, qui veut dire la paix. Mais pendant tout le reste de l'histoire, il y a des guerres. Et alors, est-ce qu'on a l'habitude de dire: oui, mais ce sont quelques politiciens et quelques intéressés
qui entraînent les masses pacifiques à la guerre, ce sont des salauds. D'accord. Mais si c'est vrai, alors il faudrait les tuer et on en finirait. Il suffirait de tuer quelques fauteurs de troubles dans le monde, et il y aurait la paix sur terre. Si ce n'est pas la vérité, la réalité, ça prouve qu'en vérité la guerre est pratiquement dans la nature intime de l'homme.
Comme on dit en français, c'est consubstantiel à l'identité humaine. C'est-à-dire que les hommes sont des êtres qui font la guerre, et quand il y a la paix, c'est là que c'est exceptionnel. Et il faut comprendre pourquoi les hommes ont une tendance naturelle à la guerre. D'accord ? Elle ne s'exprime pas toujours, parce que la guerre est contraire à la morale. La morale, c'est qu'on ne tue pas son prochain.
Et pourtant, on le tue. Pour le faire, il faut jeter la responsabilité sur quelqu'un d'autre. La responsabilité sera par exemple concentrée chez le politique: c'est le roi, c'est le gouvernement, ce sont les grands groupes pétroliers, etc., qui ont fait la guerre. Mais en vérité, c'est une volonté collective de l'ensemble des hommes. Il y a donc une tendance naturelle à la guerre. Il faudrait comprendre pourquoi. Il y avait un Grec du nom de Platon, qui s'est penché sur la question, et Platon dit que
la violence fait partie intime de la nature humaine. Il y a une preuve de cela: nous avons des dents, des ongles, nous avons le moyen de donner des coups de pied. Il y a donc quelque chose de violent en nous, qui veut mordre, qui veut tuer, qui veut détruire. C'est ça ? Ça existe. Et donc ça s'exprime. C'est ce qu'on appelle en hébreu, il y a un très beau mot pour ça, le Yetser Hara, le mauvais penchant. D'accord ? Ça, c'est la réflexion d'un ancien Grec, Platon.
Il y a d'autres interprétations qui ont été données un peu plus tard. Par exemple, un des grands spécialistes de la réflexion sur la guerre dans la modernité, c'était Clausewitz, von Clausewitz. Un Allemand, un Prussien plus précisément, qui était officier au temps de Napoléon,
et qui a vu beaucoup de carnage et qui a essayé de comprendre ce que c'était que la guerre. Il a inventé un truc génial. Il a dit: la guerre, c'est parce qu'il y a des conflits d'intérêts. Voilà. D'ailleurs, il n'est pas le seul à l'avoir dit. Il y avait un autre Allemand, Emmanuel Kant, qui a dit ça de la même manière. Et d'après Clausewitz, on peut dire que les conflits d'intérêts expliquent les guerres, et que le responsable de la guerre, si on cherche un responsable, c'est le faible.
Par exemple: moi je suis très fort, j'ai une armée très forte, et toi tu es faible et tu as des puits de pétrole. Tu devrais bien comprendre que tu n'as aucune chance de t'en tirer. Donc tu aurais dû dès le départ renoncer à tes richesses en ma faveur. Le fait que tu ne le fasses pas va entraîner, par la force des choses, la violence, et donc c'est toi le responsable. La raison du plus fort est toujours la meilleure, nous allons prouver tout à l'heure. Bonsoir.
Ça, c'est la thèse de Clausewitz, qui n'est pas si idiote que ça, mais qui admet la guerre comme une donnée, disons, pratiquement insolite. Il y avait donc un non-juif, Emmanuel Kant, dont on nous a cité le nom, qui a été préoccupé par la guerre et qui a dit qu'il faut régler ça. Il a écrit un livre qui s'appelle La Paix perpétuelle. Il explique que finalement la paix viendra
pour deux raisons. Tout d'abord parce que les armes vont devenir de plus en plus violentes, de plus en plus efficaces. Et donc tout le monde aura peur d'utiliser son arme, de peur que l'autre l'utilise aussi. C'est ce qu'on appelle en français l'équilibre de la terreur. J'ai une bombe atomique, oui, mais toi aussi tu en as une. Ça ne vaut pas tellement la peine que je l'utilise, parce que tu vas l'utiliser contre moi aussi. On ne sait jamais qui va la jeter en premier.
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