Le Kouzari : la philosophie, premier adversaire
Pourquoi Rabbi Yehuda Halevi s'adresse d'abord au philosophe, et le danger d'un effort sans la mitsva.
Rav David BenEzra
Ensuite : Comment Dieu parle-t-il à l'homme selon le Kouzari, 25 min
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Shalom, shalom. C'est la troisième étude que nous faisons sur le Kouzari. Puisque tout le monde n'était pas là, je voudrais reprendre au moins l'essentiel. Le Livre du Kouzari a été écrit par Rabbi Yehouda HaLévi, et on pourrait le lire en parallèle du Guide des égarés de Maïmonide.
À l'origine, il a intitulé son livre Plaidoyer en faveur de la religion méprisée. Plus tard, on lui a donné le nom de Kouzari, parce que le roi des Khazars aurait posé des questions à des sages d'Israël, à des chrétiens, à des et à des musulmans. Mais à l'origine, c'est Plaidoyer en faveur de la religion méprisée. C'est le titre du livre.
Il est clair qu'il veut exposer tous les problèmes concernant certaines façons de comprendre la religion et la tradition juives, et y répondre. C'est pour cela qu'il me semble que l'artifice littéraire dont il se sert, c'est-à-dire raconter qu'il était une fois un roi des Khazars qui rêvait qu'on lui disait:
« Ton intention est correcte, elle est agréée, mais tes actes ne le sont pas. » Ce rêve revenait plusieurs fois et n'a pas laissé le roi dormir, si l'on peut dire, ken, et il s'est mis à chercher. Dans la suite, le roi va rencontrer d'abord un philosophe, dans les trois ou quatre premiers paragraphes. Ensuite, il ira rencontrer un chrétien, puis un musulman, et, n'ayant pas été satisfait de leurs réponses, il ira chercher un sage d'Israël. C'est, si l'on peut dire, l'atmosphère dans laquelle le livre se déroule.
J'ai dit que, d'une certaine façon, c'est plutôt un artifice littéraire, parce qu'il y a plusieurs signes. D'après le texte, la chose se serait passée il y a quatre siècles. Un roi qui dialogue avec un sage juif, et qui retient tous les détails, c'est un peu difficile. Rabbi Yehouda HaLévi choisit donc une certaine façon de transmettre ses idées, en prenant un roi, c'est-à-dire quelqu'un de sérieux.
C'est un roi qui se respecte, un roi qui cherche le bien de son peuple, un roi qui cherche évidemment les vertus et les qualités requises pour mériter le titre de roi. Et c'est en ce sens que, finalement, ce n'est pas à un roi qu'il répond: c'est, à la limite, à n'importe quel Juif, que l'on peut appeler Israël Bné Mélakhim, des fils de roi.
J'aurais voulu expliquer ici un premier étonnement. Ce roi qui fait ce rêve va s'adresser à quatre types de personnes: le philosophe, le chrétien, le musulman, et ensuite le Juif. Mais il y a ici une distinction très claire. Le musulman, le chrétien, le Juif, ce sont des religions. Le philosophe, ce n'est pas une religion. Or, il aurait été logique qu'un roi qui pratique déjà certains rites, puisqu'il dit lui-même qu'il a un culte et qu'il fait des sacrifices, c'est-à-dire qui est, d'une certaine façon, « entre guillemets » religieux, s'adresse d'abord aux chrétiens et aux musulmans.
Peut-être au Juif à la fin, parce qu'il considérait que le Juif n'était même pas un parti. Et il parle ensuite au philosophe. Il me semble que l'ordre est important. En quoi ? Il faut revenir à l'époque. C'est une époque où les musulmans et les chrétiens menaient leurs guerres de religion. Chacun essayait, de son côté, de faire en sorte que le monde soit entièrement chrétien ou entièrement musulman. Et c'était aussi une période où la philosophie était très présente.
Rabbi Yehouda HaLévi essaye finalement de nous dire que, de son temps, le problème n'était pas le christianisme ni l'islam. Ce qui posait problème à son époque, c'est le monde de la philosophie. Même plusieurs sages d'Israël ont pris sur eux le phénomène philosophique et ont essayé de se mesurer à cette somme de connaissances, à cette façon de procéder. Alors que, pour le Juif, les autres religions n'avaient pas vraiment de poids, étant donné qu'il était persécuté: de toute façon, « je ne veux même pas les écouter ».
C'est en ce sens que Rabbi Yehouda, dans son livre, s'adresse aux Juifs; il ne s'adresse pas à un roi, quelque part. Et le Juif était beaucoup plus préoccupé, non pas par les autres religions, mais beaucoup plus attiré par la philosophie. D'ailleurs, il parlera très peu par la suite des autres religions, alors qu'à différents moments, à propos de différents thèmes, il reprendra la philosophie. Au point que le livre est composé de cinq grandes parties, et que la dernière, la cinquième partie, est presque entièrement consacrée à la philosophie.
Il est donc clair et net qu'il essaye de défendre la tradition hébraïque, non pas face à l'islam et au christianisme, mais surtout face à la tendance philosophique, à la pensée philosophique. Je vous donne ici une référence: il reprendra la question du phénomène de la création. Vous connaissez le terme Kadmoniou Ta'olam. Selon les philosophes, le monde n'a pas été créé; il existe depuis les temps les plus reculés jusqu'aux temps les plus à venir. Ce qui est évidemment contraire à la notion hébraïque de la création: le monde est créé, il n'était pas, et finalement il existe.
Plus tard, il parlera aussi de la façon de concevoir le monde des sciences, selon la tendance philosophique et selon la tradition hébraïque. On voit donc vraiment que, s'ils se préoccupent de l'islam et du christianisme, c'est en second ordre. C'est pour cela qu'ils présentent déjà, en quatre paragraphes, quelques thèmes et opinions de la philosophie. Je voudrais aujourd'hui mettre en opposition, comme le fait Rabbi Yehouda HaLévi, le monde de la philosophie et le monde de la tradition. En quoi s'opposent-ils ? En quoi se rejoignent-ils ? En quoi puis-je accepter certaines façons de comprendre la philosophie ?
Premier élément: Rabbi Yehouda HaLévi nous dit que la tradition exige une fidélité au passé et un engagement pour la réalisation d'un projet divin dans l'avenir. C'est clair ? Voilà comment, pour Rabbi Yehouda HaLévi, se définit la tradition hébraïque. Ce n'est certainement pas l'application de rites.
Il y a quelque chose de plus important que le rite lui-même: les mitsvot sont des moyens, des instruments pour un autre but, qui est cette fidélité que le Juif a envers l'histoire des patriarches, l'histoire de la sortie d'Égypte, l'histoire d'Israël. Et ce n'est évidemment pas seulement une histoire qui s'est passée: c'est une histoire qui m'engage à quelque chose, à la prolonger, à la mener vers un certain but, à la limite, au temps de Machiah. Alors que la philosophie ne se reconnaît que dans l'humain, dans l'humanisme, le phénomène de l'histoire ne concerne pas du tout le monde de la philosophie.
Deuxième point, qui découle du premier: l'individu est engagé envers une collectivité, envers un peuple, envers l'histoire d'une nation. C'est cela, son engagement. Le philosophe, lui, qu'est-ce qu'il fait ? Il valorise l'engagement de l'individu envers lui-même. C'est-à-dire qu'il faut que chacun soit…
Troisième point: la tradition prend finalement sa source dans le dévoilement d'un message divin. C'est ce qu'on appelle Torah Min HaShemayim. Il ne s'agit pas, bien sûr, du « ciel » au sens de l'atmosphère. Dire Torah Min HaShemayim, c'est dire que ma réflexion …
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