Le Kouzari : le judaïsme est-il une identité, non une religion ?
Pourquoi le sage d'Israël rejette l'idée d'un cinquième niveau au-dessus de l'homme, et ce que signifie appartenir à un peuple.
Rav David BenEzra
Ensuite : Le Kouzari : la philosophie, premier adversaire, 33 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Nous avons présenté la dernière fois le Livre du Kouzari. Il ne faut pas oublier qu'il est écrit sous forme de dialogue entre le roi des Khazars, appelé Hakouzari dans le texte, et le sage d'Israël, appelé Haver, c'est ainsi qu'il est désigné, lorsque le roi est en quête de savoir quel est le sens de son rêve. On lui dit: Kavanatcha retsuya, aval maasecha eynam retsuyim, c'est-à-dire: ton intention est agréée, alors que tes actes ne le sont pas. Il a donc dû passer par le philosophe, par le musulman, par le chrétien, mais il s'est rendu compte que la réponse se trouvait probablement chez les juifs.
Après s'être adressé à ce sage d'Israël, le roi entend que le judaïsme n'est pas une religion. Le judaïsme est une identité, et une identité beaucoup plus complexe dans sa définition, puisqu'il s'agit d'une identité collective. Il faut bien comprendre le point de départ de cette identité, entre guillemets « judaïsme », pour savoir de quoi il s'agit.
Le principe de départ est que le Haver, le sage d'Israël, croit au Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, celui qui a fait sortir Bnei Israël d'Égypte. La définition de base commence donc dans l'histoire, et non dans des articles d'émouna ni dans des dogmes. Le roi est très choqué; il n'arrive pas à intégrer exactement de quoi il s'agit, et il arrive à la conclusion que la Torah que lui présente le Haver n'oblige que celui qui appartient à cette Torah. Il se trouve donc complètement en dehors. Finalement, il se rend compte qu'il n'a pas de réponse à sa question.
C'est pourquoi le Haver va procéder par plusieurs exemples, plusieurs formes d'explication, pour que le roi puisse s'approcher de cette idée de base et savoir de quoi il s'agit. Il lui présente ce qui, au Moyen Âge, était déjà admis au sujet des niveaux de la création.
On comprenait que le niveau le plus bas était celui du minéral, domem. Le niveau suivant est celui du tsomea'h, du végétal. Le troisième niveau est celui du baal haï, de l'animal. Le quatrième est celui de l'humain. Donc: domem, tsomea'h, haï medabèr, c'est-à-dire inerte, végétal, animal, et l'être parlant.
Le Haver pose alors la question au roi: y a-t-il un cinquième niveau ? La réponse du roi est intéressante: Madrigat Ahachamim Hagedolim, le niveau des grands sages. Le Haver refuse de considérer le sage comme un niveau distinct et supplémentaire de l'être parlant, qui était le quatrième.
Pourquoi ? Parce que le sage lui explique, à travers les quatre niveaux qu'il vient d'exposer, la question même qu'il vient de poser. Lorsqu'on passe de l'inerte au végétal, apparaît une composante qui n'existe pas du tout dans l'inerte. Les pierres, le sable, les minéraux sont des éléments statiques qui n'évoluent pas. Le végétal, lui, peut pousser, grandir, puis se flétrir. Il y a une évolution qui n'existe pas dans l'inerte. En ce sens, le végétal est véritablement distinct de l'inerte.
De la même façon, si je passe du végétal à l'animal, j'ai une composante tout à fait nouvelle, celle du sentiment. La lionne a des sentiments envers ses petits; elle ira les défendre. Un arbre n'ira pas défendre ses pommes. Au niveau de l'animal, il y a bien sûr une évolution, il grandit, mais il y a le nefesh, il a une sensation, il se déplace. Toute une série de caractéristiques qui n'existent pas chez le végétal apparaissent chez l'animal. En ce sens, je dis que c'est un niveau nouveau.
De même, en passant de l'animal à l'humain, j'ajoute encore une composante qui n'existait pas, puisque l'animal n'a pas la capacité du verbe, la capacité de la parole.
On ne va pas nous dire que les oiseaux gazouillent, que la vache meugle ou que l'âne brait, ou que le cheval hennit. Chacun a sa façon de s'exprimer, mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Ce sont des voix, une manière sonore d'exprimer quelque chose, mais cela n'exprime pas une pensée. Cela n'organise pas une pensée à travers la parole pour la transmettre à l'autre et construire des niveaux de compréhension. Cela existe chez l'homme et n'existe pas chez la bête.
Nous voyons donc que, d'un niveau à l'autre, on découvre une caractéristique, une propriété qui n'existe pas au niveau d'en bas. Revenons maintenant à la réponse du roi.
Si tu me dis que le cinquième niveau est celui des sages, des grands sages, ce n'est pas un niveau nouveau, parce que même ceux qui ne sont pas sages ont un minimum de sagesse. Chaque homme peut réfléchir un peu. Le grand sage réfléchit bien sûr encore plus, mais c'est d'ordre quantitatif, et non qualitatif, pas une découverte d'une dimension qui n'existe pas au niveau d'en bas et qui existe au niveau d'en haut.
Le sage dit qu'il est. Le roi répond: je ne vois pas, je crois que c'est tout. Alors le Haver, au paragraphe 41, lui dit: imagine-toi, Ben Adam, un homme: Hachem yavo ba'esh velo isreferou, il entre dans le feu, et le feu ne le consume pas. Il se trouve longtemps sans manger ni boire, et il n'a pas faim. C'est une allusion à Moshé Rabbénou, qui est resté quarante jours au Sinaï, trois fois, sans manger ni boire.
Son visage irradie une lumière che'en a'ayini kholala amodbo, que l'œil ne peut supporter. Ve'lo ehelé, ve'lo ehelash: il ne tombe pas malade et ne se sent pas fatigué. Hach behagi ole aharit yamav, et lorsqu'il arrive à la fin de ses jours, yamut l'ertzono, il meurt selon sa volonté, comme quelqu'un qui monte sur son lit pour dormir, à une heure bien précise, un jour bien précis. Et il sait, en plus de tout cela, ce qui s'est passé et ce qui va venir. Est-ce que tu ne penses pas que c'est vraiment un niveau nouveau ?
Le roi réagit: c'est vrai, c'est une qualité, une caractéristique qui n'existe pas au niveau de l'humain parlant. Si elle existe comme tu me la racontes, elle est divine, elle est angélique. Elle n'est pas dans le domaine de l'intellect, nafshi, du sentiment, ou tiv'i, du naturel. Elle n'est que dans ce qui est objet de la divinité, projet de la divinité.
Le Haver lui répond: il faut que tu comprennes qu'il s'agit de quelques caractéristiques du prophète que je viens de te décrire. Ce que veut dire le Haver est qu'au-delà ou au-dessus de l'homme individuel, parlant, réfléchissant, il existe une identité nouvelle qui va se créer. C'est l'identité du prophète Moïse, bien sûr, en tant que Moïse, Aïa chakoul keneged kol Yisraël, il était en quelque sorte l'équivalent de tout Israël comme peuple.
Il s'agit de te donner, d'une certaine façon, cette identité nouvelle qui s'attache à une identité collective. Il ne s'agit pas seulement de la description de l'identité du prophète, même si c'est l'identité qui dévoile ce que peut être l'identité d'Israël en tant que collectivité, en tant que nation, et non en tant que collectivité qui serait la simple somme de ses individus. Ce n'est pas un peuple formé d'individus, …
Cours de Machon Meir
Dans la même série
8 cours du Rav David BenEzra, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Le Kouzari, Pensée juive, Rabbi Yehuda Halevi, Rav Kook, Émouna et histoire.
- 1
Le Kouzari : la émouna d'Israël ancrée dans l'histoireRabbi Yehuda Halevi répond au roi des Khazars : la émouna juive repose sur un événement historique, non sur un dogme. - 2
Le Kouzari : le judaïsme est-il une identité, non une religion ?Pourquoi le sage d'Israël rejette l'idée d'un cinquième niveau au-dessus de l'homme, et ce que signifie appartenir à un peuple. - 3
Le Kouzari : la philosophie, premier adversairePourquoi Rabbi Yehuda Halevi s'adresse d'abord au philosophe, et le danger d'un effort sans la mitsva. - 4
Comment Dieu parle-t-il à l'homme selon le KouzariLe Rav Yehouda Halevi montre que la sagesse et la morale divines viennent d'une source extérieure, et que le désir seul ne suffit pas. - 5
Le Mahamad Har Sinaï, sans intermédiaire entre Israël et HachemPourquoi le Kouzari distingue la révélation du Sinaï de Jésus et de Mahomet, et ce que la sortie d'Égypte enseigne. - 6
Le veau d'or : une faute qui ne remet pas en cause l'électionLe Rav montre pourquoi la faute du veau d'or n'est pas une idolâtrie pure, mais une tentative de remplacer Moïse. - 7
Le salaire des mitsvot et le monde à venirPourquoi la Torah ne parle pas du monde futur, et comment comprendre la notion de salaire pour les mitsvot.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav