Le Mahamad Har Sinaï, sans intermédiaire entre Israël et Hachem
Pourquoi le Kouzari distingue la révélation du Sinaï de Jésus et de Mahomet, et ce que la sortie d'Égypte enseigne.
Rav David BenEzra
Ensuite : Le veau d'or : une faute qui ne remet pas en cause l'élection, 43 min
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Alors, nous poursuivons notre étude dans le Livre du Kouzari, et nous allons aujourd'hui prendre le thème qui est développé entre le paragraphe 80 et le paragraphe 98. Comme vous le savez, c'est un dialogue qui est installé dans le Livre du Kouzari entre le roi et le sage d'Israël. Chaque paragraphe correspond à une intervention de l'un ou de l'autre.
Ici, le Kouzari, le roi, demande au sage d'Israël de lui expliquer comment votre religion est apparue dans le monde. À la limite, il voudrait une sorte d'historique: qui a été le promoteur ? Quel est le chemin qu'elle a pris ? Quelles sont les idéologies en cours ?
D'une certaine façon, cette question est voulue par Rabbi Yehouda HaLevi, qui a écrit le livre, pour expliquer pourquoi le judaïsme est arrivé à être comparé à l'islam et au christianisme, puisque ces deux religions ont eu un début. Un début qui a commencé avec une certaine figure, une certaine personne: là, c'est Jésus, l'autre, c'est Mohamed. Et, à la limite, c'est comme si le roi disait: et vous, comment avez-vous commencé ? Qui était le premier ? Qu'est-ce qu'il a apporté comme enseignement spécifique ? Quels adeptes a-t-il faits ? Et comment ces adeptes ont-ils diffusé la théorie, la religion ?
Alors, le Ḥaver lui dit… il lui dit que sa question, finalement, provient du chemin que fait une religion qui a comme départ la réflexion et les principes de connaissance.
C'est là qu'il arrive d'un coup.
Tu le comprends au niveau de la création du monde: la création du monde était en un instant. Si la Torah nous raconte les six jours de la création, ce n'est pas que pendant les six jours Dieu a créé. Pendant les six jours, Il a ordonné ce qu'Il a créé en un… on ne peut même pas dire en un quart de seconde, parce que même un quart de seconde, c'est dans le temps. Dieu a créé, à la limite, en dehors du temps. Tout.
Et cela a pris six jours, on dira six étapes, pour ordonner ce qui a été écrit. C'est d'ailleurs Rachi, sur le Bereshit Bara Elohim, qui le dit: Et hachamayim ve'et ha'aretz — le et, à la limite, il a créé le ciel et la terre avec et, c'est-à-dire « et tout ce qui va avec ». Donc, tout a été créé au premier verset. C'est tout, c'est terminé.
Il lui dit: si tu comprends ça, comprends que pour la Torah, pour le judaïsme, c'est exactement ce qui s'est passé. On n'a pas eu quelqu'un qui a dit, et il a eu des adeptes, et il a réuni des gens, ensuite il a été en guerre de religion pour obliger les autres à prendre sa religion. Non. Nous, c'est paf, d'un coup.
Alors, le roi lui dit: ah, vraiment, tu m'étonnes, de quoi tu parles ? Tu exagères. C'est pas possible, je comprends rien. Je dis, c'est pas difficile.
Il va le répondre en deux temps, deux mouvements très importants. Parce que parfois Rabbi Yehouda HaLevi répond dans une tirade très, très longue d'un coup; mais là, il a divisé sa réponse en deux, dans lesquelles, en premier lieu, il décrit le phénomène de la sortie d'Égypte, et en deuxième lieu, il décrit le mont Sinaï. Et il les voit comme deux étapes, deux temps — on verra pourquoi.
Donc il lui dit: reprends le récit de la Torah. Essaie de comprendre que, à la limite, ce que la Torah nous raconte, c'est irréel. Par l'habitude qu'on prend de lire ces textes-là pendant 10 ans, 20 ans, 30 ans, on perd le nouveau, l'irréel qu'il y a.
Qu'est-ce qui se passe, finalement ? La sortie d'Égypte, c'est quoi ? Imaginez-vous un monarque comme Parao, qui est la superpuissance, qui a des esclaves, une armée, une économie, tout ce qu'il faut. Et arrivent chez lui deux vieux, Moshe et Aaron, âgés, l'un de 80 ans, l'autre de 83 ans, et ils lui disent: fais sortir ces esclaves.
Dis-moi, essaie d'imaginer, de notre temps, un phénomène de ce genre. Qu'est-ce qu'aurait fait ce roi ? Il aurait appelé sa garde, il aurait dit: mettez-les en prison, qu'ils ne me cassent pas les pieds. Or, Parao, comme s'il était pris dans une certaine magie, répond, il pourparle avec eux, il discute, il dit: sortez, sinon vous recevrez des coups, il y a des plaies qui arrivent.
Et il essaie de leur montrer que ce ne sont pas des plaies qui arrivent du HaKadoch Baroukh Hou, que même ces magiciens, ces sorciers, sont capables de le faire. Ils font trois plaies, ils s'arrêtent.
Écoute, mais c'est une histoire irréelle, ce n'est pas vrai. Or, l'histoire des religions, c'est une histoire réelle. Il y a eu, euh, tel Bouddha, Confucius, tel… qui était un génie, qui a formulé une certaine conception de la vie, qui est arrivé à convaincre quelques-uns. Ceux-là ont pris d'autres adhérents, et ça s'est propagé. Ça, c'est une religion humaine.
Mais la Torah nous écrit une histoire de miracle. Toute la sortie d'Égypte est sous le signe du miracle. Quel est le miracle qu'il y a dans les autres religions ? Il n'y en a pas. C'est simple.
Donc, à travers cette remarque, il veut lui dire: essaie de distinguer le judaïsme des autres. Le judaïsme n'est pas une religion. Rappelez-vous, au premier cours, on a expliqué — il lui a déjà expliqué — que le judaïsme, c'est une identité d'être, pas un comportement d'acte. Chez les autres, tu es français, musulman, catholique, libanais… C'est-à-dire qu'il y a une identité en tant que telle, à laquelle on propose un comportement à faire, une formule à dire ou une émouna à croire. Et voilà, tu es des nôtres.
La Torah, ce n'est pas ça. Le judaïsme, ce n'est pas ça. Le judaïsme, c'est une identité. On ne peut pas imaginer un Hébreu qui ne serait pas religieux, ou un religieux d'Israël qui ne serait pas hébreu. Ça n'existe pas. Ça va ensemble.
Et, ceci étant donné qu'au départ l'histoire de cette identité est arrivée sous le signe du miracle, comme la création — la Torah, à la limite, est miraculeuse, puisque la création yesh mé'ayin, ex nihilo, quelque chose de rien, ça ne se comprend pas. C'est miraculeux, tout simplement. De la même façon, Israël est arrivé dans ce monde de façon miraculeuse. Ce n'est pas qu'il ne pouvait pas arriver d'une autre façon, mais c'est parce que la Torah veut nous enseigner le principe de base: Israël est un peuple. C'est vrai. Pas comme tous les autres. Ça veut dire: pas comme tous les autres. Les Français, ce n'est pas les Aztèques, ce n'est pas les Hindous, c'est différent. Israël n'est pas comme les autres.
Qu'est-ce que ça veut dire, il n'est pas comme les autres ? Il n'est pas comme les autres dans le sens où la loi des temps n'agit pas sur lui. Chaque empire, chaque puissance a eu un certain temps, et elle a disparu. La loi des temps, c'est-à-dire la marche historique de chaque nation, …
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