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Le Kouzari : la émouna d'Israël ancrée dans l'histoire

Rabbi Yehuda Halevi répond au roi des Khazars : la émouna juive repose sur un événement historique, non sur un dogme.

29 min

Rav David BenEzra

Ensuite : Le Kouzari : le judaïsme est-il une identité, non une religion ?, 21 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Évidemment, il s'est d'abord adressé au philosophe, puis à un chrétien, et en troisième lieu à un musulman. Nous n'allons pas étudier leurs interventions et leurs réponses, peut-être le ferons-nous plus tard. Il m'importe, d'une part, de savoir, comme Rabbi Yehuda Alevi le dit, pourquoi le roi ne s'est pas adressé aux Juifs immédiatement. Il finit par se trouver obligé de le faire puisqu'il n'est pas satisfait par les autres interlocuteurs. Rabbi David nous dit que le roi lui-même, connaissant la situation des Juifs dans le monde depuis la destruction du Temple, ne croyait pas qu'ils pouvaient détenir une vérité quelconque. Ils étaient en décadence, dispersés, poursuivis, et leur état prouve, entre guillemets, qu'ils ne pouvaient rien avoir de vrai à transmettre. Mais, n'ayant plus d'autres possibilités, il se trouve obligé de s'adresser à eux, et il demande immédiatement:

Pourquoi il ne s'est pas adressé aux Juifs immédiatement ? Et finalement, il se trouve obligé de le faire puisqu'il n'a pas été contenté par les autres interlocuteurs.

Chez les Juifs, une vérité quelconque, puisqu'ils étaient en décadence, dispersés, poursuivis, et donc leur état prouve, entre guillemets, qu'ils ne pouvaient pas avoir quelque chose de vrai à transmettre. Mais, n'ayant plus d'autres possibilités, ils se trouvaient obligés de s'adresser, et il a demandé immédiatement:

Il faudrait peut-être faire une petite préface. Le livre est composé de cinq grands chapitres, et je voudrais lire ici le paragraphe 11 de ce premier chapitre, dans lequel le Haver (ici, il ne veut pas dire l'ami, mais le Talmid Hakham, le sage juif) essaie de répondre à la question du roi.

Je la redis en français. Il a envoyé pour parler à l'un des sages juifs, Vayish'alehou le émounato, et il lui a demandé à propos de son principe d'émouna. Émouna, la émouna: je n'aime pas trop la traduction de ce mot par « la émouna », parce que c'est une traduction trop faible. La émouna, c'est quelque chose qui semble statique, on croit une fois pour toutes, alors que la émouna d'Israël n'est pas cela. La émouna d'Israël est une notion dynamique, une notion qui se renouvelle à chaque fois. Traduire émouna par « principe de confiance », je pourrais l'admettre, mais il faudrait étudier le terme pour lui-même, de toute façon.

Il lui a donc demandé en quoi il croit, quelles sont les bases, les fondements de sa croyance. Une dernière remarque à propos de ce que le Gaon de Vilna a dit du livre lui-même, le Kouzari: c'est un livre dans lequel Ikaré émouna Israël ve Torah telouyim bo, les principes essentiels de la confiance et de la croyance d'Israël et de la Torah y sont inclus. Si le Gaon de Vilna emploie une telle formulation à propos du Kouzari, il me semble nécessaire de l'étudier, parce que nous y découvrons effectivement une forme de pensée tout à fait originale et authentique de l'identité d'Israël.

Le Talmid Hakham répond au roi et lui dit:

« Et Il a pourvu à leurs besoins et Il leur a fait hériter la terre de Canaan. Et Il a envoyé Moïse avec Sa Torah, et après Moshe Rabbeinu, des milliers de prophètes. »

Anachnou ma'aminim bé'kha la katouva Torah zo: nous croyons en toute cette Torah. Ve'adavarim aroukim: et maintenant, il s'agit de se mettre à étudier. La réponse, qui a énormément, presque déplu au roi des Khazars (nous allons voir pourquoi), est le fait que nous croyons au Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, qui a fait sortir Israël d'Égypte. C'est-à-dire que l'objet de la émouna est un événement historique. Abraham, Isaac, Yaakov, la sortie d'Égypte, ce sont des événements historiques. Ensuite vient l'apparition, la transmission de la Torah par Moshe Rabbeinu. Il est évident que le Kouzari réagit et dit:

Je vois pourquoi, depuis le départ, je n'ai pas voulu poser la question aux Juifs. J'ai compris que la transmission par la tradition chez eux s'est complètement perdue. Leur misère ne leur a laissé aucun signe, aucune dimension correcte.

Il a réagi en disant au Talmid Hakham, au sage: « Je croyais que tu allais me dire que vous croyez au Dieu qui a créé les cieux et la terre, au Dieu qui t'a créé, qui subvient à tes besoins, et voilà que tu me racontes ce qu'on appelle des histoires de grand-mère. Tu me dis qui est ton grand-père, qui sont tes grands-parents, tes patriarches. »

« Je ne vois pas du tout de quoi tu veux parler. D'autant plus que je risque de conclure que, étant donné que je n'appartiens pas à cette généalogie des patriarches, je n'ai rien à faire dans votre histoire. Finalement, ta réponse m'exclut de toute part. »

Je voudrais m'attarder sur cette introduction de Rabbi Yehuda Alevi, comme réponse au roi. Les principes d'émouna d'Israël, à l'encontre des autres religions, qui démarrent d'un dogme, ont un principe qui est, disons, spirituel, mais qui n'a rien à faire avec des événements historiques. Si tu crois à l'apparition de l'ange Gabriel à Mohamed, et si tu crois à l'apparition, voire à l'incarnation d'un dieu dans un homme chez les chrétiens, tu es sauvé. Tu as tout ce qu'il faut. Les monothéismes autres que le monothéisme juif se basent sur des dogmes, alors que le monothéisme d'Israël se base sur un événement historique.

D'ailleurs, même la Torah qui est citée, il faudrait évidemment s'attarder sur ce point pour en voir l'importance. Nous avons plusieurs preuves, allusions et enseignements qui éclairent cette réponse de Rabbi Yehuda Alevi. En quoi ? D'abord, la Torah est un livre a priori bizarre, parce qu'en tant que livre de loi, il inclut une histoire, et qu'en tant que livre d'histoire, il inclut des lois. Nous ne trouvons chez aucun autre livre une organisation de ce genre. Si la Torah était un livre de mitsvot, on aurait la série des mitsvot, l'une après l'autre. Si c'était un livre d'histoire, on aurait le récit des événements des générations. Or, comment se fait-il que la Torah passe constamment d'une rubrique à l'autre ? Elle raconte l'histoire des patriarches et, à l'intérieur, la mitsva de Brit Mila. Elle continue, et voilà la mitsva de guid hanacheh, du nerf sciatique. Ainsi de suite, les mitsvot et les événements se développent.

C'est quand même une formule peu claire. Elle veut certainement nous enseigner que les mitsvot ne sont pas des commandements moraux, ni des actes positifs ou de bonnes actions. Il me semble que le premier enseignement est que la mitsva est l'acte qui constitue l'être d'Israël en vue de la réussite de son histoire.

L'acte de la mitsva n'est pas l'acte à l'échelle de l'individu. De la même façon que l'histoire est l'histoire d'un peuple, on n'a pas d'histoire d'un individu. On peut avoir des souvenirs, des mémoires au niveau individuel, mais l'histoire est un phénomène national, qui concerne un peuple entier.

Dans ce cas-là, les mitsvot aussi concernent un peuple. Et la formule qui est répétée tant de fois dans la Torah: Daber el bnei Israël ve'amarta lahem, « Parle aux enfants d'Israël et dis-leur ». Si la Torah s'adressait à l'individu, elle aurait pu dire: …

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