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Agar, Yishmaël et la prophétie au désert

Pourquoi l'ange parle quatre fois, et ce que le chiffre 86 révèle de la part d'Abraham transmise à Yishmaël.

18 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Abraham donne tout à Yitzhak : la notion de propriété, 49 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

## Hagar, l'ange et la prophétie

Nous continuons notre étude du livre de Béréchit. Nous sommes au chapitre Tet Zayin, et arrivés au verset Yod Aleph, c'est-à-dire chapitre 16, verset 11. Nous étions au milieu de l'analyse de la fuite de Hagar, la servante de Sarah, qui va finalement donner naissance à Yishmaël, le premier fils d'Abraham.

Petite remarque tout d'abord. Qui s'entretient avec Hagar ? Il s'agit d'un ange. Mais si l'on remarque bien, le verset revient quatre fois sur ce sujet. Voyons par exemple au verset 8: Vayomer, il dit, il s'agit de l'ange: « Hagar, servante de Sarah... » Et puis, alors qu'elle vient de répondre, Vayomer lah malach Hachem, « et l'ange de Dieu lui dit ». Oui, c'était lui qui parlait jusqu'à présent. Encore plus fort aux versets 9 et 10: à nouveau on nous dit Vayomer lah malach Hachem, « et l'ange de Dieu lui dit ». Les hakhamim dans le Midrach ont interprété cela de cette manière: il y avait en fait quatre anges, à chaque fois un autre. C'est une formulation qui veut dire que la parole n'est pas chez elle, n'est pas...

C'est comme si vous preniez l'image d'un feu qui prend mal sur un bois trop vert. De même, il en est de la prophétie dans la famille d'Yishmaël. Il y a une sorte d'intervention divine, mais elle n'est pas vraiment bien acclimatée, contrairement à la prophétie d'Israël. Cela explique une certaine ambiguïté par rapport au phénomène de la prophétie chez les enfants d'Yishmaël.

Il est très significatif que, lorsqu'ils affirment avoir eu un prophète, ce qu'ils prétendent, c'est que Mahomet aurait été leur prophète, ils décident également, comme dogme théologique de l'islam, que c'est le dernier des prophètes, qu'il n'y en a plus après lui. C'est-à-dire que l'expérience religieuse du musulman est de vivre, comme un acte d'émouna, dans un monde postérieur à la prophétie. C'est un monde dans lequel, par définition, Dieu ne parle plus.

Il y a donc une difficulté à se sentir à l'aise avec la prophétie, ce qui est quand même intéressant. Surtout, il faut comprendre que lorsqu'on analyse par exemple le texte du Coran, on se rend compte qu'il y a une présence des textes de la tradition prophétique d'Israël qui est remarquable. C'est comme s'il fallait, pour dire quelque chose, malgré tout, se référer

à la parole de Dieu telle qu'elle s'est manifestée chez les descendants de Sarah. Il y a donc d'abord cette ambiguïté.

De plus, la naissance de l'enfant qui va naître est très intéressante. Vayomer lah malach Hachem, je prends ici le verset 11: Hinnekh harah, tu es enceinte, veyoledet ben, et tu vas enfanter un fils. Là encore, depuis quand est-elle enceinte ?

Nous savons que lorsque Hagar s'est enfuie de chez Sarah, elle était déjà enceinte. Pourquoi l'ange a-t-il besoin de lui annoncer qu'elle va l'être ? Il y a là encore tout un débat dans le Midrach pour savoir si la grossesse de Hagar s'était interrompue ou non. Certains vont jusqu'à dire qu'elle a avorté à cause de Sarah, et que l'affliction, les difficultés que lui faisait Sarah, ont causé

un avortement. Et donc l'ange lui annonce-t-il une nouvelle grossesse, ou bien est-ce la prise en compte du fait qu'elle était déjà enceinte ? On voit à nouveau que ce n'est pas très clair.

Vekarat shemo Yishmaël, tu lui donneras le nom d'Yishmaël, ki shama Hachem el onyekh, car Dieu a entendu ta souffrance. Mais le terme que

signifie Yishmaël ne veut pas dire « Dieu a entendu ». Cela veut dire « Dieu entendra ». Et là encore, nous avons l'intervention du Midrach, qui nous dit que cela signifie que Dieu entendra la voix d'Israël lorsqu'Yishmaël lui fera des misères. Vous voyez, à nouveau, ce n'est pas très clair.

Ensuite, nous avons une description de la personnalité de cet enfant: vehou yihyé Pérè adam. Il sera à la fois un onagre et un homme. Pérè veut dire âne sauvage, un onagre, comme on dit en français.

Qu'est-ce que l'âne sauvage ? Contrairement au hamor qu'on trouve habituellement dans la Bible, qui désigne l'âne, le pérè est un animal qui, à chaque fois qu'il est présent dans la Bible, représente la liberté. C'est l'animal indomptable. D'ailleurs, on n'a jamais réussi à domestiquer un âne sauvage.

C'est absolument impossible. Cela veut donc dire qu'il y a un sentiment de liberté très fort qui habite la personne d'Yishmaël, d'où son amour du désert. La civilisation est en effet considérée par les enfants d'Yishmaël comme quelque chose non seulement de corrompant, mais même d'asservissant. D'où, si vous voulez, un thème continu, permanent, de la

littérature bédouine, justement: l'amour des espaces libres, le dezel. Il y a donc quelque chose de très libre chez les enfants d'Yishmaël, qui va leur permettre de s'étendre sur une partie importante du monde.

Yado bakol, sa main sera en tout, veyad kol bo, et la main de tous sera en lui. Veal pené kol ehav yishkon, il s'installera face à tous ses frères. Cela veut dire, d'après la traduction araméenne d'Onkelos, que tous auront besoin de lui et que lui aura besoin de tous. Prophétie intéressante, si l'on sait que la puissance pétrolière d'Yishmaël ne s'est révélée qu'au XXe siècle. Mais on peut déjà voir en lui le personnage dont tout le monde aura besoin, et qui, en revanche, a lui-même besoin de tous.

C'est comme si, de son point de vue, par son amour de la liberté, il ne pouvait pas créer, de par lui-même, une civilisation originale. Effectivement, nous savons que l'islam a adopté les civilisations des pays qu'il a conquis. Tout ce qui a été grand dans le monde musulman a une origine soit byzantine, soit perse, soit autre. Ce sont des emprunts. Une civilisation d'emprunts, dans laquelle

rien ne peut naître de par elle-même, parce que c'est finalement la liberté qui est le plus important. La liberté est donc à la fois désertique.

Vatikra Hagar Chem Hachem haddover élehah, elle nomma le nom de Dieu qui parlait avec elle: Ata El Roï, tu es le Dieu de la vision. Ki amra: elle se disait, hagam halom ra'iti aharei roï, « là aussi, je vois après avoir vu ».

Cette phrase, d'un petit bilan, signifie qu'elle avait l'habitude de la révélation dans la maison d'Abraham, et qu'elle découvre qu'il y a une révélation aussi dans le désert. Al ken karah laBeer, c'est pourquoi ce puits est appelé le puits du Vivant qui me voit. Il est entre Kadesh et Barèd.

Vatéled Hagar léAvram ben, Hagar enfanta pour Avram un fils. Cela suppose qu'elle est revenue dans la maison d'Avram, et qu'elle y est acceptée. Vayikra Avram chem bno asher yalda Hagar Yishmaël, Avram donna comme nom au fils qu'Hagar avait enfanté pour lui: Yishmaël.

Et là intervient un petit détail chronologique qui semble a priori anodin: veAvram ben shmonim shana veshesh shanim,

Abraham était âgé de quatre-vingt-six ans, béledet Hagar lo et Yishmaël, lorsque Hagar lui enfanta Yishmaël. Ce détail n'a pas l'air très important pour l'intelligence du texte. Mais nous allons voir qu'il est en fait porteur de beaucoup de …

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