La tour de Babel et la diversité des langues
Pourquoi la Torah voit d'un mauvais œil une humanité qui parle d'une seule voix, et ce que signifie la révélation de Hachem dans la dispersion.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le voyage vers l'Occident et la tour de Babel, 55 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom à tous. Aujourd'hui, nous allons faire un saut en avant: nous passons au chapitre Youd Aleph. Cela ne veut pas dire que nous n'allons pas revenir un peu en arrière, du côté du chapitre Youd. Nous allons pratiquement ne pas parler du chapitre Teth, qui traite de l'alliance de D.ieu avec l'humanité après le déluge. C'est un sujet important, mais dans la suite des idées que nous voulons développer ici, nous devons passer directement au chapitre Youd Aleph et faire quelques petits sauts en arrière du côté du chapitre Youd.
Chapitre Youd Aleph, verset Aleph. Ou si vous voulez, nous pouvons appeler cela chapitre 11, verset 1. Pour les esthètes, nous dirons chapitre Ksi. Ça fait 11, n'est-ce pas ?
Bon. Vayehi kol haAretz sfat ahat: la terre tout entière avait une seule safa.
Le mot safa, non, le mot « langue » en hébreu se dit lachon. Ce sont deux organes différents. Il y a la langue, il y a la lèvre. La lèvre en hébreu se dit safa, la langue se dit lachon. Ce n'est pas du tout la même chose. La lèvre est extérieure; c'est ce qui permet de communiquer avec l'autre. Quand j'ai besoin d'un moyen de communication, je dis safa. Quand j'ai besoin d'exprimer ma vie intérieure, je dis lachon. Ce n'est pas du tout la même chose.
Lachon, c'est ce qui pétrit. En hébreu, pétrir, comment dit-on ? Lache. D'où le terme lachon, ce qui pétrit. Il faut retourner chaque fois sa langue à l'intérieur avant de parler. On a quelque chose à dire, il vaut mieux tourner sa langue sept fois.
Toute la terre avait une même lèvre, c'est-à-dire un même moyen de communication. On peut appeler cela un langage, mais c'est plutôt un moyen de communication. Toute la terre avait une même safa, et des paroles uniques. Que sont des paroles uniques ? Ils parlaient de la même chose. Tout le monde parlait de la même chose. Cela s'appelle une civilisation uniforme, ce qu'on appelle du cosmopolitisme.
C'est quelque chose d'absolument incroyable, très loin de ce que nous connaissons actuellement dans l'état de l'humanité, où il y a une différenciation des personnes.
De quelle région de la Terre parle-t-on ? Essayons de voir ce qu'il y a écrit dans le verset: vayehi, sur toute la Terre. Il s'agit de toute la Terre. Le globe, dans son ensemble, est habité. Je ne sais pas par combien d'hommes; il n'y avait certainement pas beaucoup d'hommes à l'époque, mais le globe est habité.
Vous avez des idées préconçues, et au lieu de lire ce que le verset dit, vous inventez n'importe quoi. Vous dites « l'Orient », « Babylone ». Qu'est-ce qu'il y a d'écrit ? Kol haAretz, toute la Terre ! Toute la Terre, sauf un petit village ? Non: toute la Terre s'exprimait de la même manière. Elle avait une même expression.
Mais ils ont une seule langue. Est-ce une bonne chose ? Pour savoir ce qu'en pense la Torah, qu'est-ce qu'il faut faire ? Il faut lire la Torah. Quel est le premier mot employé par la Torah ici ? Vayehi. Le premier mot du verset, c'est vayehi.
Donc c'est une mauvaise nouvelle. Le fait que tout le monde parle de la même chose, de la même manière, est en soi quelque chose de négatif. Pourquoi ? Parce que si chacun de nous n'est qu'une réplique de l'autre, alors il y en a un de trop. Il suffirait d'une seule personne. Pourquoi tant de monde ? Si toi et moi sommes la même chose, cela ne sert à rien d'être deux.
Est-ce une punition ? Je n'en sais rien. Moi, j'en suis pour l'instant au premier verset; je vois que la Torah considère d'un mauvais œil l'uniformité des langages. C'est ce que je sais lire, pour l'instant.
Quelle était la préoccupation de cette génération ? Vous êtes juste après un déluge: qu'est-ce que vous faites, et quelle est votre inquiétude ? Qu'il y ait un nouveau déluge.
Après la Deuxième Guerre mondiale, la Shoah, à la fin de la guerre, on a fondé l'Organisation des Nations unies et on a formulé une Déclaration universelle des droits de l'homme. D'ailleurs, c'est un juif qui l'a rédigée, René Cassin. Ce que le monde a fait après la Deuxième Guerre mondiale était une tentative de refonder le monde sur quelque chose qui tienne, c'est-à-dire d'empêcher que tout s'effondre à nouveau. On peut très bien comprendre que la génération de l'époque ait été inquiète de l'éventualité d'un nouveau déluge.
Une précision sur la transmission: il y a une différence entre la transmission d'une information et celle du vécu. Regardez ce que dit Rachi au verset Aleph. Il y a deux interprétations de Rachi. Regardez là où il y a écrit Davar Acher, deuxième interprétation. Non, je suis dans le verset Aleph. Le dernier Davar Acher: ou-devarim ahadim, des paroles uniques. Amrou: ils se sont dit…
Hachat le Elef ve Tarnou Shanim, tous les 1656 ans, harakia s'effondre, keshem shehasa bimei hamabool, comme il l'a fait au temps du déluge. Bo, venaaseh lo sa mochot: faisons-lui un soutien, un pilier, des soutiens, plus précisément.
Il n'avait peur que d'une seule chose: que le ciel leur tombe sur la tête.
Ils étaient habités de ce qu'on appelle la crainte du ciel. Ce sont nos ancêtres. Ils avaient peur d'une seule chose: que le ciel leur tombe sur la tête. Qu'est-ce que c'est, avoir peur que le ciel tombe sur la tête ? Qu'est-ce que le ciel ? Ce n'est pas HaKadosh Baroukh Hou. Est-ce la pluie ? Le ciel. Quand on dit de quelqu'un qu'il a de la yirat hachamaïm, la crainte du ciel, cela veut dire quoi ?
Ce n'est pas la crainte au sens courant: cela veut dire qu'il est fidèle à des valeurs, qu'il reconnaît être la volonté d'HaKadosh Baroukh Hou. Le ciel, c'est ce qu'on appelle le monde des valeurs, le lieu des valeurs. Quand on est fidèle à ces valeurs, on est dans la crainte du ciel. J'ai déjà expliqué trois fois que le mot Hirah, qui veut dire crainte, signifie en vérité fidélité: je me conforme à des valeurs. C'est ce qu'on appelle yirat hachamaïm, la crainte du ciel.
Mais il y a un petit problème. Les valeurs sont des absolus. Moi, je ne suis pas dans l'absolu: je vis dans un monde très relatif. Quand je vis dans ce monde relatif, je risque de ne pas être conforme aux exigences des valeurs. Ce n'est pas grave, parce que les valeurs sont dans le ciel, et moi, je suis sur la terre. Sur la terre, ce n'est pas le ciel; on peut donc se permettre de ne pas être absolu.
Non, les valeurs ne changent jamais. Ce sont des absolus. La paix, la vérité, l'amour, la justice, ce sont des valeurs; elles sont dans le ciel. Mais, de temps en temps, les hommes sont jugés par rapport à ces valeurs.
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