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Noé, la grâce et la justice : la contradiction du verset

Comment le mot « Noa'h » en Béréchit 6 et 9 se résout selon le texte hébreu, avec « Hachem » et « Elohim ».

47 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Le calendrier du déluge et la question des mois, 54 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

## Noach et le verset du mérite

Shalom tout le monde. Alors, je crois que nous en sommes arrivés à l'histoire de Noach. Noach est un personnage extrêmement important. Regardez au chapitre Vav, au verset Zayn: Vayomer Hachem. Chapitre 6, verset 7: Vayomer Hachem, « L'homme que j'ai créé de la face de la terre, de l'homme jusqu'à la bête, jusqu'aux reptiles, jusqu'aux oiseaux du ciel, car je regrette de les avoir faits. » Vous avez compris ? Bon. Après, le verset continue.

Au verset suivant: Vé-Noah matsa hen be-einei Hachem. Quant à Noach, il a trouvé grâce aux yeux de Dieu. Et il y a une ambiguïté dans la formulation du texte. Vous voyez que sur le mot Venoah, il y a un Tarh. Vous savez ce que c'est qu'un Tarh ? C'est un signe de cantillation. Le signe en question est un Zaqef Gadol: il y a ici un petit trait vertical, et sur sa droite, deux points, n'est-ce pas ? Verticaux également. Vous avez vu, ou pas ? Vous n'avez pas de texte ? Très bien.

Alors, sur le mot Venoah, vous avez un Zaqef Gadol, un trait vertical et deux points verticaux. Ça correspond presque à un point final. C'est comme si c'était une phrase d'un seul mot: Venoah, point. Donc, ça veut dire que le mot Venoah est à relier à la fois au verset précédent et au verset qui vient. C'est-à-dire que Noah aurait dû, selon son mérite, être effacé de la terre, mais il a trouvé grâce. Alors, il y a ici un petit problème. Comment ? Oui ?

— C'est-à-dire que son mérite était insuffisant ?

Il aurait dû être effacé, et pourtant il a trouvé grâce. Alors il y a tout un problème. Qu'est-ce que veut dire la grâce ? Vous savez qu'il y a tout un conflit théologique entre le judaïsme et le christianisme autour de ça. L'argument du christianisme, c'est que l'homme n'a pas de mérite: quel que soit le mérite de l'homme, il est insuffisant pour être sauvé. Pour être sauvé, il faut la grâce. Les actes ne servent à rien. Ce ne sont pas les actes qui sauvent: c'est la émouna

qui sauve, disent les chrétiens. Et ils ont, pour cela, une preuve. Regardez le verset: Venoah matsa hen be-einei Hachem, Noah a trouvé grâce aux yeux de Dieu. Et si vous regardez le verset juste après, au verset 9: Eleh toledot Noah, voici les engendrements de Noah. Noah est tsadik, Noah était un homme juste. S'il est juste, il a donc du mérite, et pourtant il a dû trouver grâce. C'est donc que le mérite d'être juste ne suffit pas.

## Deux noms divins, deux lectures

D'accord ? Ça, c'est la lecture chrétienne. La lecture juive dit exactement le contraire. Nous allons voir comment les juifs lisent ce verset. Évidemment, il y a un problème. Si on nous dit que Noach a trouvé grâce, ça veut dire qu'il n'était pas juste. Si on nous dit qu'il était juste, ça veut donc dire qu'il était juste. Vous avez compris le problème ? Oui ? Je reprends. C'est très simple: on nous dit que Noach a trouvé grâce, donc il n'était pas juste. Après, on dit qu'il était juste, donc c'est qu'il était juste. Il y a une contradiction entre le verset 8, qui clôt la paracha de Béréchit, et le verset 9, qui ouvre la paracha de Noach. Problème, non ? Vous avez compris le problème ?

Je reprends. Si je dis « la porte est ouverte » et qu'après je dis « la porte est fermée », il y a une contradiction ? Oui. Donc, si on dit « Noach a trouvé grâce », pour trouver grâce, la grâce veut dire qu'on ne mérite pas. Il y a une grâce, on est gracié. Ça vient du mot « gratuit » en français. Hinam. Oui ?

— Donc s'il a trouvé grâce, c'est qu'il devait être gracié, c'est donc qu'il ne méritait pas. Après, on nous dit qu'il était tsadik, c'est-à-dire juste, donc il méritait. Il y a une contradiction ?

Très bien. Et c'est exactement ce que je disais tout à l'heure. Oui, simplement, maintenant vous avez écouté, c'est tout. Voilà. Bon, donc il y a ici une contradiction.

En fait, toute cette contradiction s'envole, comme neige au soleil, quand on fait attention au texte hébraïque. Aux yeux de qui Noach a-t-il trouvé grâce ? De Hachem, n'est-ce pas ? Yud Keh Vav Keh. Il était tsadik par rapport à qui ? À Elohim, n'est-ce pas ? Tsadik tamim haya bedorotav, il était juste et entier dans ses générations. Et avec Elohim il marchait: et ha-Elohim hithalekh Noah, c'est avec Elohim que Noach marchait.

Donc il est tsadik selon les critères d'Elohim, il n'est pas tsadik selon les critères de Yud Keh Vav Keh. Tout s'explique. — Pourquoi cela convainc-t-il ?

On te dit qu'il a trouvé grâce aux yeux de Hachem, et qu'ensuite il était tsadik auprès d'Elohim. Simplement, un lecteur hébraïque fait attention à ça. Qui est Elohim ? Celui qui a créé le monde, n'est-ce pas ? Or, celui qui a créé le monde, quand on lit la Torah, on voit qu'il crée un monde organisé selon la nature. C'est donc le dieu de la nature. Et Yud Keh Vav Keh, c'est le dieu qui surmonte la nature, le dieu de la morale, le dieu de l'être humain.

## La nature et la morale

Maintenant, quand il y a une catastrophe naturelle, par exemple un tsunami, un morceau de terre est englouti dans l'eau. On a l'habitude de penser: qui va être sauvé ? Notre exigence morale dit: celui qui sera sauvé, c'est le juste, le tsadik. Une exigence normale, n'est-ce pas ? Dans la réalité, qui est sauvé ? Ceux qui savent nager. Ceux qui ont une bouée, ou un canot de sauvetage. Il y a donc ici une contradiction très grave entre les exigences de la morale, qui voudraient que les tsadikim soient sauvés et les rechaïm engloutis, et la réalité de la nature, qui est que c'est le plus fort qui l'emporte, qu'il soit tsadik ou rachaʿ.

Et c'est pour cela que la Torah donne ici différents noms à Dieu. Ce n'est pas pour rien. Dans la réalité, on voit effectivement que le monde dans lequel nous vivons est le monde de la nature. Par exemple, si je glisse sur une peau de banane, je me casse la jambe, indépendamment du fait que je sois tsadik ou rachaʿ. Tandis que selon la loi de la Torah, si je suis tsadik, je ne me casserai pas la jambe; si je suis rachaʿ, je me la casserai. Il y a donc ici une contradiction entre la vie selon la nature et la vie selon la morale. C'est un problème. Donc on voit que le Saint, béni soit-Il, agit de deux manières. Vous me suivez ? Oui ?

Ça, c'est ce qu'on a l'habitude de dire. Simplement, comme nous étudions le texte au niveau de son pchat, au niveau immédiat, on voit que Elohim, dans le texte de …

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