Caïn, Hével et la responsabilité devant Dieu
Pourquoi Caïn ne se croit pas coupable, et ce que la fondation de Hanor révèle du rapport entre ville et identité.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Enoch, Noah et la vocation de l'humanité après Kaïn, 52 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
## Caïn interrogé par Hachem
Chapitre d'Alet, verset 7. Vayomer Hachem el Kayin, Dieu dit à Caïn: Ayé Hével Ahikha ? Où est Hével, ton frère ? Ça veut dire quoi ? Où est-il ? Où est passée ta fraternité pour Hével ? Il est évident que Dieu est au courant, n'est-ce pas ?
Vayomer lo yadati, il dit: je ne sais pas. Hachomer akhi anokhi, le gardien de mon frère, serait-ce moi ? Qu'est-ce que ça veut dire ? C'est quoi cette question ? Il faut savoir qu'en hébreu biblique, le présent n'est jamais employé. Donc on ne dit pas Anilo yodéa comme en hébreu moderne. Lo yadati, je ne savais pas, je ne savais pas où cela allait m'amener. Hachomer akhi anokhi: suis-je ?
Le gardien de mon frère. Que signifie cette question ? Suis-je le gardien de mon frère ? Cela suppose qu'il y a un gardien à mon frère, mais ce n'est pas moi. Qui est donc le gardien de mon frère, d'après Caïn ? C'est Dieu lui-même, n'est-ce pas ? Vous voyez, il y a ici une sorte de reproche adressé par la créature au Créateur. Il dit: si tu voulais vraiment que Hével ne soit pas tué, tu aurais dû m'empêcher de le faire. Si tu ne l'as pas fait,
c'est que tu n'as pas voulu sauver Hével, c'est donc que j'ai bien fait de le tuer. Simplement, je n'ai fait que ta volonté.
— Ourya, le mari de Batsheva ?
C'est possible. Mais disons que, étant donné que ce récit est antérieur au récit de David et Batsheva, je pense qu'il serait mieux de se concentrer sur le récit. Un grand principe dans l'étude, c'est qu'au lieu de savoir à quoi il sert, il faut d'abord savoir ce que cela veut dire. Après, on verra si c'est bien.
D'accord ? Bon. Je reprends donc le texte. Caïn affirme… Au début, on savait que Caïn ne savait pas qu'il était libre, qu'il avait le libre arbitre. Dieu lui a révélé qu'il avait un libre arbitre, donc il a tenté d'être le frère de Hével. Il n'a pas réussi à être son frère, il l'a tué. Maintenant, quel est l'argument de Caïn ? Caïn ne peut pas dire à HaKadosh Baroukh Hou:
« Je n'avais pas le choix, j'ai été bien obligé de le tuer », puisque Caïn sait très bien qu'il avait le libre arbitre. Mais il y a ici un nouvel argument, un argument très important. Ce que dit Caïn, c'est que, pour les deux options du libre arbitre, il paraît que je dois choisir entre le bien et le mal. Imaginez que je fasse le bien: cela veut dire que si je choisis le bien, HaKadosh Baroukh Hou fera avancer l'histoire à travers mon choix pour le bien.
N'est-ce pas ? Et si j'ai choisi le mal, cela veut dire que HaKadosh Baroukh Hou fera avancer l'histoire à travers le mal que j'ai fait, n'est-ce pas ? Quoi qu'il en soit, le Maître du monde a assez de moyens pour faire avancer l'histoire, aussi bien par le bien que par le mal. Donc, quelle que soit l'option que j'ai choisie, finalement, je n'ai fait qu'accomplir la volonté de Dieu. Soit la volonté A, soit la volonté B.
Oui, le résultat, de toute manière, sera le même, en fin de compte. Donc, que dit Caïn à HaKadosh Baroukh Hou ? Il dit: c'est vrai, j'aurais pu ne pas le tuer. Mais finalement, dans ton projet à toi, tout s'arrange, de toute manière, puisque tu as accepté qu'il soit tué. Cela veut donc dire que, en fin de compte, ce qui s'est passé avec Hével aboutira au bien. Alors, que peut te faire que j'aie choisi le mal ? Pourquoi me demandes-tu d'être responsable ? Vous avez compris la question ? Elle est très forte, la question de Hével. C'est comme si vous aviez
un point de départ et un point d'arrivée avec des trajectoires différentes, mais toutes les trajectoires mènent au but, finalement. N'est-ce pas ? Tous les chemins mènent à Rome, n'est-ce pas ? Enfin, je crois. En tout cas, ce que dit ici Caïn, c'est que de toute manière, il n'est pas responsable. Pas parce qu'il n'est pas libre, mais parce que, quoi qu'il en soit, il a fait du bien. Même s'il a fait du mal. Je vais vous raconter une histoire.
Il y a un midrash qui s'appelle Le récit de la mort de Moshé Rabbénou, Midrash Petirat Moshé Rabbénou ʿalav ha-shalom. Dans ce midrash, le midrash invente une discussion entre Moshé et HaKadosh Baroukh Hou dans les minutes qui précèdent sa mort. Pas parce que le midrash n'avait pas le protocole des discussions, mais il invente, et ce n'est pas du baratin. C'est-à-dire que c'est ça qui est digne de figurer dans le dialogue. C'est ça que cela veut dire. D'accord ?
Et alors HaKadosh Baroukh Hou vient voir Moshé et lui dit: écoute, il faut que tu meures. Moshé dit: mais ce n'est pas du tout que je le mérite. Il dit: oui, mais tu as frappé le rocher. Ah, frapper le rocher, mais tu sais très bien qu'en fait c'est une blague, ce n'est pas sérieux, etc. Et dans le dialogue, il y a
quelque chose comme une quinzaine d'arguments de HaKadosh Baroukh Hou. Pourquoi Moshé doit-il mourir ? Et Moshé les réfute, les uns après les autres. Il a besoin de l'accord de Moshé. Entre amis, on ne se comporte pas comme ça. Et alors, finalement, Dieu lui dit: mais quand tu as tué l'Égyptien, tu ne m'as pas demandé mon avis, tu l'as tué sans autorisation. Et Moshé répond: oui, mais j'en ai tué un, et toi tu les as tous tués.
Qu'est-ce qui se posait dans cette question ? C'est que finalement, j'ai fait ce que tu voulais. Tu voulais tuer des Égyptiens, j'en ai tué un. C'était donc quand même ta volonté, même si je ne t'ai pas demandé ton aide. Et Dieu lui répond: oui, mais moi je peux les ressusciter, et toi tu ne peux pas le ressusciter. Qu'est-ce que cette réponse veut dire ? Cela veut dire que, quand moi je tue quelqu'un, dit le Créateur, c'est une blague, parce que je peux le ressusciter immédiatement.
Alors c'était une bonne blague, c'était rigolo d'être mort, mais finalement j'ai ressuscité. Tandis que quand Moshé tue quelqu'un, il le tue. Et le midrash dit que, quand Moshé a entendu cette réponse, il a accepté de mourir, et c'est comme ça qu'il est mort, que son âme est sortie, il est mort. Moi, j'ai une question contre ce midrash. C'est qu'à la place de Moshé, j'aurais répondu: d'accord, mais l'Égyptien que moi j'ai tué et que je ne peux pas ressusciter, toi tu peux le ressusciter.
Pourquoi n'a-t-il pas répondu cela ? Exactement. C'est-à-dire que Moshé a compris qu'il était jugé selon les données de sa conscience. Et dans les données de sa conscience, quand il tue l'Égyptien, il le fait sans demander l'avis de HaKadosh Baroukh Hou. Il y a ici un péché. De …
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