Vayéda Adam : l'acte conjugal avant la chute
Pourquoi le verbe précède le sujet et ce que Rachi en tire : la naissance d'avant le péché, sans douleur.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Caïn, le libre arbitre et la question du mal, 51 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Je reprends ici au chapitre d'Aletto, verset Aleph: Véha-Adam yada et Chava ishto. Alors, Véha-Adam veut dire « et l'homme ». Yada veut dire « connut ». Et Chava ishto, c'est « Chava sa femme ». C'est une manière de désigner l'acte conjugal. Vatahar, elle fut enceinte. Vatéled, elle enfanta. Et Kaïn, avec Kaïn.
Il y a un petit problème: en français, il est d'usage qu'une phrase soit construite par sujet, verbe et complément d'objet, direct ou indirect. C'est le cas ici: Adam, l'homme, est le sujet; yada, connut, est le verbe; et Chava ishto, sa femme, est le complément d'objet direct.
En hébreu biblique, la norme n'est pas celle-là. La norme habituelle, c'est que le verbe vienne avant le sujet. Selon la forme standard, il devrait donc être écrit Vayéda Ha-Adam: « et l'homme connut ». Comme par exemple dans Béréchit Bara Elohim: Bara, c'est le verbe, Elohim, le sujet. Il faudrait donc qu'il y ait écrit Vayéda Ha-Adam, n'est-ce pas ?
Maintenant, le sujet vient avant le verbe. Il y a une grande règle enseignée par Rachi en plusieurs endroits: à chaque fois que le sujet vient avant le verbe, c'est pour désigner un passé antérieur. C'est-à-dire que Véha-Adam yada, c'est: l'homme avait connu. Qu'est-ce qu'un passé antérieur ? C'est un passé antérieur au passé. Cela nous dit que ce qui s'est passé là s'est passé avant. Avant.
Dans la lecture chrétienne de ce texte, on dit: l'homme a péché, il est tombé dans la sexualité. C'est-à-dire que la vie sexuelle est considérée comme un mal, comme un péché inhérent à l'être humain. Et donc la naissance est une sorte de malheur: être né, c'est en fait le fruit d'une chute. La preuve qu'ils amènent, c'est que le récit du rapport conjugal intervient dans la Torah après le péché. Que nous dit Rachi ? Rachi dit: non, pas du tout. Cela veut dire que ça s'est passé avant.
C'est-à-dire que la relation conjugale est antérieure au péché. Elle est donc entièrement pure, entièrement sainte. C'est pour cela que l'un des noms du mariage en hébreu est Kiddouchin, sanctification. Regardez ce que dit Rachi. Je vous invite à lire Rachi que vous avez devant les yeux; je ne peux pas le lire à votre place, donc vous allez faire l'effort de le lire. Rachi nous dit: « Kvar kodmayin shelmala », avant ce qui est écrit plus haut.
Kodem she-hata vénitrad miGan Eden: avant qu'il ne pèche et ne soit renvoyé du jardin d'Eden. Vehen ha-hérayon ve-haléda: de même la grossesse et la naissance. She-im katouv vayeda Adam: parce que s'il avait été écrit « et l'homme connut », Vayeda Adam, selon la forme habituelle, cela voudrait dire qu'il a eu des enfants après avoir été renvoyé. Donc le midrach dit: non. Si la naissance, la grossesse, tout cela se passe avant le péché,
cela s'est passé sans douleur et sans longueur, n'est-ce pas ? C'est pour cela que le midrach nous dit: ils sont montés sur leurs couches deux par deux, et ils sont redescendus sept. C'est-à-dire que, juste après être montés sur leurs couches, il y a Kaïn et sa sœur, Hével et ses deux sœurs, plus les parents: cela fait sept personnes. D'accord ? Vous avez compris ?
Tout cela se passe donc avant le péché, donc avant qu'ils aient un corps. Il y a eu rapport conjugal, grossesse et naissance, avant même de tomber dans un corps. D'accord ? Quel est le problème ? Je ne sais pas… moi aussi, par exemple, j'arrive parfois à concevoir des pensées, des sentiments, des intuitions. Oui, j'accouche. C'est-à-dire que j'accouche, comme on dit, d'une nouvelle idée.
Ce sont les enfants de mon esprit. Comme on dit en hébreu, il y a le déroux. Et parfois, d'ailleurs, quand quelqu'un hésite, on lui dit: « Alors, accouche ! » D'accord ? Ça veut dire… comment ? Palpable ? Non, ce n'est pas palpable. C'est absolument impalpable, c'est vrai. D'ailleurs, l'homme aussi, en acte, est impalpable. Quand quelqu'un essaie de me palper, il palpe mon corps, et non pas mon âme. Donc je ne suis pas vraiment mis en contact par les sens. Oui ? Non ? Pourquoi ?
— Il est né de la poussière de la terre, oui.
Oui, bien sûr. Donc, avant d'avoir un corps, il est né de la poussière de la terre. Quel est le problème ? Parce que tu supposes que la poussière de la terre, c'est quelque chose de concret, de palpable et de matériel, c'est ça ? C'est ça que tu comprends par poussière de la terre ? Mais ça, c'est parce que tu as compris également que les arbres sont des arbres avec des fruits qui sont des fruits, etc. D'accord ? Il faut comprendre ce qu'on entend par là. Afar mina Adama ne veut pas dire…
…la poussière de la terre, mais cela veut dire la poussière de la terre. C'est-à-dire: oui, Afar mina Adama ne veut pas dire la poussière de la terre, mais veut dire la poussière de la terre. Cela dépend de ce qu'on entend par poussière et de ce qu'on entend par terre. D'accord ? On avait compris que le mot Afar désigne la fécondité venant de l'informe, de l'impersonnel. Adama, c'est ce qui se tait de lui-même, ou ce qui cherche à ressembler, et dama. Et le mot Afar, c'est Aïn, la source qui donne la fécondité. Tout cela n'est donc pas forcément du matériel. D'accord ? Oui ? D'accord, voilà.
— Oui, bien sûr.
Donc la femme s'appelle Adam. Oui, évidemment, mais attention: la femme, il s'agit de la femme de l'Adam. Or Adam désigne à la fois Ish et Isha. C'est-à-dire que Ish et Isha, l'être collectif, a également une féminité collective, qui est Adama. D'accord ? C'est pour cela qu'un peuple a une femme: sa terre. Voilà. C'est-à-dire que la relation envers la terre, selon Israël, est une relation conjugale: Am Israël étant le mari, et Erets Israël étant la femme.
Tandis que chez les Goyim, la terre, c'est la patrie, c'est-à-dire c'est parental, ou la mère-patrie. C'est-à-dire que chez les Goyim, avoir une relation envers son origine, c'est en fait une sorte d'inceste collectif. D'où le problème qu'ont les nations avec le patriotisme, qui les introduit dans le péché. C'est pour cela que tous les mouvements patriotiques arrivent à une décadence morale. Tandis que chez le peuple juif, la relation envers la terre est une relation conjugale, et donc elle se mérite. Elle passe donc par une dimension morale. D'accord ? La question a déjà été posée tout à l'heure. Bon, maintenant revenons à notre sujet.
Adam et Chava ishto. Il est évident que, dans le concret, cela a donné finalement, sur terre, un couple. Un couple: Adam, Chava. Monsieur Adam de la famille Harishon épouse Madame Ève de la famille Harishona. Numéro de carte d'identité de Adam: 00001. Et de Madame Harishona, enfin, née Harishona mais devenue Harishon: 00002. D'accord ?
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