Le mot « Éle » qui remet en cause la création
Pourquoi le verset Ele disqualifie la première version de la Création et ouvre la notion de toldot, l'engendrement du monde.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Pourquoi le monde est-il « lotov » ? Béréchit 2:18, 54 min
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Puisque vous êtes tous réunis et que vous êtes plein d'entrain, nous allons rentrer dans le vif du sujet. Je crois qu'on avait parlé déjà du projet du septième jour, c'est ça ? Oui, c'était la kedoucha, n'est-ce pas ? Et qu'on avait, je crois, mis en évidence le fait que dans le Beit Hamikdash, le huitième jour avait commencé, c'est ça ? Oui.
Tout ce qu'on a étudié jusqu'à présent est très joli, n'est-ce pas ? Vous allez voir, par exemple, que je crois qu'on est arrivé jusqu'au chapitre Béréchit verset guillemets. Et brusquement, tout ce que nous avons dit va être brisé et complètement fichu par terre. Nous allons étudier un mot qui va remettre en question, en fait, tout ce que nous avons étudié jusqu'à présent. Regardez au chapitre Béréchit verset dalet. Chapitre Béréchit verset dalet. Vous savez voir, c'est une catastrophe. Éle. Que veut dire le mot Éle ?
Voici, voilà. Ce mot est un mot extrêmement grave. Il est contraire à un autre mot qui apparaît souvent dans la Torah également, c'est le mot Véhinè. Selon la tradition rabbinique, quand on dit Véhinè, c'est Mossif Adarisholim, c'est-à-dire que ça vient ajouter sur ce qui a été dit jusqu'à présent. C'est logique: on a dit des choses, Véhinè, et voici, donc le vav signifie qu'on vient en rajouter.
Mais, dit la tradition, quand on dit Éle, c'est dans la Mechilta par exemple, ça vient disqualifier, pas ajouter, ça vient disqualifier ce qui a été dit plus haut. Ce qui veut dire que tout ce que nous avons étudié depuis le début de la Torah jusqu'à maintenant est à mettre au rencard, et on recommence. Donc la première version est inutile, et on va devoir étudier maintenant autrement.
Petit problème: si tout ce qui a été dit jusqu'à présent est disqualifié et ne sert à rien, pourquoi est-ce que la Torah nous a donné un texte qu'elle a dès le départ l'intention de disqualifier une fois qu'on arrive au verset qui commence par le mot Éle ? La question est bien claire ? C'est donc que, bien que disqualifié, ce n'est pas totalement inutile. Ça sert quand même à quelque chose.
Regardez comment le verset s'exprime. Éle toldot hachamayim vehaaretz behibaram, voici l'engendrement du ciel et de la terre lorsqu'ils furent créés. Beyom assot Hachem Elohim érets vehachamayim, le jour où l'Eternel Dieu a fait terre et ciel. Ça veut dire que c'est là la bonne version de la création du monde. Jusqu'à présent, on avait une mauvaise version. Maintenant, on va avoir une bonne version de la création du monde.
Alors, à quoi sert la première version ? Étudions un peu. Dans la première version, celle que nous venons de disqualifier de manière cruelle et inattendue, qui est l'acteur principal ? HaKadosh Baroukh Hou. Il est l'acteur unique, en vérité.
À partir de ce moment-là, nous allons avoir un nouveau récit, qu'on appelle non pas création, mais toldot. Toldot, ça veut dire engendrement. C'est-à-dire qu'à partir de maintenant, il va y avoir engendrement. Qui engendre ? Le ciel et la terre, n'est-ce pas ? C'est eux qui vont engendrer. Une collaboration, de la création du monde à sa propre création. C'est-à-dire que c'est le monde qui va s'engendrer.
Donc on peut dire que jusqu'à présent il y a une histoire qu'on peut représenter comme étant verticale, et maintenant nous allons avoir une histoire horizontale. Voilà. L'histoire verticale ne disparaît pas totalement, elle va se fondre dans une histoire horizontale, c'est-à-dire une histoire dans laquelle c'est le monde, à travers le temps, à travers la durée, qui va se former. Vous avez compris ?
C'est pour ça qu'on a disqualifié la première lecture, et que maintenant ce qui est important pour nous, les lecteurs, c'est la deuxième lecture, celle dans laquelle nous intervenons dans la formation du monde. Ça veut dire que la créature doit faire quelque chose. Par exemple, on avait vu que la partie de la création qui était imparfaite, c'était l'homme, n'est-ce pas ? C'est-à-dire que l'homme va devoir donner naissance à l'homme. Un homme, ça se dit comment en hébreu ? Adam. Un homme fait par un homme, ça s'appelle comment ? Ben Adam, fils de l'homme, n'est-ce pas ? C'est-à-dire que si tout marche bien, on va passer de l'homme au fils de l'homme.
Vous savez que dans la Bible, à plusieurs endroits, le mot Ben Adam désigne le Machiah. Ça veut dire que l'homme achevé, en fin d'histoire, c'est le Ben Adam, et ce n'est plus Adam. Nous sommes donc entre Adam et Ben Adam. On n'est plus Adam, mais on n'est pas encore Ben Adam. Alors qu'est-ce qu'on est ? On est quelque chose en devenir. Nous sommes tiraillés entre deux identités: celle de l'origine, et celle de l'aboutissement. Nous sommes en permanente formation.
Ce n'est pas facile d'être un homme. On avait déjà un premier problème, je ne sais pas si vous vous rappelez: nous sommes composés de deux éléments. Un élément qui vient de la nature, et un autre élément qui vient d'au-delà de la nature. Un élément naturel et un élément moral. Ce qui fait que nous avons un problème. Et maintenant, on en rajoute un autre: nous sommes en formation. Vous vous rendez compte ? Demander à l'homme de réussir sa vie, qu'elle soit harmonieuse et réussie, c'est pratiquement impossible. Un grand-père ? Le grand-père, oui, il est en formation et en déformation à la fois. Il se déforme pour se former, quelque chose qui se transforme à travers quelque chose qui se défait. C'est à peu près comme ça que ça marche. Aujourd'hui, avec nos ordinateurs, on peut faire des tas de trucs de ce genre: une image qui se déforme pour devenir une autre image. D'accord ?
On était Adam, on devient Ben Adam, et on est en train de se transformer. Nous avons donc deux problèmes. Le premier: nous sommes à la fois un être de nature et un être moral, nous avons une neshama et un corps. Le second: nous ne sommes pas encore achevés. Terrible, d'être humain. Comme disait l'autre, ils sont fous, ces humains.
Le mot qui désigne ici la transformation de l'homme, c'est le mot toldot. On vous a déjà expliqué engendrement. Comment épelez-vous le mot toldot ? Vous avez déjà reçu un cours là-dessus, si j'ai bien compris.
Il y a ici les deux vav, effectivement: tav, vav, lamed, dalet, vav, tav. Il y a dans la Bible d'autres formes d'écriture. Parfois ça s'écrit avec le premier vav mais pas avec le deuxième, parfois avec le deuxième mais pas avec le premier, et une fois sans vav du tout. Dans la paracha de Toldot, nous avons un seul vav, le premier si je ne me trompe. En tout cas, le mot Toldot en entier, avec les deux vav, n'apparaît dans toute la Bible que deux fois. La première fois, c'est ici. L'autre fois, c'est à la fin du rouleau de Ruth.
Dans le livre de Ruth, qui n'a rien à voir avec le guide Michelin, c'est le récit de l'origine de la famille du roi David. Et …
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