La paix, une chose qui ne va pas de soi
Pourquoi la paix demande une prière, à partir de Simchalom et des penseurs qui idéalisent la guerre.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La birkat haminim, la bénédiction contre les minim, 52 min
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Shalom tout le monde. Alors, je crois que nous allons faire comme d'habitude, c'est-à-dire continuer l'étude de la prière. Vous avez devant vous les Sidourim, et nous sommes arrivés, je crois, à la dernière bénédiction de l'Amida, Sim Chalom. C'est ça ? Bon. Sim Chalom. Comme on l'a déjà fait remarquer la dernière fois, la paix, contrairement à l'opinion reçue, n'est pas une chose évidente. Souvent, les gens se disent: les hommes veulent la paix. Il y a quelques fauteurs de troubles, qui ont entre autres le pouvoir politique, et ce sont eux qui entraînent les guerres.
Effectivement, si on fait un sondage et qu'on demande aux gens: est-ce que vous préférez la guerre ou la paix ? On peut être assuré qu'une écrasante majorité des interrogés répondront qu'ils préfèrent la paix à la guerre, n'est-ce pas ? Je me trompe ou pas ?
Qu'est-ce que tu préfères, toi, la paix ou la guerre ? Tu préfères la paix. Donc tu n'es pas seul, il y en a plein de gens comme toi qui préfèrent la paix à la guerre. Et pourtant, on se rend compte qu'au long de l'histoire, depuis que nous connaissons l'histoire, et ça fait déjà plusieurs milliers d'années qu'on la connaît, il n'y a que le temps des guerres. Les moments de paix sont des intervalles, soit pour réparer les dégâts de la guerre précédente, soit pour préparer la guerre à venir. Il serait difficile d'admettre que c'est simplement un accident. C'est trop courant pour que ce soit simplement un accident.
— La paix personnelle.
Alors, je veux dire que, dès le départ, tu as renoncé à la paix véritable. Tu préfères seulement la paix dans ton cadre personnel: dans ma famille, dans ma communauté, dans ma société, que ça aille bien. Mais tu penses qu'on ne demande pas à HaKadosh Baroukh Hou d'amener la paix dans le monde. C'est ça ? Effectivement, on peut dire que c'est réaliste. Ce que tu dis là est réaliste, c'est-à-dire que tu te dis que de toute façon la paix est quelque chose de tellement inaccessible. Tu vas
encore plus loin que moi, donc. Tu es vraiment pessimiste, tu dis que la paix est inaccessible. C'est bien possible, on pourrait dire comme ça. Mais, étant donné que nous connaissons HaKadosh Baroukh Hou comme étant tout-puissant, on suppose qu'il est capable d'amener la paix dans le monde. Et donc il est normal qu'on prie pour ça aussi. Il y a une prière très belle, écrite par Rabbi Nahman de Breslev, qui se trouve dans le Likouté Tefilot; c'est écrit par son élève, mais d'après ses enseignements, pour la paix
dans le monde.
Le fait qu'on prie pour la paix, alors qu'on ne prie pas, par exemple, pour avoir de quoi respirer ? On n'a jamais prié pour avoir de l'air à respirer ou de l'eau à boire, tout simplement parce que c'étaient des évidences. Tandis que la paix n'est pas une chose évidente: la nature des hommes, c'est la rivalité. Alors comment se fait-il que les hommes disent qu'ils veulent la paix alors qu'en vérité ils veulent la guerre ? C'est parce que l'origine de la guerre est dans quelque chose d'extrêmement subtil qui se cache dans l'inconscient des hommes.
Alors, il y a plusieurs opinions à ce propos chez les philosophes. Par exemple, chez plusieurs philosophes allemands, dont un des grands spécialistes de la guerre, Carl von Clausewitz, qui était un des grands penseurs de l'idée même de la guerre, de la manière dont s'organise la guerre, etc. Clausewitz disait que la guerre fait partie des choses nécessaires pour renforcer l'esprit national: ça trempe. Quelqu'un qui a tenu une arme en main, qui a tué, qui s'est défendu, c'est un autre homme. Il y a donc une sorte d'idéalisation
de la guerre, de différentes manières. Chez Clausewitz, c'est simplement parce qu'il y a ce qu'on appelle des forts et des faibles. Le faible a parfois des richesses qui intéressent le fort. Alors le fort se dit: écoute, soit tu me donnes ça gratuitement, soit je te fais la guerre. De toute manière, c'est moi qui vais gagner puisque je suis fort. Dans cet état d'esprit, le responsable sur le plan moral, qui est responsable de la guerre ? Le faible, parce qu'il n'a pas renoncé dès le départ à
son bien. C'est de sa faute. C'est la faute du faible. Le fort, lui, la raison du plus fort est toujours la meilleure, disait La Fontaine. Nous allons le prouver tout à l'heure.
Il y a chez un autre Allemand, Friedrich Nietzsche, cette idée que la guerre est nécessaire, qu'elle est idéale, parce qu'elle va former l'homme suprême, le surhumain, en allemand Übermensch. On voit ça dans certaines sociétés violentes, entre autres les sociétés qui nous entourent au Proche-Orient: une sorte d'idéalisation de la guerre. Oui, oui. Non, non, il dit qu'il plaint les sociétés sans guerre.
Il y a une autre opinion, celle d'un autre Allemand, Emmanuel Kant. Les guerres viennent de conflits d'intérêts, et il était très préoccupé par cela. Il a écrit un livre qui s'appelle La Paix éternelle, dans lequel il essaie d'expliquer comment on va supprimer les guerres. Les guerres, dit-il, sont le fruit de conflits d'intérêts, mais un jour elles cesseront, pour deux raisons. Tout d'abord, parce que les moyens de destruction vont devenir de plus en plus terribles, la technologie va évoluer. Avant, on lançait une flèche ou une pierre, on tuait une personne; aujourd'hui on emploie une mitraillette et on tue cent personnes, sans parler maintenant des armes atomiques et de tout le reste. Viendra donc un temps où même celui qui a des armes hésitera à les employer, parce qu'il sait que s'il les emploie, il recevra en retour la même chose. Il évitera donc de faire la guerre. C'est ce qu'on appelle l'équilibre de la terreur.
Ça, c'est la première raison pour laquelle les guerres vont disparaître. La deuxième raison, d'après Kant, c'est que les intérêts vont devenir interpénétrés. Si une puissance anéantit une autre puissance, elle va perdre des marchés, et donc cela l'affaiblira elle aussi. L'économie universelle est telle que tout le monde a besoin de tout le monde, et donc la guerre devient absurde. Donc on ne la fait pas. Ce sont deux prophéties qui se sont plus ou moins réalisées. D'ailleurs, c'est possible, mais ça dépend des cas. Par exemple, à l'époque
des Mongols, quand ils ont conquis la Chine, après avoir vaincu les Chinois, ils s'apprêtaient à assassiner dix millions de Chinois. Mais un Chinois leur a dit: il ne vaudrait mieux pas, parce que vous allez perdre toute l'industrie de la soie. Il vaut mieux que vous nous mettiez en esclavage pour qu'on vous produise de la soie, et vous deviendrez riches. C'est comme ça que la Chine a été sauvée de l'anéantissement. Il y a ça aussi. C'est une question de calcul.
Maintenant, il y a quelque chose de faible dans ces deux explications, qui sont très belles. Ce que Kant ne voulait pas prendre en considération, c'est le fait que le monde est parfois gouverné par des fous. Et les fous s'en …
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