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La troisième bénédiction du Shmone Esrei : la sainteté

Pourquoi les trois premières bénédictions sont des louanges, et ce que signifie Kadosh : une relation directe entre l'homme et Dieu.

55 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Haël, El Elyon et la prière qui ne dit que ce qui est vécu, 52 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonjour à tous. Nous avons commencé ces derniers temps l'étude du texte du Chmoné Essré, mais il y a eu des interruptions. Nous avons parlé un peu de Hanouka, et puis il y a eu les vacances de Hanouka aussi. Nous en sommes donc, pour vous le rappeler, à la troisième bénédiction du Chmoné Essré. Un rappel important: les trois premières bénédictions ne sont pas l'essentiel. De même que les trois dernières.

L'essentiel, ce sont les intermédiaires. Parce qu'à quoi sert la prière ? La prière, c'est une requête, une demande, et les demandes sont au milieu. Avec les douze ou treize bénédictions intermédiaires, les trois premières forment une introduction, les trois dernières une conclusion. En quoi consistent les trois premières ? En louanges. Les trois dernières, en remerciements. Et au milieu, il y a la demande. La Guemara dit: ce n'est pas poli de demander sans louer, et ce n'est pas joli de recevoir sans remercier. Donc on fait les trois premières et les trois dernières.

Pourquoi trois premières ? Les trois premières viennent répondre à trois questions: qui, quoi et pourquoi. N'est-ce pas ? Qui, quoi, pourquoi. La première bénédiction répond à la question « qui »: à qui la prière est-elle adressée ? Et la réponse, c'est qu'elle est adressée au Dieu des Avot. « Quoi », c'est-à-dire: que peut-il me donner ? Qu'est-ce que je peux attendre de lui ? La réponse, ce sont les Gevurot, en français, des capacités. Et « pourquoi » ? Parce qu'il est saint, parce qu'il est Kadosh, comme on dit en hébreu. C'est la raison pour laquelle il répond à ma prière.

Voilà. Comment ? — On ne l'a pas étudié, c'est absolument exact. Vous êtes très observateur. Nous avons étudié les deux premières bénédictions, mais la troisième, nous ne l'avons pas encore étudiée. Comment cela est-il possible ? Tout simplement parce que les choses se font dans le temps, et que dans le temps il y a un début, une continuation, un achèvement. On ne peut donc pas tout faire à la fois. C'est une des difficultés du temps.

Donc je vais lire avec vous le texte de la troisième bénédiction. Il y a quelques variantes; je prends le texte que j'ai devant moi. Comment ? On est dans la tefila, évidemment, dans la troisième bénédiction du Chma Yisraël.

Atta Kadosh, vé-chimkha Kadosh. Tu es saint, ton nom est saint, et les saints, oukdoshim bekhol yom yehalelou'kha selah, tous les jours, à chaque jour, te loueront éternellement. Certains ajoutent: Ki El Melekh gadol vé-kadosh ata, car tu es un Dieu grand et saint.

Baroukh Ata Hachem, HaEl HaKadosh, béni sois-tu, Hachem, le Dieu saint. Et pendant les dix jours de techouva, on dit à la place de HaEl HaKadosh, HaMelekh HaKadosh, le Roi saint. Avez-vous remarqué qu'il y a un terme qui revient souvent dans la bénédiction qu'on vient de lire ? Kadosh. C'est le mot « saint », d'accord ? C'est un terme pas très clair. On a vu dans Béréchit que ça avait besoin d'être étudié.

Ce qu'on a compris en tout cas, c'est que dans la sainteté il y a ce qu'on appelle une relation immédiate, c'est-à-dire sans intermédiaire, entre la créature et le Créateur. C'est ça, Kadosh ? Vous suivez ? La sainteté, c'est cet état-là. Il est vrai qu'il faut accéder à un minimum de sainteté pour être dans la sainteté. Il faut la différencier du terme courant dans le langage francophone, le sacré. Le sacré a une connotation magique: c'est quelque chose dont il faut faire attention, qu'il ne faut pas trop toucher, c'est dangereux. Il y a donc un élément, disons, d'irrationnel et d'arbitraire dans le sacré.

On dit que dans la sainteté il y a une dimension morale. C'est moral d'être saint. De même que je dois avoir une relation morale envers mon prochain — « tu aimeras ton prochain comme toi-même » —, je dois avoir une relation morale envers mon prochain absolu, c'est-à-dire le Créateur, qui est absolument autre que moi, donc il est le prochain par excellence. J'ai donc une relation morale envers lui. Cette relation doit être directe; c'est ce qu'on appelle la situation de sainteté. D'accord ? Une exigence de sainteté existe en tout homme.

On peut dire que la sainteté est à double sens. Elle n'est pas à sens unique, elle est à double sens: Dieu est saint, et nous sommes saints. C'est ce que dit la Torah: Kedoshim tihyou ki kadosh Ani, vous serez saints car je suis saint. Nous l'avons déjà étudié dans le livre de Béréchit: Dieu se trouve seul, dans une solitude terrible, il est le seul à être saint. Il demande donc que nous soyons saints pour pouvoir, pour ainsi dire, jouer ensemble. Vous suivez ? Très bien. Il y a une rencontre, il y a la recherche de la rencontre. Et c'est la raison pour laquelle il répond à ma prière.

Pourquoi se crée-t-il un manque ? Par gentillesse. Il se crée lui-même un manque pour que nous ayons, nous, un mérite: le mérite d'avoir comblé ce manque. C'est donc, à nouveau, de l'ordre du moral, ce n'est pas une nécessité. C'est comme l'exemple que je donne d'habitude de la maman qui prépare le Chabbat. Vous connaissez l'histoire ? Bon.

La maman prépare le Chabbat, et son gosse lui tourne dans les pattes, lui tire sur son tablier et n'arrête pas de lui casser les pieds. Pour le rendre tranquille, elle lui dit: tu vas être responsable d'éplucher les pommes de terre. Le gosse est tout content, tout fier, il dit: c'est moi qui ai fait le Chabbat, parce que c'est moi qui ai épluché les pommes de terre. Si elle n'avait pas eu les pommes de terre épluchées, vous n'auriez pas eu le repas du Chabbat. Voilà, tout content.

Or, en fait, elle n'a pas vraiment besoin de l'épluchage des pommes de terre. Elle pourrait très bien se débrouiller toute seule. Mais pour donner un mérite à l'enfant, elle lui a confié la responsabilité de l'épluchage. Une fois cette responsabilité donnée, quand elle organise son temps pour préparer son Chabbat, elle tient compte du fait que les pommes de terre dépendent du gosse. Et s'il ne l'a pas fait, cela crée un retard terrible, cela risque de mettre par terre tout le repas, ou le chólent, enfin, peu importe, ou le choulhan.

Le Saint, béni soit-Il, se comporte avec nous comme une maman avec son gosse dans la préparation du Chabbat. Nous épluchons des pommes de terre. Cela veut dire qu'en vérité Dieu n'a pas besoin de nous. Mais il a décidé d'avoir besoin de nous. Et comme il a décidé d'avoir besoin de nous, il en a vraiment besoin. Cela règle le problème philosophique et moral: Dieu ne s'en fiche pas de nous, nous sommes importants pour lui. Ce n'est pas dans son être, ce n'est pas une nécessité de la nature qui fait qu'il a besoin de nous; c'est une décision d'ordre moral, pour nous donner un mérite. D'accord ?

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