Maïmonide : servir Dieu par des intentions pures
Pourquoi l'intention fait la valeur d'un acte, et comment choisir l'utile plutôt que l'agréable selon le Rambam.
Rav Yossef Benshoushan
Ensuite : Maïmonide et l'unité de l'âme humaine, 54 min
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Donc, on était au chapitre 5. Je vais vite résumer pour ceux qui n'étaient pas là. Le thème du chapitre, c'est de focaliser toutes nos forces d'âme vers un seul objectif, la connaissance de Dieu. En fonction de cela, il faut toujours choisir comment agir, quoi faire, comment se comporter, toujours chercher cet objectif, et toujours préférer l'utile à l'agréable.
Je vais donner des exemples. Quand on mange, il faut manger, mis à part le plaisir, parce que c'est bon, pour être en bonne santé. C'est ça l'objectif que tu dois toujours chercher. S'il y a devant toi deux mets, un qui est alléchant mais nocif pour la santé, et un autre qui n'est peut-être pas très bon mais qui est sain, eh bien, s'il y a un peu de cervelle, il faut choisir celui qui est sain. Et si tu ne comprends pas de la sorte, dit le Rambam, toi et l'animal ne faites qu'un. À vrai dire, comme on l'a dit la fois précédente, le Rambam n'a pas voulu être trop sévère envers nous. C'est pour ça qu'il a dit « toi et l'âne », ou « toi et l'animal », je ne sais pas ce qu'il avait dit exactement, c'est pareil.
Parce qu'à vrai dire, un animal n'approche pas un mets qui n'est pas sain. Même s'il est très alléchant et très épicé, il renifle, il voit que ce n'est pas sain, et il s'en écarte. Mais il arrive que l'homme, quand on lui propose un mets, soit malade, qu'il n'ait pas le droit de manger des sucreries parce qu'il a du diabète, et qu'il ne puisse pas se retenir. Il mange quand même. Il se précipite vers sa perte. Donc il est attiré par les aspects extérieurs, par l'agréable, et il choisit l'agréable plutôt que l'utile. Un homme normal devrait choisir d'abord l'utile, toujours l'utile, mais en fonction de l'objectif qu'il a choisi, évidemment.
Ensuite, le Rambam explique que même celui qui choisit d'être en bonne santé doit comprendre que la bonne santé n'est pas un objectif en soi. C'est aussi un moyen, un moyen pour mieux servir Dieu. Sans quoi, il n'y a pas une grande différence entre celui qui cherche la bonne santé et celui qui cherche le plaisir du palais. Celui-là préfère le plaisir du palais, celui-ci préfère le plaisir de se sentir bien, mais il n'y a pas de différence fondamentale entre les deux. Donc, pour être véritablement sur la voie que le Rambam nous propose, il faut savoir qu'il y a toujours un objectif. Notre objectif, c'est de connaître Dieu.
Qu'est-ce que ça veut dire, connaître Dieu ? Il ne s'agit pas d'une connaissance intellectuelle seulement. Connaître, en hébreu, c'est la date, comme il est écrit: Adam yada et Ḥava ishto*, Adam a connu Ḥava, sa femme. C'est une connaissance de proximité, d'unité. Ce qu'on est censé faire dans notre vie, c'est s'unir à Dieu, être en proximité avec Dieu. C'est ce qu'on a développé pendant toute notre étude.
Qu'est-ce que ça veut dire, être près de Dieu, être uni à Dieu, être ressemblant à Dieu ? C'est simple: c'est forger notre personnalité selon les dévoilements divins. Maou Rahoum, Afata Rahoum. Maou Hanoun, Afata Hanoun.
De la même manière que Dieu est miséricordieux, toi aussi tu dois être miséricordieux, et c'est en cela que tu es en proximité avec Dieu. Dieu, de son infini, n'est pas compréhensible, mais il apparaît dans ce monde selon des cheminements bien définis. L'un de ces cheminements, par exemple, c'est la miséricorde divine: elle arrive jusqu'à toi. Maintenant, si tu lui ouvres une lucarne, alors elle peut te traverser. Qu'est-ce que cette image de la lucarne veut dire ? C'est métamorphoser ta personnalité. Si jusqu'à présent tu étais quelqu'un de cruel, et qu'à présent tu as réussi à transformer ta personnalité pour devenir quelqu'un de miséricordieux, alors la miséricorde divine peut passer à travers toi, et elle apparaît dans ce monde. Si on communie avec Dieu, c'est ça, le devekout. Et toute notre vie, c'est ce qu'on doit faire: s'attacher à Hachem.
Pour atteindre cet objectif, on peut user de tous les moyens purs et saints, donc tout ce qu'on fait dans notre vie. Je vais reprendre l'exemple de la fois précédente, celui du commerçant. Un véritable commerçant, ce qui l'intéresse, c'est de gagner de l'argent, et rien d'autre. Il a une seule idée derrière la tête, obsédante: gagner de l'argent et en amasser énormément. Quoi qu'il fasse, c'est la seule idée qui lui trotte dans le crâne, et pas seulement quand il est au travail. Tout le temps, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, c'est un commerçant.
Disons qu'il est invité à un mariage. Il débarque dans la salle, au seuil de la porte, et il scrute l'horizon: qui est assis à quelle table ? Il ne va pas s'asseoir à n'importe quelle table. Pourquoi à celle-ci et pas à celle d'en face ? Parce que là-bas, ce sont des pauvres malheureux qui gagnent trois sous par jour, et qu'ici, il y a des hommes d'affaires. Alors on va s'asseoir ensemble, boire un petit verre de whisky, bien rigoler, et conclure quelques affaires pendant la soirée. Peut-être même que j'aurai amassé encore un peu d'argent. Quoi qu'il fasse, il a toujours une idée derrière la tête. Ce ne sont jamais des intentions pures et anodines. Il y a toujours un objectif caché, et cet objectif est d'amasser de l'argent.
De la même manière, le Rav Fafdalot dit que ce qui m'intéresse dans la vie, c'est de me rattacher à Dieu, quoi que je fasse, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Ce n'est pas que j'ai huit heures de travail où j'œuvre dans ce sens, et que le reste du temps je suis en récréation. Il n'y a pas de récréation dans les voies de Hachem. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, c'est la seule chose qui m'intéresse.
Cela ne veut pas dire que je dois passer toute ma vie devant des livres ou en train de prier. Je peux faire énormément de choses: Bekhol derakhekha da'ehou. Dans tous tes chemins, tu dois le connaître. Qu'est-ce que cela veut dire ? Eh bien, quoi que tu fasses, si tes mains sont déjà occupées, ta bouche reste libre. Tu peux en même temps réciter des mishnayot, réciter des chapitres de Tehilim, et comme ça, tu n'oublies pas Dieu. C'est bien, on peut dire, mais on peut faire mieux. Parce qu'à vrai dire, quand tu te comportes de la sorte, tu vis un dédoublement de personnalité: tu fais X et tu penses à Y. Tu es toujours en deux dimensions.
L'idéal serait, comme le dit le pasouk, Bekhol derakhekha da'ehou: dans tous tes chemins, tu dois connaître Dieu. Dans tes comportements, tu dois connaître Dieu. Si, par exemple, je suis en train de labourer la terre, je suis totalement concentré sur cette activité, mais avec un objectif louable. Je peux labourer la terre en pensant que plus je laboure bien, plus mon …
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Ce cours fait aussi partie de la série « Les Huit chapitres de Maïmonide ».
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