La birkat haminim, la bénédiction contre les minim
Pourquoi une bénédiction de malédiction a-t-elle été ajoutée à la Hamida, et qui visait-elle ?
Rav Oury Cherki
Ensuite : La prière, expérience ou résidu de la prophétie ?, 54 min
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Shalom tout le monde. Nous continuons l'étude du Sidour. Je crois que nous en sommes arrivés à la treizième bénédiction, qui est également la dix-neuvième. Comment cela est-il possible ? C'est très simple. La prière de la Hamida est appelée Chmona Esré, parce qu'elle comporte dix-huit bénédictions. Seulement, pour des raisons historiques, les dix-huit bénédictions sont devenues dix-neuf. La bénédiction ajoutée plus tard, celle des minim, se trouve en treizième place dans la Hamida.
La douzième, c'est Achiva, Achiva Shoftenu, que nous avons déjà étudiée. — Ah oui, tu as tout à fait raison, c'est donc la douzième. La Birkat HaMinim est donc la douzième bénédiction, qui en fait est la dix-neuvième, puisqu'elle a été ajoutée plus tard. Plus tard que quoi ? Plus tard que l'époque où la tefila de la Hamida a été rédigée et instituée.
Elle a été instituée par les hommes de la Grande Assemblée, en hébreu Anché Knesset Haguédola. — Pourquoi ? — Je n'en sais rien. Je n'ai pas encore étudié le cours sur cette bénédiction.
Il y a donc une époque où la prière a été instituée, celle d'Anché Knesset Haguédola, qui est la dernière génération des prophètes. Il y avait encore des prophètes en Israël. D'après le Talmud de Jérusalem, ils étaient dans la Grande Assemblée au nombre de quatre-vingt-trois prophètes sur les cent vingt membres. Ça fait quand même pas mal. Et ce sont eux qui ont institué la prière.
Pourquoi l'ont-ils fait ? Tout simplement parce que la prière n'est pas possible si l'on n'est pas prophète, comme nous l'avons démontré dans nos premiers cours. Et comme les prophètes sentaient que la prophétie avait cessé dans le monde, cela risquait de laisser les âmes d'Israël sans alimentation spirituelle pendant une très longue période. Pour nous sauver de cela, les derniers prophètes ont introduit tout leur monde intérieur, tout ce qu'ils avaient à dire, dans un texte extrêmement court, celui de la Hamida. Ils ont fait cela en dix-huit bénédictions.
Et pourtant, beaucoup plus tard, après la destruction du Deuxième Temple, c'est-à-dire quelque chose comme quatre ou cinq cents ans plus tard, une bénédiction supplémentaire est ajoutée: celle des minim. Elle a été instituée au Sanhédrin de Yavné, à peu près vers l'an 100, entre 90 et 100, quelque chose comme ça.
On se demande: si c'est important, pourquoi les hommes de la Grande Assemblée ne l'ont-ils pas fait ? Et si ce n'était pas important, ou si ce n'était pas encore le moment, comment des hommes qui ne sont pas des prophètes ont-ils pu introduire une bénédiction supplémentaire dans la prière ? C'est ça la question que nous allons élucider.
À part ça, de quoi parle cette bénédiction ? C'est une bénédiction qui est en fait une malédiction, c'est-à-dire qu'elle vient maudire les autres. Toutes les bénédictions de la Hamida sont positives. On demande la santé, la richesse, la délivrance, la justice, la reconstruction de Jérusalem. On demande des choses positives. Tandis que dans la Birkat HaMinim, on demande la destruction des minim. Comment se fait-il qu'il y ait une bénédiction négative ? Ce n'est pas une chose évidente que d'introduire une bénédiction négative.
Un petit problème: qui veut-on mettre dans cette malédiction qui est une bénédiction ? Par exemple, moi, j'ai une tendance naturelle à y introduire mon voisin de palier. Il n'est vraiment pas bien, il est très méchant. Il m'empêche, par exemple, de construire mon balcon supplémentaire parce qu'il dit que ça le dérange. Lui, c'est vraiment un sale type. Je voudrais vraiment prier contre lui. Alors, bon.
Vous comprenez que ça ne se fait pas. On ne va quand même pas prier contre nos confrères, nos co-religionnaires, des juifs. — Oui, mais les minim, ce sont des juifs. — Ah, alors c'est bien embêtant. Dans ce cas, quand on institue une bénédiction contre des juifs, on risque d'y introduire ceux qui ne doivent pas y être.
Alors, de quoi s'agit-il ? À l'origine, les minim, c'était la première secte judéo-chrétienne, c'est-à-dire des juifs qui ont fondé le christianisme, en tout cas des gens qui se réclamaient de l'enseignement de Jésus et qui, au départ, faisaient partie du peuple juif. Il n'y avait pas de différence, du point de vue de l'appartenance au peuple juif, entre un min, un néo-chrétien, un judéo-chrétien et les autres juifs. D'ailleurs, les tout premiers chrétiens n'ont pas aboli les mitsvot. Vous savez qu'il y a eu tout un débat à ce sujet.
Là aussi, il y a un problème: comment décider d'exclure de la solidarité d'Israël des enfants d'Israël ? Comment cela a-t-il été possible ? Est-ce que les premiers chrétiens ont été exclus du peuple juif à cause de leur croyance ? Certainement pas. Il est vrai que leur croyance était hétérodoxe, oui. Mais justement, la Birkat HaMinim, non. Ce n'était pas une excommunication. C'était quelque chose de très simple.
Imagine que les minim entrent à la synagogue et qu'ils doivent répondre « amen » à une bénédiction qui les maudit. Ou bien que l'un d'entre eux doive être le chazan, le ministre officiant. Il y a un petit problème. C'est ça qui a finalement causé la séparation de la communauté d'Israël en deux. Ils ont fondé leurs églises. C'est donc la stratégie de Rabban Gamliel, qui était le président du Sanhédrin à l'époque: introduire cette bénédiction de sorte qu'ils ont fini par être exclus sociologiquement du peuple juif. C'est comme ça que le christianisme s'est séparé du judaïsme.
— Comment ? C'était voulu ? — Oui, c'était voulu. Mais le problème est de savoir comment on peut vouloir une chose pareille: exclure du peuple juif un groupe, quelle que soit son importance, à cause de quoi ? La question que je pose: est-ce à cause de leur croyance ? Certainement pas. Il est vrai que les croyances des premiers chrétiens étaient extrêmement problématiques d'un point de vue juif. La divinisation d'un homme, indépendamment du fait qu'on le considère comme le Machiah, est extrêmement contraire au fondement du judaïsme, vous le croyez, n'est-ce pas ? Et pourtant, cela ne suffit pas pour les mettre dehors. Donc il y a eu autre chose.
— Est-ce le prosélytisme ? — Non, pas du tout, ce n'est pas le prosélytisme. Il y a eu autre chose. Et la réponse à la question « qu'est-ce qui s'est passé ? », c'est moi qui veux la donner, et comme j'ai le micro en main, je vais l'utiliser. La réponse, c'est qu'ils ont brisé la solidarité nationale.
Ça a commencé comment ? Lorsque la révolte contre les Romains a commencé, en quelle année ? — En 66. — En 66, oui. La première secte chrétienne a quitté Jérusalem avant que commencent les combats, pour s'établir en Transjordanie, dans la ville de Pella, appelée en hébreu Pehal. Et parce qu'ils étaient contre la guerre contre les Romains, ils ont attendu patiemment que le Temple tombe et que Jérusalem soit détruite. Ça, c'est une désolidarisation passive. Mais cela est devenu plus grave lorsqu'ils ont commencé à collaborer avec les Romains. Ils étaient parmi les délateurs.
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