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Béréchit 2:3 : la sainteté et l'achèvement de l'homme

Pourquoi le septième jour sanctifie, et pourquoi la morale précède la Torah plutôt que de la remplacer.

48 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Le mot « Éle » qui remet en cause la création, 50 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom à tous. Nous sommes donc arrivés au deuxième chapitre de Béréchit, et pour autant que je sache, nous en sommes au verset guimel. Dans Béréchit, chapitre beth, verset guimel: Vayivarekh Elohim et Yom HaChevi'i, Vayikadesh oto, Elohim bénit le septième jour et il le sanctifia. Ki vo chavat mikol melakhto acher bara Elohim la'assot, car en lui il avait cessé toute son œuvre, que Dieu avait entamée en créant pour achever.

D'accord ? Nous avons étudié le thème selon lequel la création est imparfaite. Il y a une partie de la création qui aurait dû être parfaite et qui ne l'est pas: c'est l'homme. Le temps de l'histoire, que la Torah appelle le septième jour, sert donc à accomplir l'homme.

En quoi l'homme doit-il s'accomplir ? Ce n'est pas très clair. Dans ce verset, la Torah emploie deux verbes qui semblent nous aider. Le premier est Vayévarekh Elohim, Dieu bénit le septième jour. Mais, comme on l'a déjà fait remarquer, le terme de bénédiction apparaît trois fois dans le récit de la création: le cinquième jour, le sixième et le septième. Ce n'est donc pas une spécificité du septième jour. La bénédiction ne peut donc pas être l'enjeu propre de ce jour.

En revanche, il y a un verbe qui apparaît ici pour la première fois: Vayékadesh, il sanctifia. Et vous avez ici aussi kedousha, la sainteté, qui apparaît pour la première fois et semble faire partie du plan du septième jour. Mais on ne sait pas très bien ce que cela veut dire. Qu'est-ce que la sanctification, la sainteté ?

Il existe en français un terme proche que nous allons éviter: le sacré. Le sacré a une connotation mythique, magique. La sainteté a une connotation morale. On va voir exactement de quoi il s'agit. Jusque-là, vous me suivez ? Très bien.

On pourrait donc imaginer que l'achèvement de l'homme passe par différentes fonctions naturelles: d'une part la technologie et l'art, la civilisation; d'autre part la moralité, la vie morale. Or tout cela est faux. Le développement technologique, la vie artistique et culturelle, et les valeurs morales appartiennent à la catégorie que les Hachamim appellent Derech Eretz, le chemin de la terre, c'est-à-dire le comportement naturel des humains. Si vous prenez une société humaine, elle en viendra par la force des choses à se développer technologiquement, à avoir une culture, à avoir des valeurs morales. C'est normal.

On pourrait même dire qu'on n'a pas besoin de la Torah pour cela. On attend de l'homme qu'il soit moral, qu'il ait la Torah ou non. La preuve: on exige que les Goyim soient moraux, et pourtant les Goyim n'ont pas reçu la Torah. On voit donc que ce n'est pas équivalent, contrairement à un mythe répandu dans certains milieux religieux, selon lequel on ne peut pas être moral si l'on n'a pas la Torah. C'est tout le contraire qui est vrai: on ne peut pas avoir la Torah si l'on n'est pas moral. Il y a un préalable: Derech Eretz kadma la Torah, la moralité vient avant la Torah, et après vient la Torah.

On voit donc que pour accéder au Derech Eretz, à la moralité, à la technologie, on n'a pas besoin de l'élément appelé kedousha, la sainteté. On se demande alors: à quoi sert cette sainteté ?

Un texte du livre de Vayikra, le Lévitique comme on dit en français, nous explique un peu plus ces choses. C'est le chapitre 19, en chiffres romains XIX. Qu'est-ce qu'on dit dans ce chapitre ? Vayédaber Hachem el Moshe lémor, l'Éternel parla à Moshé en ces termes: Dabèr el kol adat Bnei Israël, veamarta alehem: kedoshim tihyou, parle à toute l'assemblée des enfants d'Israël et dis-leur: vous serez saints.

Et « vous serez saints », d'après Maïmonide, n'est pas une mitsva. C'est un résultat: vous faites ce qu'il faut faire, et le résultat, c'est que vous serez saints. On ne sait pas encore exactement ce qu'est la sainteté, mais on commence à comprendre certaines choses. Petit à petit, on y arrivera. Oui ?

— Oui, c'est-à-dire que les autres civilisations avaient une idée de la sainteté par rapport à leur divinité.

C'est très bien dit. Mais qu'est-ce que leur divinité ? Ce sont des dieux, des entités qui habitent le monde. Tandis que celui dont nous parlons, la sainteté que nous avons envers lui, c'est envers celui qui a créé le monde. C'est la différence entre la transcendance et l'immanence.

Chez les Goyim, il y a énormément de récits de révélations des dieux, mais aucun récit de révélation du Créateur. Cela est particulier à Israël, et il y a une raison: chez nous, c'est du sérieux, tandis que chez eux, non. Revenons à nos moutons.

Votre question est très importante. La Torah dit: Kedoshim tihyou, vous serez saints. Si tout marche bien, il viendra un jour où il sera écrit dans la Torah: Vayihyou kedoshim, ils furent saints. Vayar Elohim et kol asher assa, Dieu vit tout ce qu'il avait fait, et voici, c'était très bien. Vayehi erev, vayehi boker, yom hachichi, il fut soir, il fut matin, le sixième jour. Et alors commence le huitième jour.

On avait étudié tout cela la dernière fois. Une petite question se pose, je crois qu'on en a parlé aussi: le huitième jour a commencé, n'est-ce pas ? Où a-t-on vu cela ? Dans Vayikra, au chapitre 9. Il est écrit en toutes lettres: Vayehi bayom hashmini, et ce fut le huitième jour.

On a donc vu que le huitième jour a commencé alors que le septième jour n'est pas fini. Comment résoudre ce problème ? Le huitième jour a commencé dans un périmètre déterminé, celui du Beit Hamikdash. Dans le Beit Hamikdash, on est en plein huitième jour. En dehors, on est dans l'histoire, on est dans le septième jour.

Cela explique pourquoi le Beit Hamikdash a été détruit à certaines époques: il est un corps étranger dans notre monde. Il est une anticipation, une avancée, une ambassade, si vous voulez, du huitième jour au cœur du septième jour. Le septième jour ne le supporte pas, il le rejette.

Je crois qu'on avait aussi parlé de cette aspiration des conventionnels, pendant la Révolution française, à considérer le monde comme le sanctuaire de l'Être suprême. Vous vous rappelez tout cela ? C'est une idée qui pouvait déjà être arrivée au huitième jour.

Et ici, quel est le but ? La kedousha, la sainteté. La sainteté permet d'entrer dans le huitième jour, et le huitième jour ressemble au Beit Hamikdash. Mais qu'est-ce que cette sainteté ? On ne l'a pas encore expliqué.

Revenons au chapitre 19 de Vayikra. Quand Dieu nous dit « vous serez saints », il explique pourquoi: KiKadosh ani, car je suis saint. En soi, c'est assez bizarre. C'est comme si je disais: « Ayez les yeux bleus, parce que moi j'ai les yeux bleus. » Eh bien non: moi j'ai les yeux verts et toi tu as les yeux bleus. Pourquoi devrions-nous être pareils ? Quand Dieu dit « vous serez saints parce que je suis saint », …

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