Hanna prie et la prière qui vient du plus profond
Pourquoi la prière de Hanna commence par l'introspection, et ce que la racine du verbe prier révèle sur soi-même.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Elkana, Hanna et la matrice fermée dans Chmouel, 1 h 01
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Tout le monde a un Tanakh, bien entendu. Yosef, il faut ouvrir le Tanakh, ce n'est pas sur mon visage que c'est écrit. C'est Chmouel Alef, premier livre de Chmouel, chapitre 1, verset 9. Je crois qu'on avait fait le verset 9, Ron. Nous avions dit que Hana, après avoir présenté un état d'âme et un état d'esprit qui se reflétaient dans sa douleur, dans sa contrition, dans ses larmes, après la consolation énoncée par Elkana lui-même, se lève à Takom Chana, après avoir mangé et bu.
Nous avions expliqué, pour trouver un lien avec la semaine dernière, que les expressions « je ne peux rien avaler », « j'ai la gorge serrée », « rien ne passe », vous les connaissez toutes. Il est clair qu'elles révèlent ici une souffrance particulière. Lorsqu'on dit « je ne peux pas avaler », c'est qu'il y a véritablement une souffrance, c'est-à-dire que rien ne passe. C'est comme au moment de l'examen: on rentre et on dit « j'ai mal au ventre », ou « j'ai des spasmes ». Les spasmes et la douleur ne sont là que pour refléter l'expression d'une souffrance, d'un stress, dans ce cas précis.
Yafé, je vous ai dit, entre parenthèses: Vé'Éli hakohen yochev al-hakissé. Éli, le Cohen, c'est-à-dire, nous avions expliqué, le fonctionnaire de l'Éternel. Yochev al-hakissé: il est assis sur une chaise, al-mezouzat hé-hékhal. Mezouzat, ici, dans la littérature biblique, c'est le montant de la porte, l'entrée. La mezouzat hé-hékhal, c'est l'entrée du sanctuaire de l'Éternel. Sanctuaire, parce que sanctifié du fait qu'en son sein reposait, résidait l'arche sainte. Yafé méod.
Oui, bien sûr, c'est l'accessoire de celui qui est en fonction. Ici, c'est une chaise qui fait office de chaire. Il n'est pas seulement Cohen. Vous vous rappelez que lui et celui qui le suivra, Chmouel, ont quatre titres: ils sont prophètes, ils sont grands prêtres, ils sont dirigeants politiques, et ils sont prophètes en même temps. L'accessoire, c'est cette chaise sur laquelle je suis assis. Mais je ne suis assis sur cette chaise que parce que cette chaise est représentative d'une fonction. C'est-à-dire ? Très bien.
Donc ici, le A qui est là, comme l'a dit notre ami Yonatan, c'est bien ce que je pensais: c'est un E, c'est-à-dire l'article défini, bien entendu. Les propos dans cette parenthèse ne signifient rien dans la continuité du texte. Il nous informe d'une réalité scénique, une réalité de la scène, alors que nous sommes préoccupés par un autre événement. Mais sachez que, lorsque l'événement qui nous occupe est notre sujet, il se passe en parallèle autre chose: ici, le Cohen est assis, etc., etc.
Vehi marat nefesh, vatitpalel ‘al Adonaï, oubakhot tibkeh. Je crois qu'on avait expliqué le mot vatitpalel, la racine pé-lamed-lamed, hitpalel, qui est une forme réfléchie. Il y a ici, dans vatitpalel, cette espèce de sous-entendu: s'ouvrir à son propre cas. Cela s'appelle en français une introspection. Cette nécessité d'introspection, nous l'avons expliquée, c'est afin de ne pas tomber dans l'abrutissement synagogal, c'est-à-dire se rendre à la prière parce que c'est l'heure et le lieu de la prière, seulement.
Mais à l'entrée de la synagogue, vous rencontrez Roni, qui vous demande: « Que viens-tu faire ? » Et vous lui répondez: « Je viens prier. » Et là, ma question suivante est: qui vient prier ? C'est-à-dire, qui vient à la rencontre de l'Éternel ? Sans cette rencontre au préalable, en amont de la rencontre avec l'Éternel, sans cette rencontre avec vous-même, vous n'avez rien. Personne n'a proposé de dialogue avec l'Éternel, point barre, pour que les choses soient entendues. On se retire de cet abrutissement des masses et on essaie de se transcender vers un véritable dialogue où, lorsque je parle avec vous, j'essaie d'être tout moi.
Bien entendu, dans la littérature liturgique, sfarade à l'origine, puis plus tard chassidique, il y a toute une préparation que vous connaissez: par exemple, les Chém, Ichoud, Kavana, Richoud, « au nom de l'Éternel, dans sa miséricorde, sa compassion, sa consolation ». Ce sont des textes écrits. Il n'est peut-être pas évident de dire qu'à travers ce qui est écrit, je suis capable de me révéler. C'est une aide, c'est un moyen. Que les choses soient claires: nous en avons dit un mot il y a quelques semaines, la loi comme l'écriture, comme ce que nous étudions, ne sont ici que des moyens. Nous ne lisons pas, nous ne traduisons pas, nous n'expliquons pas simplement pour la richesse intellectuelle.
Ce que nous faisons, c'est parce que le texte est capable, dans sa révélation, de nous révéler à nous-mêmes, de nous renseigner sur nous-mêmes. Yosef, Yosef, toi, comme un prince hébraïque, tu me sais bien ? Ok. Le temps, tu le prends. Si la tefila du matin est à 7 h, tu te lèves à 6 h 30, à 6 h 15. Oui, bon, l'homme échalé, cela veut dire que c'est à toi de prendre ton temps de préparation. J'entends bien ce que tu dis. La réalité pragmatique fait que nous sommes très loin de pouvoir nous permettre de nous rencontrer avant de rencontrer l'Éternel. Je vous le conseille, je vous l'accorde, ce qui n'empêche pas, en tout état de cause, d'essayer, de tenter.
Personne n'a dit que la réussite était entre nos mains, mais la tentative, elle, est entre nos mains. Je suis simplement venu te dire que, dans le cas précis qui nous concerne, le fait de rencontrer une Hana qui va s'épancher dans un dialogue avec l'Éternel, il faut comprendre que cet épanchement ne se fait qu'après que nous soyons conscients que Hana, bien entendu, prend le chemin de la rencontre avec elle-même pour pouvoir savoir quoi faire avec l'Éternel. C'est ce que nous avons étudié les semaines précédentes. Mais ici, je m'attachais davantage à la syntaxe même du terme hitpalel, pour vous dire que lorsque nous faisons la prière, et je vous l'accorde, la prière telle que nous la rencontrons dans beaucoup d'endroits a plutôt l'air d'un culte et d'un rite, plutôt que véritablement d'un dialogue qui s'établirait.
C'est bien ? Mais cela ne nous empêche pas d'aspirer au meilleur et de refuser de nous contenter du minimum. C'est très clair. Yafé méod. Vehi marat nefesh. Je vous l'avais dit: marat, c'est l'amertume. En vérité, le mot marat est lié à une poche que nous avons ici, proche du pancréas: c'est la rate, qui s'appelle kissa marah, la vésicule biliaire, qui fera dire aux francophones: « ne te fais pas de bile », c'est-à-dire, ne t'inquiète pas, tout cela pour t'éviter. Aujourd'hui, la grande mode, c'est « pas de soucis, pas de soucis ». À force de vouloir dire « pas de soucis », « n'ayez crainte », « aucun souci », cela nous fait entendre le nombre de soucis qu'il y a à force de tant de « pas de soucis ». C'est absolument critique et étonnant. En tout cas, c'est révélateur.
C'est-à-dire que lorsque les gens viennent et vous disent « j'ai mal au dos », c'est comme s'ils vous disaient « j'en ai plein le dos ». « J'ai mal au ventre » au moment …
Cours de Machon Meir
Dans la même série
22 cours de Rony Akrich, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Pensée juive, Livre de Chmouel, Livre de Samuel, Philistins, Chmouel.
- 6
Yonatan, le corridor de Mihmash et l'audace de la émounaPourquoi Yonatan monte seul vers Mihmash, et ce que l'action décidée dit de la confiance en Hachem. - 7
Shaoul face à la menace philistine et son impatienceComment Shaoul, après sa victoire sur Yavesh Gilad, prend le commandement face aux Philistins et ce que lui reproche Shmuel. - 8
Shaoul, Chmouel et la question de la responsabilitéPourquoi reconnaître sa faute, et ce que signifie le pan du manteau déchiré de Chmouel. - 9
Israël entre la défaite et l'Arche d'AllianceComment la défaite contre les Philistins conduit les anciens à utiliser l'Arche, et pourquoi ce moyen ne doit jamais devenir une fin. - 10
Hanna prie et la prière qui vient du plus profondPourquoi la prière de Hanna commence par l'introspection, et ce que la racine du verbe prier révèle sur soi-même. - 11
Elkana, Hanna et la matrice fermée dans ChmouelLecture du début de Chmouel : le vav inversif, la nostalgie du passé et la faute des fils d'Eli à Chilo. - 12
Shaoul, le chemin vers la royauté et la TorahLe portrait de Shaoul, fils de Kish, et sa rencontre avec Chmouel qui ouvre la voie à la royauté en Israël. - 13
David, le berger envoyé porter des vivres à ses frèresLe verset 17 : Ishaï ne se contente pas de nourriture, il demande aussi des nouvelles morales, et ce détail annonce le destin de David. - 14
La métathèse : quand l'arc des héros se briseÉtude du verset 4 de Chmouel Alef 2 : la thèse qui perd sa substance et renverse le sens, selon Rony Akrich. - 15
Elkana, Hanna et l'amour qui touche à l'êtrePourquoi Elkana donne une double part à Hanna : l'amour qui touche à l'être, et l'espoir qui demeure.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav