Yéhi et Vayihi : la création et la lumière
Pourquoi la Torah emploie Yéhi pour le projet et Vayihi pour la réalisation, et ce que cela révèle de l'ordre des jours.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Les récapitulations des jours de la Création, 50 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bonjour. Nous continuons notre étude du livre de Béréchit, et nous en sommes au chapitre premier, je crois. Nous avons fait une différence entre Yéhi et Vayéhi, nous nous sommes occupés de cela, n'est-ce pas ? Qu'est-ce que nous avons utilisé jusqu'à présent ? C'est tout ? D'accord. Bon, nous allons essayer de rentrer un peu plus dans le détail. Il y a des choses importantes dans tout le premier chapitre de Béréchit.
Pour chaque mot, on pourrait donner un cours entier, cela nous emmènerait trop loin. Nous allons simplement nous attacher à une compréhension très simple de ce qui est écrit. Vous voyez qu'il y a effectivement, pour chaque jour, quatre phases que l'on peut appeler le projet, la réalisation, le jugement et la récapitulation, n'est-ce pas ? Vous vous rappelez de cela ? Alors qu'est-ce qu'on a fait ? C'est tout ? Ah, c'est tout ? Bon, d'accord.
Nous allons faire cela dans un autre ordre. Vous remarquez que, pour chacune des créatures dont il est question dans la création du monde, la Torah emploie un verbe différent. Par exemple, regardez au verset Guimel: Vayomer Elohim, qui s'écrit au verset Guimel. Si vous avez des livres devant les yeux, c'est beaucoup plus facile de répondre; si vous n'en avez pas, cela devient quasi impossible. Yéhi Or, que la lumière soit.
Donc, le verbe employé, c'est Yéhi. La racine grammaticale du verbe, c'est quoi ? Non, Liyot, c'est le verbe; c'est ce qu'on appelle le schéma poël. La racine ? Hayo. Hayoudhe, n'est-ce pas ? C'est le verbe Hayah, le verbe être. Yéhi Or. Remarquez maintenant, pour la réalisation, comment la Torah formule cela: elle emploie un autre mot, Vayihi, Or, en français « et la lumière fut ». Quelle est la racine grammaticale du mot Vayihi ? Heyyoudé, c'est la même chose. C'est-à-dire que c'est le même verbe qui est employé pour le projet et pour la réalisation. Avec une petite différence: quand c'est dans le projet, il y a écrit Yéhi; dans la réalisation, il y a écrit Vayihi. C'est ça ? Yéhi et Vayihi.
Maintenant, nous allons partir à la recherche des Yéhi et des Vayéhi, d'accord ? Passons rapidement au verset Vav. Qu'est-ce qui s'écrit au verset Vav ? Yéhi Rakia. Donc, pour la création du Rakia, le firmament, la Torah emploie le mot Yéhi. Et pour la réalisation, regardons au verset Zayin: Vayas Elohim, Elohim fit. Le mot Vayéhi n'apparaît donc pas pour le firmament, n'est-ce pas ? Bon.
Passons ensuite à la terre ferme, au verset Tet. Vayomer Elohim, Elohim dit: Yikavou Hamayim, que l'eau se rassemble. Il n'y a pas écrit Yéhi, n'est-ce pas ? Comment ? Oui, ça, c'est… Ce qui m'intéresse, c'est la présence ou l'absence du Yéhi ou du Vayéhi. C'est ça que je suis en train de chercher, d'accord ? Maintenant, regardons un peu au verset Yod-Alef. Vayomer Elohim, Elohim dit: Tadshé ha'aretz déshé, que la terre suscite de l'herbe. Il y a écrit Tadshé, il n'y a pas écrit Yéhi. Dans la réalisation, au verset Yod-Bet, Vatotsé ha'aretz, et la terre fit sortir: il n'y a pas écrit Vayéhi. Au verset Yod-Dalet, passons donc au luminaire: Vayomer Elohim, Yéhi, « qu'il y ait des luminaires ».
Au verset Tsadi, dans la réalisation, Vayaas Elohim, Elohim fit: il n'y a pas écrit Vayéhi. Passons aux oiseaux et aux poissons. Au verset Kaf, Vayomer Elohim, Yishrétsou hamayim, sheretz nefech haya: Elohim dit que l'eau suscite un grouillement d'âmes vivantes. Il n'y a pas écrit Yéhi. Regardez au verset Kaf-Alef: Vayivra Elohim, et Elohim créa. Il n'y a pas écrit Vayéhi.
Donc, pour l'instant, nous avons trois formules possibles, n'est-ce pas ? Soit il y a à la fois Yéhi et Vayéhi; soit il y a Yéhi sans Vayéhi; soit il n'y a ni l'un ni l'autre. C'est-à-dire: plus-plus, plus-moins, moins-moins. Vous êtes d'accord avec moi ? Bon, maintenant, il pourrait y avoir une quatrième forme, non ? S'il y a plus-plus, plus-moins et moins-moins, quelle est la quatrième forme ?
— Moins-plus.
C'est-à-dire qu'il peut y avoir absence de Yéhi et qu'il y ait quand même écrit Vayéhi.
— D'où est-ce que tu as tiré ça ?
Écoute, on verra bien. Et pour savoir si quelque chose est possible ou impossible du point de vue de la Torah, ce qu'il faut faire, c'est lire la Torah. Nous allons donc lire la Torah et nous allons voir, d'accord ? Regardons par exemple au verset Kaf-Vav: Vayomer Elohim, Naassé adam. Pour l'homme, il n'y a pas écrit Yéhi, n'est-ce pas ? Et vous allez faire un saut gigantesque jusqu'au chapitre Beit, verset Zayin (2, 7), à la fin du Vayiha Adam: Vayehi ha'adam, et l'homme fut. Donc, pour l'homme, nous avons moins-plus: vous n'avez pas de Yéhi, mais vous avez un Vayi. Nous avons donc quatre manières de formuler la création des êtres. Vous avez remarqué qu'il y a quatre formules possibles: Yéhi, Vayéhi, Yéhi tout court, ni l'un ni l'autre, et le cas de l'homme, pas de Yéhi mais Vayéhi. Jusque-là, vous m'avez suivi ?
Maintenant, ce qui nous préoccupe, c'est de savoir ce que tout cela veut dire. Revenons un peu en arrière. Nous avons dit que la racine du mot Yéhi, c'est quoi ? Ce qui veut dire: être. D'accord ? Ça veut dire quoi, être ?
— Les autres aussi existent, je ne sais pas, les plantes ça existe.
— Ah !
Qu'est-ce que tu as tiré de tout ça ?
— Tu as entendu mes cours.
Ouais, c'est triché, ça. Ouais, c'est très bien, très bien. Je suis d'ici. Donc, je reprends ici. C'est comment, ton nom ? Voilà. Alors ce que nous a trouvé Ron, une idée géniale de Ron, c'est que, quand on dit être, l'ihiyot, hayo, en hébreu, cela veut dire une existence permanente. C'est dire: être tout le temps. Voyons un peu de quoi il s'agit.
Effectivement, il y a tout le temps de la lumière. Il y a tout le temps un firmament. Il y a tout le temps le soleil, la lune et les étoiles. C'est-à-dire qu'il y a des êtres qui sont permanents dans le monde. Jusque-là, vous me suivez ? Donc, pour tous ces êtres-là, la Torah emploiera le mot Yéhi. Mais il y a des êtres qui ne sont pas permanents: c'est tout ce qui est biologique, c'est-à-dire les plantes, les animaux, les hommes. Ils ne sont pas éternels. Il n'y a aucun arbre qui tienne tout le temps, aucun chat, aucune girafe, aucun homme. On peut vivre parfois des milliers d'années, mais il y a une fin à tout, n'est-ce pas ? Donc le Yéhi n'est pas applicable aux êtres biologiques.
— Oui ? Qui t'a dit ça ?
Et quand tu dis que l'homme était programmé pour être éternel, il faut le prouver.
— Quand je lis le texte de la Torah, je vois que…
Ah oui ? Ah bon ?
Cours de Machon Meir
Dans la même série
281 cours du Rav Oury Cherki, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Béréchit, Pensée juive, Abraham, Tour de Babel, Histoire d'Israël.
- 11
La création de la femme et la nature de l'homme et de la femmeBéréchit 2:21-24 : la femme tirée de l'homme, os et chair, et ce que révèle la structure du couple. - 12
Béréchit : le monde parfait, puis le désordre et la réparationLe récit de la Création se lit en forme de V : un monde idéal, une chute, puis une remontée infinie. - 13
Le projet de la création et le rôle de l'hommeLe sixième jour, l'échec de la nature, le passé antérieur du Nachash et la création de l'homme en Béréchit. - 14
Yehi, Vayehi et les trois jours de la créationLe verbe « yehi » marque les créatures fixes ; la Torah distingue ainsi la création de la lumière, du firmament et des luminaires. - 15
Yéhi et Vayihi : la création et la lumièrePourquoi la Torah emploie Yéhi pour le projet et Vayihi pour la réalisation, et ce que cela révèle de l'ordre des jours. - 16
Les récapitulations des jours de la CréationComment chaque jour de Béréchit suit un même schéma : projet, réalisation, jugement, récapitulation. - 17
Le septième jour et le projet de la créationPourquoi le sixième jour éclaire le projet du septième, et ce que l'homme doit réparer. - 18
Béréchit : le monde créé, bon, puis briséLe premier verset présente un monde harmonieux, le deuxième un chaos originel : la dualité du texte. - 19
Pourquoi le monde commence par l'ordre et non par le chaosLe verset 2 de Béréchit face au chaos grec et à l'entropie : une intention primordiale, un rechit. - 20
Yehi et Vayehi : deux modes d'existence dans la CréationPourquoi la Torah emploie « yehi » pour certaines créatures et non pour d'autres, et ce que cela dit du monde à venir.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav