La prière, expérience ou résidu de la prophétie ?
Pourquoi la Michna place le sentiment de sérieux avant la prière, et non après.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le péché par négligence, par révolte et par intention, 49 min
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Bonjour tout le monde, nous continuons notre étude de la tefila. Le jeudi, nous étudions la tefila, et nous étions, je crois, la dernière fois, à des questions fondamentales concernant la tefila, que nous avons quelque peu élucidées. Le problème est de savoir si la prière est quelque chose d'évident, de banal, qui tombe sous le sens, ou pas. La réponse est que la prière est une chose qui ne tombe absolument pas sous le sens. Ce n'est pas du tout évident que la prière soit possible.
Mais disons que ce que nous avons dégagé des différentes considérations la dernière fois, c'est que la prière est un résidu de la prophétie. Nos ancêtres avaient une expérience directe de contact avec la parole du Créateur. Cette expérience a cessé. Ça fait déjà 2400 ans que nous n'avons plus de prophète, mais il reste quelque chose en nous.
Il y a ce qu'on appelle: Im lo nevi'im hem, bnei nevi'im hem. S'ils ne sont pas prophètes, ils sont fils de prophètes. Et donc, il y a, dans la récitation du texte de la prière tel qu'il a été transmis par les derniers des prophètes, une restauration momentanée de l'expérience prophétique. Voilà, c'est ça que nous avons vu à peu près la dernière fois. Maintenant, un problème énorme se pose. C'est très joli ce qu'on a dit, que la prière est un renouveau de l'expérience prophétique, et tout le reste. Mais le problème, c'est que la prière n'est sérieuse que lorsqu'elle se fait devant Dieu. Or, la question qui se pose: qui m'assure que c'est devant Dieu que je me tiens ? D'accord ? C'est-à-dire que ce qu'on appelle la critique de la religion affirme que la prière est une sorte de, disons, comment dirais-je, de satisfaction d'un besoin, mais qu'en fait il n'y a rien d'objectif là-dedans.
C'est-à-dire, par exemple: j'ai un sentiment de culpabilité, et ce sentiment de culpabilité va se traduire à travers la prière. Au lieu de faire un traitement psychanalytique, je vais faire la prière. En fait, c'est du subjectif. Il y a un autre argument qui consiste à dire que la prière est le fruit de l'amertume. Je suis insatisfait de l'état du monde. Je suis insatisfait de mon état, moi. Alors je vais m'imaginer que j'ai à qui en parler, et donc je fais la prière. J'ai l'impression d'être devant Dieu, mais qui me dit que c'est vrai ?
Il y a une autre analyse de la prière qui consiste à dire que la prière est un sentiment esthétique. C'est beau. Les cultes sont faits de telle manière qu'il y a quelque chose de prenant, d'artistique, pourrait-on dire, dans la prière. Et c'est ce sentiment-là que j'appelle le divin, mais en vérité c'est un sentiment esthétique. D'accord ? Il y a également une autre analyse de la prière, faite par ce qu'on appelle les phénoménologues de la prière, de l'expérience religieuse. Phénoménologie de l'expérience religieuse. C'est joli, hein ? C'est beau, c'est beau.
Il y a cette affirmation que la prière est, en fait, l'expression d'une terreur que l'homme ressent. On est terrorisé, on a une sorte de tremblement, et c'est ce tremblement qu'on appelle expérience religieuse. C'est par exemple ce que dit Rudolf Otto dans son livre sur le sacré, Das Heilige, dans lequel il affirme que la prière par excellence, c'est le Kol Nidre des Juifs. Il était dans des synagogues, il a vu qu'à Kol Nidre tout le monde était dans le tremblement, et il s'est dit: voilà, c'est ça, l'expérience religieuse. Et donc, il fallait savoir effectivement: est-ce que je suis devant Dieu, ou est-ce que je me trompe, ou est-ce que je fais semblant ? Voilà. C'est une question très importante pour toute personne qui fait la prière. Jusque-là, vous m'avez compris ?
Il y a à ce propos un texte très important dans la Michna, dans le traité de Bérachot, au cinquième chapitre. Je vais, avec votre autorisation, ouvrir. Comment ? Merci beaucoup, c'est très gentil à toi. Tu es profondément reconnaissant. C'est au cinquième chapitre, dans la première Michna. C'est imprimé également dans le Talmud, à la page 30b, Amud Bet. Alors, ce qui est intéressant, c'est que, contrairement à ce que l'on voit dans les cultes, le but de la prière serait d'amener à une certaine expérience intérieure, un certain
sentiment. D'après la Michna, c'est le contraire: il y a un sentiment que tu développes en toi, qui t'autorise à faire la prière. C'est-à-dire que la prière, le sentiment que l'on a, l'expérience que l'on vit, n'est pas le fruit de la prière, c'est la condition qui permet de prier. Vous avez compris ce que je dis ? Tu n'as pas compris ce que j'ai dit ? Est-ce que tu as écouté ce que j'ai dit ? Non, je parle à celui avec la kippa derrière toi.
Est-ce que tu as écouté ce que j'ai dit ? Alors, il faut m'arrêter. Quand quelque chose n'est pas clair, il faut m'arrêter. Pour une raison très simple: la halakha veut que, quand un élève ne comprend pas ce qu'on dit dans le cours, il doit interrompre. Ça aussi, il faut le dire. C'est-à-dire que, s'il y a quelque chose qui t'empêche de comprendre, la halakha exige que tu le dises, n'est-ce pas ? Si tu ne le fais pas, c'est une perte de temps, de moi et de toi. D'accord ? C'est dommage. Alors je reprends depuis le début, parce que je ne sais pas à quel moment tu as cessé de comprendre. D'accord ?
Vous vous rappelez que nous avons étudié récemment le fait que la prière est un résidu de la prophétie. Jusque-là, tu suis ? Très bien. Et la question qui se pose, c'est: bon, ça marche, disons, la prière, mais à condition que ce soit vraiment devant Dieu que je me tienne. Est-ce que je suis là ? Tu me suis ? Très bien. Le problème, c'est de savoir si je ne fais pas semblant. Par exemple, ce qu'on appelle la critique de la religion donne des analyses de ce qu'on
appelle l'expérience religieuse. Ces analyses disent que ce qu'on appelle le sentiment religieux est le fruit, soit d'une insatisfaction chronique, de l'amertume, soit d'un sentiment de culpabilité, soit d'un sentiment de terreur, soit d'une expérience esthétique. D'accord ? Et donc l'homme se raconte qu'il est devant Dieu, mais en fait, ce n'est pas vrai. Il est en train de vivre son problème. D'accord ? Donc, le problème: qui m'assure que c'est devant Dieu que je suis ? Jusque-là, tu me suis ?
Houhou ! C'est à toi que je parle. Oui, très bien. Tu peux répondre quand je te pose la question, maintenant. Une nouvelle question, qui est, non, pas une nouvelle question. Vous savez que, en général, dans tous les cultes qui existent sur Terre, on a l'habitude de dire que le but de la prière est de m'amener à une certaine expérience. Je vais prier, et grâce à ça j'aurai une expérience vécue très forte. D'après la Michna, que nous allons lire, c'est exactement le contraire. Il y a une expérience qu'il faut vivre, …
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