Simhat Beit HaShoéva et la joie de Souccot
Pourquoi Souccot est la fête de la joie, et comment la séparation des hommes et des femmes au Temple fut justifiée.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Souccot : la soukka, le loulav et la maison du cœur, 53 min
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## Souccot, fête de la joie
Bonjour. Nous allons étudier aujourd'hui quelque chose sur la fête de Souccot, qui approche. Elle est en général délaissée, parce qu'elle tombe après Kippour, et pendant cette période on s'occupe de Roch Hachana, de Kippour, de la techouva, etc. On ne parle pas tellement de Souccot.
Vous vous rappelez que, comme vous l'avez déjà indiqué dans les cours précédents, on avait compris qu'il y avait trois formes de service de Dieu pendant cette période: l'amour, la crainte et la joie. L'amour à Roch Hachana, la crainte à Kippour et la joie à Souccot.
Il y a même une mitsva particulière de se réjouir lors de Souccot. Le Gaon de Vilna disait que la mitsva la plus dure de toute la Torah, c'est de se réjouir sans cesse pendant huit jours. Ce qui prouve les origines lituaniennes du Gaon de Vilna.
En tout cas, pourquoi ces trois stratégies-là ? On avait dit qu'il y avait trois formes de Yetzer Hara, qui sont l'homicide, l'idolâtrie et la débauche: Chefikhat damim, Avoda zara et Giluï arayot.
Et que chacun de ces trois défauts a été réparé et institué, si vous voulez, de manière pure dans la nation d'Israël par chacun de nos trois patriarches. C'est Abraham qui a lutté contre l'idolâtrie, donc le jour d'Abraham, c'est Kippour. C'est Yitzhak qui a lutté contre l'homicide, donc le jour d'Yitzhak, c'est Roch Hachana. Alors qu'est-ce qu'il nous reste par voie d'élimination ? Il nous reste Yaakov pour Souccot.
C'est-à-dire que Yaakov est celui qui a fait le tikoun, la réparation du Giluï arayot. C'est pourquoi il appartient en particulier à la fête de Souccot, qui est une fête de la joie. La fête de la joie se fait justement grâce au fait de pouvoir surmonter le Yetzer Hara du Giluï arayot, ce qui explique certaines particularités de la fête de Souccot. Et là, je voudrais, avec votre autorisation, lire un petit passage du Talmud.
## La joie de la puisatrie
Dans le traité de Soukka qui parle de cela, il y a une grande réjouissance qu'on fait à Souccot, qui s'appelle comment ? Simhat Beit HaCho'eva. C'est la réjouissance de la puisatrie. Quand on puise de l'eau, celui qui puise est appelé un puisatier. C'est en français, tout ça: puiseur d'eau. Il y a un terme, disons… On dirait que j'ai une mitsva professionnelle pour ça. Ça s'appelle un puisatier. Vous n'avez qu'à regarder dans le dictionnaire, je n'invente pas.
Donc la puisatrie, le fait de puiser, c'est quand on puise de l'eau, et il y a une grande réjouissance. C'était quoi cette eau qu'on puisait ? Il fallait descendre jusqu'à la source de Chiloah, en français, le Siloé.
Cette source existe d'ailleurs jusqu'à ce jour à Jérusalem. Elle est en bas de Ir David. On a retrouvé le tunnel qui a été creusé à l'époque de la Bible et qui y conduisait. Et de cette source, on amenait de l'eau jusqu'au Beit Hamikdash. Il y avait toute une cérémonie, toute une taloukha, c'est-à-dire une marche organisée avec des trompettes, avec des tas de belles choses. On amenait l'eau jusqu'à l'autel dans le Beit Hamikdash, et cette eau était versée sur l'autel.
La fête s'appelle Simhat Beit HaCho'eva, la joie qu'on faisait pour la puisatrie. Le fait de puiser l'eau amenait une joie intense. C'était une très grande joie, et on faisait des danses. On dansait avec des torches enflammées, et tout ça, c'était un très grand événement.
Il y a une description dans la… Qu'y aura-t-il encore aujourd'hui ? On boit, d'accord ? Il y a des réjouissances qui sont faites à Souccot en souvenir de Simhat Beit HaCho'eva. Ça se fait un peu partout, dans beaucoup de yeshivot, dans beaucoup de communautés. C'est une occasion: on amène des orchestres, tout ça en souvenir de la Simhat Beit HaCho'eva.
C'était, disons, quelque chose de spontané qui était organisé. Mais je ne sais pas s'il y a une mitsva dans la Torah. La Guemara dit qu'on le tire d'un enseignement des prophètes: Ouch'avtem mayim be-sasson mi-maayenei hayeshoua, « Vous puiserez de l'eau avec allégresse aux sources du salut ». Donc puiser de l'eau, c'est réjouissant, et cette cérémonie était faite avec une grande joie.
Il y a différentes raisons à cela. C'était pour réfuter l'opinion des sadducéens, qui niaient qu'il y ait une mitsva de verser de l'eau, de faire une libation d'eau sur l'autel, tandis que les pharisiens, nos maîtres, disaient qu'il fallait le faire. On insistait donc là-dessus.
Maintenant, ce que je voudrais dire avec vous, c'est d'abord: quel est ce motif de la joie ? On voit que la joie à Souccot prend une place très importante. On va voir quel genre de joie c'est. Je voudrais vous lire le texte talmudique, un peu de la Michna, un peu de la Guemara, qui parle de tout ça, et on va voir des choses intéressantes.
D'abord, la Michna nous dit une expression extrêmement bizarre, qui n'est pas une halakha: « Mi she-lo ra'a ». Je dis ici, dans Soukka, page 51a: « Nun alef, armoud alef ». Et voici ce que dit la Michna: « Mi she-lo ra'a »… Enfin, bon.
## Une joie qui n'appartient pas à ce monde
« Mi she-lo ra'a simhat beit hasho'eva, lo ra'a simha be-yamav »: celui qui n'a pas vu la joie qui se faisait lors de la puisatrie n'a jamais vu de joie de sa vie. D'abord, c'est un peu énorme ce qu'il dit là. Parce que, quoi, il n'y a pas d'autre joie dans la vie que ça ? Et les mariages, les anniversaires, tous ces machins-là ? Il y a des tas de choses qu'on fait qui réjouissent. Pour dire à Cher qui ? Lequel ?
— C'est-à-dire que tu ne t'es jamais fait remballer dans un cours du Rav Cherki, alors.
Bon. Il y a des joies dans la vie, et pourtant la Michna nous dit que celui qui n'a pas vu cette joie n'a jamais vu de joie de sa vie. Ça veut donc dire que la joie dont il est question est une joie qui n'existe pas dans ce monde. Intéressant. C'est donc une joie qui appartient au Olam Haba, à l'autre monde. Exactement: il y a ici quelque chose qui vient du Olam Haba et qui n'est pas expérimentable dans le monde tel que nous le connaissons.
Alors on ne se demande plus pourquoi. Il y avait un lieu: dans le Beit Hamikdash, à Souccot, il y avait cette joie, mais cette joie ne ressemble en rien à aucune joie qu'on connaît dans notre monde. Il y a probablement quelque chose qui empêche, dans notre monde, la joie véritable. Oui, quoi encore ? On va y voir tout ça, c'est écrit.
— Qu'est-ce que tu reproches à ce vin ? Mektoub, c'est des tégris.
Donc il y a une joie particulière à la fête de Souccot, dans laquelle on est probablement libéré de quelque chose qui empêche la joie totale dans notre monde. C'est pas non plus la joie de pourri, mais c'est autre chose.
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