Yaakov face à Essav : le passé, le futur et le présent
Comment la pensée passée et l'imaginaire du lendemain transforment notre présent, à partir de la rencontre de Yaakov et Essav.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Le puits de Haran et la pierre qu'on roule, 7 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
La dernière fois, c'est-à-dire la semaine dernière, nous avons vu les causes de nos émotions et de nos sentiments. Nous les avons classées au niveau des pensées, qui traitent de trois dimensions: la pensée présente, la pensée passée et la pensée future. La pensée présente, c'est la réflexion du moment. La pensée passée, c'est le souvenir. Et la pensée future, c'est l'imaginaire, l'imagination. Nous avons insisté spécifiquement sur la pensée dans ces trois étapes, parce qu'elle est la cause principale de nos ressentis.
Dans le mot ressenti, je mets émotions, sentiments. Mais ce n'est rien. Qu'on n'utilise qu'un seul mot, on peut en utiliser 36 à chaque fois, même si on veut être explicite.
Un exemple. Nous ne prendrons pas un exemple qui nous concerne personnellement. Puisque nous sommes dans l'étude biblique, prenons la rencontre entre Yaakov et Essav. Prenez la situation: Yaakov s'est enfui de devant Essav. Il a vécu vingt et un ans chez Lavan, et il revient vers Erets Israël après ces vingt et un ans, mais il a peur. Vous êtes face à un personnage qui, en dehors de la leçon philosophique de ce passage, traverse les difficultés de quitter l'exil de Lavan, la crainte de rencontrer Essav, lui qui porte les deux mitsvot: le respect parental et la mitsva d'habiter Erets Israël.
Abordons maintenant le côté psychologique du personnage. Quels sont les sentiments, quels sont les ressentis de Yaakov ? Allez. Le ressenti de Yaakov, au moment où il a fini de lutter avec l'ange, qu'il a traversé le fleuve Yabok et qu'il se trouve sur les hauteurs d'Erets Israël, c'est la peur.
— Autre chose ? Vous êtes très réveillés. Je parle du personnage maintenant. Il a peur, il a des craintes. Ces craintes sont liées à quoi ? Vous savez dire ? De... ? Je n'entends pas.
— La rencontre avec Essav.
Voilà. C'est pour demain. C'est l'imaginaire futur. Quoi d'autre ? Sa crainte et sa peur, pourquoi ? Une réponse.
— Demain, le futur. J'imagine la situation de demain.
Ensuite, son vécu passé, bien entendu. Quel est-il ? Il a un passé qu'il a du mal à supporter: non seulement le passé où il a peut-être lésé son frère en lui achetant son droit d'aînesse, mais il y a autre chose. Je l'ai dit tout à l'heure en filigrane de mon propos: le fait qu'il ait dû quitter ses parents, c'est dans son passé. Le fait qu'il ait dû abandonner sa terre, c'est dans son passé.
Vous comprenez maintenant qu'il traîne tout cela dans son sac à dos: j'ai quitté mes parents, j'ai quitté ma terre, j'ai peut-être lésé mon frère. La crainte et la peur de ce que j'imagine que sera la rencontre avec Essav font que, lorsque j'assimile ce passé à ce que j'imagine de demain, je fais de mon présent une crainte. Est-ce clair ? Concentrez-vous, c'est important.
Vous allez devoir supporter cela. Je vous trouve excessivement excités ce matin. Il faut manger, il faut boire un café avec du sucre le matin. Parce que vous avez conscience de votre passé, qui fut le sommeil, vous imaginez une journée qui doit être intrépide, et vous essayez de faire, dans la symbiose des deux, un présent qui soit le plus vivant possible avant la journée intrépide qui vous attend, bien entendu.
Est-ce clair ? Il y a déjà suffisamment de moutons de Panurge dehors pour qu'on vous en rajoute ici. Les leçons d'études sont là pour faire de vous des maîtres de séance de votre existence, et pas encore des moutons de Panurge !
Nous sommes donc face à Yaakov. Vous comprenez, à ce moment-là, quelle est la situation de l'individu. Regardons maintenant l'autre côté de l'image qui nous est donnée. Nous venons de regarder Yaakov, regardons Essav. Lorsque nous prenons Essav dans le récit biblique, sans réfléchir, quelle est l'image d'Essav que vous avez ? Réfléchissez. Quelle est l'image d'Essav ?
— Un tueur.
Voilà, c'est la première image que nous avons. Qui vous a dit que la réalité était ainsi ? Vous n'avez aucune preuve tangible. Moi, je connais plein de chasseurs, ce sont des tendres. Je suis désolé. Qui vous a dit qu'ils tuaient des animaux pour le plaisir ? Peut-être qu'ils les tuaient pour se nourrir. Enfin, je ne vais pas rentrer dans ce domaine-là. Mais sachez que la réalité de notre existence, et le texte biblique vient vous le rappeler continuellement, n'est pas une réalité manichéenne. Pour ceux qui ne savent pas ce que veut dire « manichéen », cela signifie que la réalité n'est ni noire ni blanche, qu'elle est toujours grise. Vous voyez ? Ce garçon devant moi n'est ni bon ni mauvais, il est un homme. Vous entendez ce que je mets derrière le mot « homme » ? Il n'est ni bon ni mauvais. Il est un homme avec ses faiblesses et ses réussites.
Reprenons l'image biblique de cet homme, Essav. On le voit s'approcher avec quatre cents hommes, et lui à leur tête. Nous connaissons la réaction de Yaakov, bien entendu: la crainte, ce qu'il va faire. Cela ne nous intéresse plus maintenant. Regardez ça: il arrive avec quatre cents hommes, et il marche à pas qu'à danser, parce qu'on vient de lui annoncer que son frère est de retour. Votre réponse ? Pourquoi est-il avec quatre cents hommes ?
— Pour le tuer.
Non, c'est toi, qu'est-ce que tu dis ? Non, pas ce que je dis, moi. Qu'est-ce que tu dis, toi ? Ah, monsieur fait les œufs maintenant, philosophe, d'accord. Mais tu as raison. Je joue exprès. Pourquoi vient-il avec quatre cents hommes ? Depuis tout petit on te raconte l'histoire, tu ne sais pas encore, à l'âge de vingt-cinq ans ? Voilà. C'est par manque de connaissances. C'est tout l'enjeu d'étudier pour pouvoir connaître. Merci pour la leçon.
Bon, la plupart d'entre vous ont dans l'idée qu'Essav vient avec quatre cents hommes parce qu'il aurait des intentions, comment dit-on en français ? Il y a... belliqueuses. Nous traduisons pour ceux qui ne connaissent pas bien le français: belliqueuses, cela veut dire méchantes. Des intentions belliqueuses.
Écoutez, au vu et au su de ce que nous apprenons, vous permettez qu'on aille jeter un œil dans l'intériorité d'Essav ? Quel est son passé ? Si vous essayez d'analyser le Essav de cette époque où les deux frères jouaient ensemble, au parc. On nous dit que Yaakov « ich tam yoschev ohalim », que Yaakov était un homme intègre, toujours installé dans sa tente. Bon, il a dû jouer au ballon aussi, l'homme; sinon il n'est pas normal. Et Essav, on nous l'a présenté comme quelqu'un qui était toujours en train de jouer au ballon. Eh bien, il a dû s'asseoir aussi, parce que la réalité n'est pas manichéenne. C'est bien clair ?
Le passé d'Essav: comment se sent cet homme-là ? Vous oubliez, il grandit... Qui est sa mère ? Qu'a-t-elle fait ? Creusez ! Il grandit, sa mère, c'est Rivka, et ? Elle a deux enfants, et ? Ah, c'est intéressant, Monsieur Shmuel ! Voici que nous avons un enfant qui ressent un amour …
Cours de Machon Meir
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