Léa, Rachel et l'apprentissage de l'amour construit
Léa, épouse imposée à Yaakov, lui apprend à aimer au-delà du coup de foudre et nomme ses enfants.
Rav Rony Akrich
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
La rencontre entre Yaakov et Rachel va nous permettre de partir à la rencontre de deux expressions de ce que représente l'amour aujourd'hui. Il veut épouser Rachel, il en est follement amoureux. C'est un véritable coup de foudre, en espérant que, comme malheureusement cela arrive souvent, après que la foudre soit passée, il ne reste que les coups, que Dieu nous préserve.
Mais en tout état de cause, lorsque ce coup de foudre est là, il est prêt à tout, à travailler même sept années, afin de pouvoir épouser la femme tant aimée. Et Lavan, il s'appelle Lavan, qui veut dire « blanc » en traduction française, mais si l'on renverse les lettres, cela devient Naval, c'est-à-dire un peu celui qui est une ordure, celui capable de faire passer le mensonge pour vérité. Alors, lui, Lavan, père de Rachel et de Léa,
va donner Léa à la place de Rachel et obliger Yaakov à travailler encore sept ans. Mais ce n'est pas là le point important. Le point important, il est dans la relation que vont avoir Léa et Rachel avec Yaakov. Rachel, c'est l'amour fou, c'est l'amour romantique, c'est l'amour tant désiré, tant aspiré. À quoi aspirent Rachel et Yaakov ? Dans le mariage ? Mais ce n'est pas le cas. C'est Léa qui se retrouve auprès de Yaakov. Et lorsque Léa se retrouve auprès de Yaakov,
nous sommes obligés de nous rendre compte ici que Léa a les yeux ternes, ternes des larmes qu'elle a versées. Ternes, parce que les larmes versées ici viennent signifier que, d'abord et avant tout, Jacob ne m'attendait pas. Je lui ai été imposée. Comment faire ? C'est la question que Léa se posera. Comment faire pour faire comprendre à Jacob que l'amour qu'il ressent pour Rachel est un amour légitime, mais qui ne peut pas durer de cette manière-là à tout jamais ? Il peut servir de base, de contenant, de réceptacle, de point de levier. Mais jamais il ne peut être la seule finalité.
Moi, Léa, je voudrais apprendre à cet homme qui vient de me découvrir à aimer, mais à aimer pour construire, pour élaborer. Je voudrais lui faire entendre que l'amour de Rachel ne peut servir, comme je l'ai déjà dit, que de contenant, et que l'amour à construire serait le contenu. Il faut que je trouve le moyen de lui faire entendre raison. Parce qu'on ne peut pas vivre avec quelqu'un sans vivre avec amour. On ne peut pas vivre avec quelqu'un sans construire cet amour qui est à même de nous sublimer, de nous emmener non plus vers des moments où nous pensons prendre nos rêves pour nos réalités, mais, comme je le dis souvent,
à faire de notre réalité un rêve au quotidien. Alors leur premier enfant, Léa va décider qu'il s'appellera Réhouven. Oui, je sais, on peut traduire « regardez, c'est un garçon » parce que... Non, pas cela. Réhouven, c'est un garçon parce que je lui ai appris à me regarder. Ça vous parle plus ? À moi aussi. Je lui ai appris à me regarder, c'est-à-dire que je lui ai appris à commencer à m'aimer. Alors, c'est un garçon parce que je lui ai appris à me regarder.
Et le deuxième enfant, nous allons l'appeler Chimone. Chimone, parce que je ne lui ai pas appris qu'à me regarder, je lui ai appris aussi, vous entendez Chimone, l'Ichmoa, c'est-à-dire que je lui ai appris à m'écouter. Oh, pas m'écouter, à m'entendre.
On peut écouter quelquefois sans entendre. Moi, ce que j'ai appris à Yaakov, c'est à me regarder, et pas seulement à me regarder, mais véritablement à me scruter, à me contempler. Et là, je l'ai appris non pas à m'écouter, mais à m'entendre, à entendre dans les profondeurs de cette oreille qui recèle ce liquide, ce centre de gravité, qui nous permet, à nous les hommes, de préserver notre gravité, notre centre de gravité, c'est-à-dire notre équilibre. Vous comprenez ? Regardez.
Le troisième enfant, je vais l'appeler Lévi. Pourquoi ? Parce que la racine de Lévi, c'est un peu cette racine qui forme le verbe lelavot, accompagner. Oui, j'ai appris à cet homme que j'aime maintenant à me regarder, à me scruter, à me contempler. Je lui ai appris à m'écouter, mais plus que cela, je lui ai appris à m'entendre, je lui ai appris à m'accompagner, c'est-à-dire
peut-être à me donner la main. Car lorsque ces deux mains étaient capables de se rejoindre, yad be-yad, vous savez qu'on aime jouer avec les chiffres et les lettres en hébreu: la main vaut 14, comme d'ailleurs les 14 phalanges qui composent notre main. Et bien, ces deux mains, c'est 2 x 14, c'est 28, et 28 en hébreu, c'est Koa'h. Vous voyez, bien avant la révolution bolchevique, on savait que l'union fait la force. Alors ces deux mains se joignent, je l'ai appris à m'accompagner. Vous voyez, regardez ses yeux, regardez ses oreilles, regardez cette main.
Alors, quand le quatrième enfant arrive, je n'ai rien d'autre à faire, ou plutôt, excusez-moi, je n'ai rien d'autre à dire que Toda. Mon fils s'appellera Yehuda, parce que j'ai voulu dire merci. Merci de m'avoir permis d'être la première femme dans l'histoire de ce féminin, de l'humain, à pouvoir expliquer que si l'amour romantique était tellement émouvant,
s'il était capable de nous bouleverser à ce point, il n'en restait pas moins que cet amour romantique était un amour déconcertant.
Cours de Machon Meir
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