Abraham à Guérar et l'épisode d'Avimélekh
Abraham apprend la midat ha-din à Guérar, où Sarah est prise par Avimélekh puis rendue.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Mamré, la circoncision et la lecture du Rambam, 52 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom tout le monde. Nous sommes encore dans le livre de Béréchit, je crois. Nous sommes arrivés au chapitre Kaf, qui est le vingtième chapitre, par définition.
Il résida à Guérar. C'est-à-dire qu'il était installé, mais il a résidé. Il était installé entre Kadesh et Chour, c'est-à-dire que ses pâturages, ses tentes, c'était entre Kadesh et Chour. Mais lui-même résidait à Guérar. Guérar, c'est où ça ? Entre Gaza et Rafia'h. C'est précisément le lieu qu'on appelait le Goush Katif. C'est cette région-là. Qu'est-ce qu'il va chercher là-bas ? Pourquoi précisément là-bas ?
Qu'est-ce que c'est que cet endroit, d'abord ? C'est un endroit très différent de celui où il était jusqu'à présent. Jusqu'à présent, il était dans la région de Hévron. Hévron, c'est la région montagneuse, c'est l'arrière-pays. De manière classique, la région de la montagne est plus conservatrice que la région de la côte. Or Abraham est sur la côte. Mais ce n'est pas n'importe quelle côte, c'est la côte méditerranéenne. Abraham s'est installé à l'endroit de la grande route internationale entre l'Égypte et la Syrie, la Babylonie. Tout passe par là. C'est le grand trafic, le lieu par excellence des échanges internationaux. À part ça, il se met au bord de la mer. La mer, c'est le grand large, c'est le contact avec, si vous voulez, l'Amérique.
Pour l'époque, c'était comme l'Amérique, les pays de la mer, la Grèce, la Crète, tout ça. Cela le mettait en contact avec le grand monde. On voit donc qu'Abraham prend position pour une place qui va le mettre en contact avec le maximum d'humanité. Cela correspond tout à fait à ce que dit Rachi lorsqu'il explique qu'Abraham a vu que les villes avaient été détruites et qu'il n'y avait plus de passants. Il est donc passé ailleurs, dans un endroit où il y a des passants.
Maintenant, qu'est-ce que cet épisode vient nous raconter ? Il faut l'insérer dans la mouvance générale de la paracha, qui est l'apprentissage par Abraham de la midat ha-din, de la rigueur. Vous savez qu'Abraham est plein de bonté, plein de charité, de grâce, et qu'il apprend à passer à la midat ha-din, à la rigueur, au jugement, aux sanctions du jugement, etc.
C'est pour cela qu'il a appris la naissance d'Yitzchak, qui est le tsadik de la midat ha-din. C'est pour cela qu'il a participé au jugement de Sodome. Et là, il va devoir apprendre quelque chose de nouveau à propos de la midat ha-din. Il va l'apprendre dans sa propre personne, à travers l'épisode d'Avimélekh. Donc il arrive à Guérar. « Va'omer Avraham el Sarah ishto: Achoti hi. » Abraham dit de Sarah, sa femme: « Elle est ma sœur. »
« Va'yichla'ah Avimélekh, melekh Guérar, va'yikah et Sarah. » Avimélekh, roi de Guérar, envoya prendre Sarah. J'aimerais comprendre cette histoire, mais elle me paraît absolument absurde. Abraham, comme vous le savez, dans les chapitres précédents, est un grand personnage qui fait la guerre, qui a des alliés, qui a des soldats, qui a une grande maisonnée. Et puis il arrive à Guérar comme si c'était un simple particulier. Personne ne sait qui il est. On dit: « Qui est celle-là ? » Il répond: « Elle, c'est ma sœur. » « Ah bon, d'accord, on la prend chez le roi. »
C'est absolument inconcevable. Il a fait quelques kilomètres depuis Hévron, où il était le roi de toute la région, et puis il devient brusquement un kidam, à qui on peut prendre sa femme ? Vous trouvez ça normal ? Je vous ai déjà fait part de cette théorie: il semblerait que ce récit se soit passé avant. Il s'est passé avant, à un moment où Abraham descendait en Égypte. Seulement, il est raconté maintenant, pour des raisons d'insertion dans le processus de la midat ha-din. C'est-à-dire qu'on veut nous apprendre comment Abraham a appris la midat ha-din. Donc c'est raconté maintenant, et tout s'explique.
Verset gimel: « Va'yavo Elohim el Avimélekh ba-halom ba-laïla. » Elohim vint chez Avimélekh dans le rêve de la nuit. « Va'yomer lo… » D'ailleurs, Avimélekh, c'est un nom de quelle origine ? Que veut dire Avimélekh ? « Mon père est roi », n'est-ce pas ? En quelle langue ?
En hébreu. Est-ce qu'ils parlaient l'hébreu, Avimélekh ? Peut-être. En tout cas, c'est une langue sémitique: c'est un nom d'origine sémitique. Le roi en question est donc probablement un sémite, n'est-ce pas ? Et pourtant, plus tard, à propos d'Yitzhak, on dira « Avimélekh, melekh Pelichtim », le roi des Philistins. Or les Philistins ne sont pas des sémites. Alors comment se fait-il que le roi porte un nom sémite ?
En vérité, ce n'étaient pas du tout des Philistins, c'étaient des sémites, des Cananéens. Mais on les appelle rois des Philistins parce que, du temps où Moïse écrit la Torah, cette région est devenue une région habitée par les Philistins. C'est comme si on disait, par exemple, que Vercingétorix vivait en France. C'est faux. La France, à l'époque, cela s'appelait la Gaule. Mais pour nous, qui vivons à une époque tardive où la Gaule est devenue la France, on peut rétroactivement l'appeler la France. De même, du temps de Moïse, cette région est devenue la région des Philistins. On appelle donc Avimélekh roi des Philistins, mais en vérité ce n'était pas un Philistin. D'accord ? Parce que c'est écrit pour le lecteur du temps de Moïse.
Pourquoi je vous dis tout cela ? Pour répondre à une objection de la critique biblique. La critique biblique prétend qu'il y a, dans le livre de Béréchit, des anachronismes qui prouveraient la rédaction tardive de ce livre. Entre autres, on parle des Philistins alors qu'à l'époque il n'y avait pas encore de Philistins dans la région. La vérité, c'est effectivement qu'il n'y avait pas de Philistins dans la région, et qu'Avimélekh n'était pas un Philistin. Mais on l'appelle roi des Philistins, de même qu'on parle du détroit de Gibraltar à l'époque des Phéniciens, alors qu'en vérité le nom Gibraltar a été donné au VIIIe siècle. D'accord ? Vous comprenez ? C'est à peu près la même chose.
D'où vient le mot Gibraltar ? Djebel el-Tarik, c'est-à-dire la montagne de Tarik. Tarik était le conquérant musulman, islamo-berbère, qui a fait la conquête de l'Espagne. Il est passé par là-bas: Djebel Tariq, la montagne de Tariq. C'est lui qui a donné son nom au lieu, bien plus tard. Voilà, c'est souvent comme cela dans la Torah: la Torah nous donne des repères par rapport au moment où c'est écrit. Pas tout le temps, mais souvent. C'est un procédé classique dans la littérature. Oui, jusqu'au jour… jusqu'au temps de l'écrivain, de celui qui écrit. Jusqu'à ce jour. Par exemple, à propos de Moab: le fils de la fille de Loth est le père de Moab « jusqu'à ce jour ». Il n'y a plus de Moab, c'est fini, mais au temps où ceci a été écrit, Moab existait.
Je reviens au verset gimel: « Va'yavo Elohim el Avimélekh va-chalom ba-laïla. » Elohim vint chez Avimélekh dans le rêve de la nuit. Comment se fait-il qu'il rêve ? Dans le Tanakh, …
Cours de Machon Meir
Dans la même série
281 cours du Rav Oury Cherki, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Béréchit, Pensée juive, Abraham, Tour de Babel, Histoire d'Israël.
- 206
Le rire d'Abraham, de Sarah et d'IshmaëlPourquoi Sarah chasse Hagar et Ishmaël, et qui est vraiment le fils d'Abraham selon Béréchit 21. - 207
Vayiyou Chaye Sarah : la vie de Sarah par sa mortPourquoi la section commence par la mort de Sarah, et comment son enterrement enracine Abraham sur la terre d'Erets Israël. - 208
Abraham après sa victoire : la peur moralePourquoi Abraham craint-il après avoir vaincu les quatre rois, et ce que Dieu lui répond. - 209
Lot entre Sodome et Abraham : la grotte et le danger moralPourquoi Lot craint Tsohar puis la montagne, et ce que la grotte à mi-pente révèle de sa position morale. - 210
Abraham à Guérar et l'épisode d'AvimélekhAbraham apprend la midat ha-din à Guérar, où Sarah est prise par Avimélekh puis rendue. - 211
Mamré, la circoncision et la lecture du RambamPourquoi Mamré est nommé avant la visite des anges, et comment le Rambam comprend la vision prophétique d'Abraham. - 212
L'Akédat Its'hak et le retour d'AbrahamLe bélier dans les broussailles, la montée vers le Kodesh HaKodashim et la descente, et le mariage d'Its'hak. - 213
La ligature d'Yitzhak et le problème du fils uniquePourquoi Avraham hésite à désigner Yitzhak, et pourquoi le sacrifice humain est interdit par la Torah. - 214
Rivka à la source : le choix de la femme d'YitzhakPourquoi Eliezer demande une jeune fille qui donne à boire aux chameaux, et ce que révèle l'équilibre des midot. - 215
Les engendrements de Yitzhak : Yaakov et EsavPourquoi Rachi lit « Yaakov et Esav » après Yitzhak, et ce que la tension entre les deux frères annonce.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav