L'amour du prochain comme vertu, non comme devoir
Lévitique 19:18 et la thèse que l'on ne peut offrir à autrui que ce que l'on possède.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Les Méraglim et la conquête d'Erets Israël, 37 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Ce sujet, je vous ai donné des feuilles qu'on appelle, qu'on va appeler Ma'amarim. On va essayer, trois fois par mois, de toucher à un certain nombre d'auteurs, d'auteurs juifs. Je ne vais pas vous faire un cours de philosophie et de sociologie sur l'amour, mais essentiellement sur ce qu'on appelle en hébreu la Midat Ha'Ahava. Mida, vous me traduisez par « mesure », par...
— Une vertu.
Ah oui, c'est bien. Mida, c'est une vertu, c'est même la meilleure traduction. Mais, étant donné que le terme est polysémique, c'est-à-dire qu'il a plusieurs acceptions, en l'occurrence la mesure et la vertu, il est bien que la vertu soit mesurable. Car, encore une fois, dès le départ de cette leçon, nous devons affirmer que toute vertu ou tout devoir ne peut être inextensible. C'est-à-dire que si nous voulons aborder une vertu ou un caractère de l'homme par une démesure, et quand je dis démesure, cela veut dire aussi bien dans le trop peu que dans le trop...
Je vais finir par amener de la Ritaline, je crois, le mercredi. Je donnerai une prescription spécialement pour la classe. Vous savez que c'est un des signes neuromoteurs: quand on frappe à la porte, ou qu'on ouvre la porte, ou qu'une personne rentre, on perd automatiquement de son attention. Bien entendu, vous voyez comment nous sommes tous réduits à ce rythme-là, et donc nous aurons tous besoin d'une approche.
Tov !
Je vous ai dit qu'on allait voir un certain nombre de textes. Un des auteurs que je vais garder en filigrane, ce sera le Rav Kook, le Rav Avraham Yitzhak HaCohen Kook, dont je vous ai donné un texte ici. Vous voyez, ils sont petits, mais très importants. Et là, dès le départ, je vous ai dit, pour ce premier cours, que notre littérature et notre leçon ne pourront être exhaustives. Mais nous allons traiter un certain nombre de sujets.
Première référence, dans Vayikra, chapitre 18, verset 19. Tout le monde le connaît, ou doit le connaître: Lo tikom ve lo titor et bnei ammekha ve'ahavta lere'akha kamokha ani Hachem. C'est intéressant. Lo tikom ve lo titor, cela veut dire: ne te venge pas et ne garde pas rancune. Pour quelle raison ne dois-tu pas te venger ou garder rancune ? Pour la simple raison qu'il est écrit: ve'ahavta lere'akha kamokha, car tu aimes ton prochain comme toi-même.
Déjà, cela recèle énormément de leçons. Mais ce que nous oublions de dire, ce que, de manière générale, les hommes oublient de rappeler lorsqu'ils disent « tu aimeras ton prochain comme toi-même », c'est, encore une fois, pour quelle raison ? C'est écrit: ani Hachem. Et il n'est pas marqué ani Elohim. Car ce serait, comment dire, l'émanation du Dieu de justice. Or ici, il est question du Dieu de miséricorde, c'est-à-dire de ce Dieu qui prend en considération l'autre. Alors que du côté de la loi, de la justice, la loi est immuable: elle ne supporte pas de compromis. Alors que dans le Yod Hé Vav Hé, il y a une compassion, il y a une miséricorde, il y a, comme nous dirions en français, une mansuétude.
Vous vous demandez parfois si vous êtes en classe de français ou en classe de... Pas mon visage ! Mais vous, je vous ai dit, vous devez parler comme des princes. Vous êtes des princes, vous n'êtes pas comme des princes. Demandez à William, là, qui va se marier à Londres: on l'a appris à parler, à marcher, etc. Donc il est écrit: ve'ahavta lere'akha kamokha, tu aimeras ton prochain. Ro'eh...
On a vu combien de fois, dans l'histoire d'Israël, nos patriarches et nos matriarches sont par excellence des bergers. Ro'eh tsone, c'est celui qui a la capacité d'être le prochain, à l'image de la nefesh ha-behémit, c'est-à-dire de l'âme animale. Mais c'est dans cette capacité d'éveiller chez l'autre, chez le prochain, la reconnaissance de la présence, que je prends sur moi la plénitude de la fonction du ro'eh, du berger. De la même manière que lorsque je suis l'assistant de... parce que je suis avocat, parce que je suis médecin, parce que je suis pompier, parce que je suis policier, ou tout simplement parce que je suis homme.
Ve'ahavta lere'akha kamokha, c'est ce point précis que je voudrais qu'on voie aujourd'hui. Kamokha veut dire: tu aimeras ton prochain comme toi. Je vous ai dit cette phrase, je crois, mais je la répète, je ne cesse de la répéter, je vais même dire que je la rabâche: vous ne pourrez offrir à autrui que ce que vous possédez. Est-ce bien clair ? Hier, je vous ai employé le mot « outrecuidant », qui veut dire culotté. Mais c'est de l'outrecuidance que de penser pouvoir offrir à autrui ce que vous ne possédez pas. Vous ne pourrez donner, offrir et octroyer que ce qui aura été acquis, nullement autrement.
Je n'ai pas besoin de vous donner l'exemple de la leçon, du diplôme, du devoir et de l'examen: tout le monde l'aura bien compris. Mais dans la réalité existentielle de l'homme, de par ce que l'homme est, il ne pourra donner et offrir que ce qu'il possède. On ne peut dire « je t'aime » comme Tarzan aime Jane que si cet aimer est déjà un élément que nous possédons pleinement et entièrement dans ce que nous sommes. Pour offrir à l'autre « je t'aime », je ne parle pas encore du « je », mais c'est une autre histoire. Quant au « toi », c'est un monde totalement inconnu. En tout cas, le verbe, c'est-à-dire le mouvement de l'être, il est important qu'il soit acquis.
De la même manière, le clochard, à Khov Yafo, qui vous tend la main: si vous voulez lui donner une pièce, vous ne lui donnerez que la pièce que vous possédez. Si vous tendez la main sans avoir une pièce, d'abord c'est azout panim, c'est de l'effronterie vis-à-vis de cet homme qui tend la main, mais vis-à-vis de vous-même, c'est cette fameuse outrecuidance dont je parlais: vous êtes houtspanim, vous êtes, comment dire, effrontés avec vous-même.
Il y a donc dans cela la reconnaissance de l'autre, mais la reconnaissance de l'autre n'est possible que par la propre reconnaissance de moi-même. Pour quelle raison ? Parce que je suis l'Éternel. Et pourquoi est-il important de dire « parce que je suis l'Éternel » ? Yod Hé Vav Hé, celui de la mansuétude, de la compassion. Eh bien, parce qu'il a fallu, comme disent certains de nos sages, dans l'exhaustivité mystique, qu'il fasse une place à Sa création pour que Sa création soit. Et si vous voulez être demain, il faut que vous fassiez place à vous-même.
Je ne vous parle pas, bien entendu, de la relation vis-à-vis de l'autre, qui nécessite automatiquement cette espèce de mise en place d'un no man's land qui permet à l'autre de s'approcher. Je ne sais pas si je vous l'avais dit ou pas, mais Adam, l'homme... Adam, c'est l'acrostiche d'Abraham, David et Moïse: Aniy af far ve'efer, Ani ketolah ad ve'lo ich, Va'anokhi... C'est-à-dire que le point commun entre ces trois hommes, le *méchané, …
Cours de Machon Meir
Dans la même série
64 cours de Rony Akrich, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Pensée juive, Émouna, Rav Kook, Erets Israël, Techouva.
- 1
Amen, l'émouna comme certification du divinLe mot Amen relie le Nom du tétragramme à notre monde, et l'émouna se définit comme certifier l'infini dans le réel. - 2
L'amour du prochain comme vertu, non comme devoirLévitique 19:18 et la thèse que l'on ne peut offrir à autrui que ce que l'on possède. - 3
Les Méraglim et la conquête d'Erets IsraëlPourquoi la Torah parle de Erets Kenaan, et ce que signifie « envoie pour toi » selon Rech Lakish. - 4
Le peuple d'Israël, un corps dont chacun est une celluleLe klal et le prat : pourquoi le peuple tient même lorsque des individus le quittent, et ce que chacun doit à Israël. - 5
Monter en Erets Israël : le danger des ghettos intérieursPourquoi l'arrivée en Erets Israël bouleverse, et comment s'attacher à la terre telle qu'elle est. - 6
L'étude des sciences face à l'étude de la TorahKant, la prophétie et l'intellect : pourquoi la vérité se reçoit et ne s'invente pas, selon le Rav Kook. - 7
Le Maharal et le midrash des lettres de la CréationPourquoi Dieu rejette le Taf et le Chine, et comment le monde imparfait tend vers la perfection.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav