La résurrection des morts, cœur de la deuxième bénédiction
Pourquoi la Guemara fait de la résurrection des morts la mesure des capacités de Dieu, et ce que le Maharam de Médina entend par ressusciter.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Gaal Israël, la prière et la conscience historique, 42 min
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Bonjour tout le monde. Étant donné que nous avons traversé des événements exceptionnels, puisque nous avons dû étudier le Dystevet et puis le christianisme, et tout ça, nous allons maintenant revenir à l'Amida. Ça a été traduit en hébreu, d'ailleurs. Je voulais dire du bien de la traduction, mais non, c'est rapide, c'est rapide. Bon. Nous allons donc reprendre notre étude de la téfila, de la prière. Je crois que nous avons fait la dernière fois une étude de la première bénédiction. On est arrivé jusqu'au bout ? Je crois que non… Si, on est arrivé jusqu'au bout, c'est très bien. Nous allons donc passer à la deuxième.
La première bracha, dans le Chmoné Esré, dans la Amida, a pour but d'expliciter à qui la prière est adressée. C'est-à-dire que la première bénédiction répond à la question « Qui ? ». La deuxième bénédiction va répondre à une autre question, qui est « Quoi ? » En d'autres termes: « Que peut-il me donner ? » Celui à qui j'adresse la prière, le Elokei Avot, qu'est-ce qu'il peut me donner ? Et la réponse: il peut me donner ce qu'on appelle des Guevurot. Guevurot, ça veut dire, en hébreu moderne, on dirait yekholot, en français, des capacités.
C'est un peu surprenant, parce qu'on va devoir expliquer quelle est la capacité de Dieu. Sa capacité est infinie, il peut tout. Il n'y a rien d'extraordinaire là-dedans. Alors, qu'est-ce qu'on veut dire par cette histoire de Guevurot ? Et effectivement, la Guemara elle-même pose la question, dans le traité Taanit: est-ce qu'on peut faire la liste des capacités de Dieu ? Mi yemalel guevurot Hachem, qui peut raconter les puissances ou les capacités de Dieu ?
La réponse de la Guemara est qu'on a inclus dans la bracha, dans la deuxième bénédiction de l'Amida, uniquement des capacités qui sont équivalentes à la résurrection des morts. Pourquoi avoir pris la résurrection des morts comme indice de la capacité d'HaKadosh Baroukh Hou ? C'est parce que c'est ce qu'il y a de plus grand. S'il y a résurrection des morts, alors ça veut dire que c'est la vie qui gagne. S'il n'y a pas de résurrection des morts, ça veut dire que c'est la mort qui gagne.
On peut dire que la émouna en la résurrection des morts n'est pas quelque chose de véritablement exceptionnel si on va jusqu'au bout de la émouna monothéiste. C'est-à-dire que si Dieu est véritablement un, et qu'il est véritablement bon, il est impossible que ce soit la mort qui l'emporte. Vous vous rendez compte de ce que je voudrais dire ? Sinon, ça veut dire que tout marche, tout avance, mais finalement la mort est plus forte que tout. Il y aurait donc un autre dieu, qu'un dieu ne plaise, qui serait la mort et qui vaincrait tout. Il est donc très important de comprendre que c'est la vie qui gagne, et la résurrection des morts est indispensable. Maintenant, tout le reste, toutes les capacités, sont des dérivés de cette capacité-là, de la résurrection des morts.
Oui ? C'est quoi… Ah, c'est quoi le Olam Haba, tu demandes ? Eh bien, le Olam Haba, c'est la continuité. Ça continue. C'est comme, par exemple, un enfant dans le ventre de sa mère qui essaie de comprendre ce qui se passe après la naissance. Qu'est-ce qu'il en sait ? Pas grand-chose. Il a une intuition. Il a le sentiment, peut-être, l'idée, que ça continue après. Mais comment ? Toutes les idées qui peuvent se faire, zéro. Imaginez-vous deux jumeaux qui sont dans le ventre de leur mère. Comme ils ont du temps à perdre, ils discutent de philosophie.
Il y en a un qui dit: « Je crois qu'il y a une vie après la naissance. » L'autre dit: « Non, ça ne va pas la tête. » Et il met en avant des arguments rationnels. Il dit: « C'est impossible qu'il y ait une vie après la naissance, pour plusieurs raisons. Tout d'abord, là-bas, il n'y a pas de cordon ombilical, donc il n'y a pas de quoi se nourrir. À part ça, il n'y a pas de liquide amniotique là-bas, donc on va étouffer avec l'oxygène
qu'il y a là-bas. Et puis il n'y a pas de quoi manger. Et puis les objets sont durs là-bas, on va être blessés. Sans parler du fait que la température est très basse, donc nous allons mourir de froid. Et puis tu vois bien que tout ce qui part par le trou noir qu'il y a au fond ne revient jamais. » D'accord ? Donc il y a une série d'arguments rationnels pour expliquer qu'il n'y a pas de vie après la naissance.
À la fin du neuvième mois, ça commence à bouger, et celui qui croit en la vie après la naissance sort. Et tout le monde dit: « Ah, Mazal Tov, comme il ressemble à son grand-père, etc. » Et l'autre dit: « Non, moi je ne suis pas fou, je reste là. » Il ne sort pas. L'au-delà, oui, évidemment, non. La question qu'il posait n'était pas sur la résurrection des morts. Il a demandé c'est quoi l'autre vie. La vie après la mort, c'est ça qu'il voulait dire. La vie après la mort, c'est la continuité de la vie. Ce n'est pas la résurrection des morts. La résurrection des morts, c'est que tout est récupéré. C'est-à-dire qu'il y a un optimisme absolu.
Tout peut être rachetable, d'accord ? Alors évidemment, ce sont des voies extrêmement biscornues, des circonvolutions, mais finalement on y arrive. Tout est rachetable. Tout est réparable. C'est ce qu'a dit la femme sage au roi David, dans le traité de Techouva. Elle lui a dit qu'il avait inventé des stratagèmes pour que rien ne soit perdu.
Par exemple, quand on verse de l'eau sur le sol. Flap. C'est extrêmement navrant, cette histoire de jeter de l'eau sur le sol, parce que c'était dans un seau et maintenant c'est sur la terre. Essayez de ramasser tout ça. Il faut pour ça un torchon. C'est ça. Ce n'est pas si simple. Alors il y a des torchons divins qui sont faits pour récupérer toute l'eau qui a été répandue. L'eau des neshamot. Voilà. Bon signe. Parce que la région des morts, pour y arriver, il faut la mériter.
Un problème: tout le monde ne mérite pas. Alors on va nous obliger à mériter. Eh bien, c'est très compliqué, ça peut être le Guilgoul, ça peut être le Guehinom, ça peut être des tas de choses. En tout cas, ça s'étend sur des milliers, peut-être des dizaines de milliers d'années, ces trucs-là. Comment les réparations se font-elles ? Mais ça se fait, d'accord ? Pour un truc beaucoup plus banal, pas forcément la résurrection des morts, je veux donner un exemple, pour avoir l'intuition de ça.
Il y avait un rabbin à Amsterdam en l'an 1640. Il s'appelait Rabbi Menasseh Ben Israël. Son portrait a été fait par Rembrandt, si ça intéresse. C'était un grand type. Il est arrivé à la conclusion, en lisant les prophètes, que la Gueoula ne viendrait que s'il y avait des juifs …
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