Abraham, Ketoura et le partage de la terre
Pourquoi Abraham partage son héritage entre Yitzhak et les fils des concubines, et ce que signifie posséder vraiment la terre.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Pourquoi la paracha s'appelle Toledot, 21 min
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C'est-à-dire le chapitre 25, qui nous raconte la suite des engendrements de la famille d'Abraham. Tout d'abord, la nouvelle femme d'Abraham, qu'il épouse après le mariage d'Yitzhak: Abraham prit encore une femme, du nom de Ketoura. Ketoura, c'est… L'encens, Ketoret, veut dire l'encens. D'après certains de nos hachamim, la Ketoura en question n'est autre que Hagar elle-même, qui aurait amélioré son comportement. Va'téled lo: elle lui enfanta. Zimran, Yokshan, Medan, Midyan, Ishbak et Shoua'h, c'est-à-dire, à savoir: Zimran, Yokshan, Medan, Midyan, Ishbak et Shoua'h. Ve-Yokshan yalad et Chéva ve-Dedan. Yokshan enfanta Chéva et Dedan. Où venaient Dedan, Ayu, Achourim, Létouchim ou Leoumim ? Les fils de Dedan étaient Achourim, Létouchim et Leoumim. Et Midian ? Quant aux fils de Midian, ce sont Efa, Epher, Hanoch, Avida, Eldaa, Kol, Ele, Bené, Ketoura. Tous ceux-ci sont les enfants de Ketoura.
Alors, quel est l'intérêt pour Abraham de donner naissance à une nouvelle postérité, à de nouvelles nations ? Parce que chacun de ces enfants-là devient chef de tribu, et chaque tribu devient finalement une entité nationale. Abraham est donc le père d'une multitude de nations, également sur le plan biologique, sans qu'il s'agisse ni d'Ishmaël ni d'Yitzhak. Pourquoi fait-il cela ? Eh bien, il sent que c'est très simple: une fois assurée la perpétuation du message d'Abraham à travers Yitzhak, le choix entre Ishmaël et Yitzhak ayant été réalisé, il ne reste plus finalement qu'à s'occuper de l'universel.
Abraham, on peut le dire, se retire donc de la scène des engendrements. Il va donner naissance à une multitude de nations. D'une certaine manière, il revient à son projet antérieur, qui était un projet cosmopolite. Et donc, par générosité, il peut à nouveau transmettre son enseignement à une multitude de tribus, qui seront ses descendants.
Mais là, le partage va devoir être clair. Je lis ici au verset 5:
À l'est, vers le pays de l'Est. Il y a d'abord une difficulté sur le plan logique. Si Abraham a donné tout ce qu'il possédait à Yitzhak, comment a-t-il pu donner des cadeaux ? Puisque tout ce qu'il possédait avait déjà été donné, il n'avait plus rien à donner. Et pourtant, on nous dit qu'il a tout donné à Yitzhak et qu'il a donné des cadeaux aux fils des concubines. C'est donc ce que le verset entend par « tout ce qu'il possédait ». Ça ne veut pas dire vraiment tout ce qu'il possédait. Et là, il faut entrer dans des considérations sur la notion de possession du point de vue de la loi juive, la halakha.
On a l'habitude de penser, par exemple en droit commun, en droit occidental, que la possession est un absolu. C'est-à-dire que si j'ai la propriété d'un objet, tant que cet objet n'a pas fait l'objet d'un transfert de propriété, il reste à moi. À la limite, on pourrait dire que même si cet objet s'est envolé vers la lune ou qu'il est tombé au fond de l'océan, il reste à moi puisque j'en ai la propriété. Tandis que du point de vue de la halakha, c'est tout à fait le contraire. Un objet est à moi tant que j'ai l'éventualité de m'en servir un jour. Mais si un objet tombe par exemple au fond de l'océan, et que j'ai donc perdu tout espoir de le retrouver, il cesse automatiquement d'être à moi.
Et si quelqu'un d'autre descend au fond de l'océan et le ramasse, cela devient sa propriété, même s'il admet que c'était auparavant à moi. C'est-à-dire que la propriété n'est finalement qu'un droit d'usage. En vérité, on ne peut jamais dire de quelque objet que ce soit au monde qu'il m'appartient, à une seule exception près: si c'est Dieu lui-même qui me le donne.
Quand un objet m'est véritablement donné par le Créateur, alors il est véritablement mien. Or, le seul objet qui a véritablement été donné à un homme, c'est Erets Israël. Abraham a donc donné à Yitzhak tout ce qu'il possédait vraiment. Qu'est-ce qu'Abraham possède vraiment ? Il possède la terre. Il a donc pu la donner à son fils. D'ailleurs, cela explique pourquoi on peut donner des objets. On peut donner des choses qui nous appartiennent, parce que ces choses ne nous appartiennent pas vraiment, donc on peut les transférer à un autre. On ne peut pas donner la terre d'Israël, parce que la terre d'Israël nous appartient vraiment. C'est la raison pour laquelle on n'a pas le droit de la donner.
Contrairement à l'opinion reçue, selon laquelle si quelque chose m'appartient véritablement, je peux en faire ce que je veux, c'est au contraire: si quelque chose m'appartient vraiment, je n'ai pas le droit d'en faire ce que je veux, parce que cela fait partie du projet du Créateur pour moi. De même que je n'ai pas le droit de donner mon corps. Mon corps m'est donné par HaKadoch Baroukh Hou, pour m'en servir dans un but bien précis. Je n'ai donc pas le droit d'y renoncer. Il en est de même pour la terre d'Israël, qui est vraiment ce qui appartient à Abraham, et c'est cela qu'il donne à Yitzhak. Tout le reste, il le donne aux fils de ses concubines, sous forme de cadeaux. Les cadeaux peuvent être des richesses énormes, mais ce n'est pas ce qui appartient en propre à Abraham.
Pourquoi Abraham fait-il le partage de cette manière ? Pourquoi donner à Yitzhak la terre et aux autres des cadeaux ? Eh bien, c'est parce que chacun remplit un autre rôle. Regardons, en anticipant un peu, le verset 12: Ve-éleh toldot Yishmaël ben Avraham. Voici les engendrements d'Ishmaël, fils d'Abraham. Ishmaël porte donc le nom officiel de fils d'Abraham, de même que Yitzhak est appelé Yitzhak ben Avraham. Cela veut dire qu'aussi bien Yitzhak qu'Ishmaël remplissent un rôle dans l'économie spirituelle de l'enseignement d'Abraham.
Sur la base de ce verset, nous trouvons un débat rapporté dans le Talmud, au traité de Sanhédrin, à la page 91a: un débat qui a eu lieu devant le tribunal international d'Alexandre le Grand, du temps où Alexandre avait conquis le monde. L'idée de régler des conflits internationaux auprès d'une instance internationale était apparue. Le Talmud nous raconte qu'un certain Guevia ben Pessisa, un des sages d'Israël, est parti plaider en faveur d'Israël. Et de quoi s'agissait-il ? Les fils d'Ishmaël et les fils de Ketoura sont venus se plaindre devant le tribunal et disaient: « Erets Israël appartient aussi bien aux Hébreux qu'à nous. » Ils disaient: Chelanou vé-chelakhem, « Erets Israël nous appartient à nous et à vous. » Y aurait-il un parfum d'actualité ? Peut-être.
Et sur quelle base ont-ils dit cela ? Ils se sont servis du verset 12: Ve-éleh toldot Yishmaël ben Avraham. Le texte de la Torah donne officiellement le titre de fils d'Abraham à Ishmaël. Cela veut donc dire qu'il a sa part dans la terre. Car si la terre est nécessaire pour remplir le rôle de fils d'Abraham, et si Ishmaël est appelé fils d'Abraham, il a donc également besoin de cette terre. Les hachamim ont envoyé Guevia ben Pessisa pour répondre à ces arguments, et il …
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