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Le mariage d'Yitzhak et le refus de la galout

Pourquoi Abraham interdit à son fils d'épouser une femme de Haran, et ce que l'ange signifie.

17 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Abraham, Ketoura et le partage de la terre, 22 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Afdalet 24, au milieu de la paracha de Hayé Sara. Au verset Aleph, le verset 1. Il s'agit maintenant du mariage d'Yitzhak, le fils d'Abraham. Tout étant réglé, l'Akédat Yitzhak a déjà eu lieu, et l'enterrement de Sarah a déjà eu lieu. Abraham est en train d'achever son rôle, et c'est le rôle d'Yitzhak qui commence. Yitzhak doit agir en tant que patriarche, c'est-à-dire celui qui va transmettre la filiation des générations, donc il faut qu'il se marie. C'est le mariage d'Yitzhak qui va ici nous occuper.

Veavraham zaqen ba-yamim, vahachem berakh et Avraham bakol. Abraham était vieux, avancé en jours, et Hachem avait béni Abraham en tout. Que veut dire qu'il l'avait béni en tout ? Nous avons à ce propos trois interprétations différentes chez les Sages du Talmud.

La première interprétation: que veut dire qu'il a été béni en tout ? C'est son fils, c'est ça la grande bénédiction. Le fils d'Abraham, c'est la bénédiction d'Abraham, bakol. Et comment le mot bakol pourrait-il vouloir dire un fils ? Tout simplement parce que bakol a la valeur numérique de 52, comme le mot ben, qui veut dire un fils. Donc il a été béni en tout: c'est son fils.

Une autre interprétation, toujours des Hachamim, dit que bakol signifie qu'Abraham avait une fille, et que cette fille s'appelait Bakol. Drôle de nom, mais il existe bien en français le prénom Nicole, alors pourquoi n'y aurait-il pas Bakol ? Le Rambam — Nahmanide, Rabbi Moshe ben Nahman — dans son commentaire sur la Torah, nous avertit: ne pense pas que c'est vrai qu'il avait une fille. Quand les Hachamim ont dit qu'il avait une fille qui s'appelait Bakol, cela veut simplement dire qu'Abraham était une personnalité englobante, qu'il avait une mida, une qualité dans son être, qui consistait à inclure tout le monde dans son cœur. Il avait un cœur très large, et tout le monde était inclus en lui. C'est ça, bakol. Donc, selon cette deuxième interprétation, bien qu'il semble avoir eu une fille, en vérité il n'en avait pas, si l'on prend au sérieux la remarque de Nahmanide.

La troisième interprétation est encore plus surprenante. Que veut dire que Dieu avait béni Abraham en tout, bakol ? Les Hachamim disent: c'est qu'il n'avait pas de fille, c'est ça la bénédiction. Très bizarre. Abraham serait-il misogyne, heureux de ne pas avoir de fille ? Surtout quand on sait que, du point de vue de la halakha, le croît se réalise en ayant au minimum un garçon et une fille. Pourquoi serait-il bien qu'Abraham n'ait pas de fille ?

Simplement parce que chez Abraham, il ne faut surtout pas qu'il ait deux filles, parce qu'à qui la marierait-il ? Dans le couple, l'influence active vient du mari, et la passivité vient de la femme. Cela voudrait dire que, dans l'élaboration de la famille d'Israël, il y aurait un élément qui serait influencé par les nations. Or, tant que l'identité d'Israël n'est pas encore née, il est interdit qu'Abraham ait une fille. Ce n'est que plus tard, lorsque Yaakov, le petit-fils d'Abraham, donne enfin naissance aux douze tribus, qu'il y a également une fille, Dina, pour tenter la fondation de la treizième tribu, la tribu féminine, qui recevrait des influences des nations. C'est la dimension universelle de l'identité d'Israël. Mais au moment où l'identité d'Israël se constitue, lorsqu'il n'y a encore qu'Abraham, qu'il n'y a pas encore Yitzhak, pas encore Yaakov, il est interdit qu'Abraham ait une fille. Et donc, c'est bien qu'il n'en ait pas.

Abraham se préoccupe maintenant de transférer la mission des engendrements à Yitzhak, et il faut donc le marier. Vayomer Avraham el avdo, Abraham dit à son serviteur, zaqen beito, le doyen de sa maison, celui qui gouvernait tous ses biens: sim-na yadekha tahat yerekhi, mets donc ta main sous ma cuisse.

Il veut faire prêter serment à son serviteur, et il lui demande de prendre contact avec l'organe de la circoncision. Cela paraît choquant, puisque pour prêter serment il faut prendre en main l'organe de la circoncision. Mais il faut bien comprendre que, chez nos ancêtres, le devoir de donner naissance à la communauté d'Israël est tellement grand, dans leur esprit, que tout ce qui concerne les engendrements, et donc au premier chef l'organe de l'engendrement, est quelque chose d'éminemment saint. Le serment qui concerne le pacte du mariage ne peut donc être prêté que sur cet objet-là, si l'on veut. « Je vais te faire jurer au nom du Dieu du ciel. »

Abraham refuse le Cananéen. Il veut envoyer son serviteur, que la tradition identifie comme étant Eliezer, dans son pays d'origine. Dans la famille originaire d'Abraham:

Abraham veut donc récupérer ce qui est récupérable dans la branche de la Diaspora, de sa famille, de sa branche étrangère, et il va envoyer chercher dans sa famille la personne qui en est digne.

« Tu vas te rendre dans mon pays et dans mon lieu de naissance, et tu prendras une femme pour mon fils, pour Yitzhak. » Le serviteur lui dit: peut-être que la femme n'acceptera pas de venir après moi vers ce pays.

On voit donc qu'il y a ici une préoccupation très importante autour de ce mariage: où le couple va-t-il habiter ? Est-ce la femme qui va habiter chez l'homme, ou l'homme chez la femme ? C'est très important si l'on se rappelle l'histoire de la famille. Le père d'Abraham, Terah, avait trois fils: Abraham, Haran et Nahor. Selon ce que nous avons étudié dans les textes précédents, Haran est emporté par la tourmente, les persécutions d'Our Kasdim. Abraham quitte l'exil pour s'installer sur la terre d'Israël, et réaliser ainsi un projet universel à partir d'Erets Israël, tandis que Nahor, le troisième frère, reste en galout et innove ce que l'on peut appeler le cosmopolitisme juif. C'est-à-dire qu'il veut fonder des communautés de galout qui vont se greffer sur les civilisations des nations. Ils refusent le projet sioniste d'Abraham.

Et comme la famille d'Abraham est celle qui va donner naissance aux patriarches, Abraham, puis Yitzhak, puis Yaakov, et que la famille de Nahor va donner naissance aux matriarches, Rivka, Rachel et Léa, il est capital de savoir où va se jouer l'histoire de la famille.

Si c'est Yitzhak qui va habiter là-bas, cela voudrait dire que, finalement, c'est le cosmopolitisme qui l'emporte. Si c'est Rivka qui vient chez Yitzhak, c'est l'universalisme sioniste d'Abraham qui l'emporte. D'où la véhémence de la réaction d'Abraham. Il dit: « Vayomer lo Avraham: prends garde, pen tachiv et beni shamah, de peur que tu ne ramènes mon fils là-bas. »

« Hachem Elohei hachamayim, l'Éternel, Dieu du Ciel, hachem lekahani mibeit avi, qui m'a pris de la maison de mon père, oumeéretz moladeti, et du pays de ma naissance, vahachem diberli, et qui a parlé en ma faveur, vahachem nishba li lemor, et qui m'a juré en me disant: lezarakha eten et haaretz hazot, c'est à ta descendance que je donnerai ce pays. Lui, yishlach malakho lefanekha, enverra son ange devant toi, velakahta isha livni misham, et tu prendras une femme pour mon fils de là-bas. »

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