Les fils d'Elohim et les filles d'Adam, Béréchit 6
Le mélange des lignées de Chet et de Caïn, la naissance des géants et la chute qui en découle.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Shem, le nom comme finalité : la lignée d'Ever, 54 min
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Bonjour. Nous continuons notre étude de la paracha de Béréchit, et nous étions dans les derniers versets du chapitre 5. Le problème que nous avons abordé la dernière fois était celui de l'interaction entre deux familles de l'humanité, chacune ayant une vocation différente. D'après les textes, la Torah ne nous donne que quelques informations, très faibles, mais suffisantes pour comprendre de quoi il s'agit. Nous comprenons que deux modes de civilisation se sont développés dans l'humanité. La famille de Caïn a pour vocation d'accomplir l'homme, l'homme en tant qu'homme, véritablement homme. La deuxième famille, celle de Chet, est préoccupée par la sagesse, par la connaissance de Dieu.
Il y a ici un problème, qui est le dualisme implicite de ce mode d'existence de l'humanité. Si l'on veut résumer l'idéal humain de la famille de Caïn, en hébreu on dit Achir, en français « riche ». C'est la richesse qui est considérée comme le critère de la réussite, la richesse dans tous les sens du terme. Finalement, on peut dire que l'idéal humain de la famille de Caïn, c'est l'homme riche.
La richesse est-elle en soi un mal ? Du point de vue de la tradition hébraïque, certainement pas. La richesse, on peut dire, est l'accomplissement de l'homme de nature, l'homme naturel. Et l'idéal humain de la famille de Chet, le critère de la réussite quand on appartient à cette famille, c'est d'avoir réussi à être sage. En hébreu, Chacham, la sagesse. Elle aussi est considérée comme une chose positive du point de vue de la tradition hébraïque.
On peut dire que, d'une certaine manière, il n'est pas difficile d'être riche si l'on a décidé de consacrer toute sa vie uniquement à cette valeur, si l'on consacre sa vie à la richesse: on sera riche. Surtout si la société dans son ensemble encourage ce but. Qu'en est-il de la sagesse ? Il en est de même. Il n'est pas difficile de devenir sage si c'est le seul but de la vie. Une société qui encourage les individus qui la composent à chercher la sagesse, et uniquement la sagesse, sera une société de sages.
Donc on peut dire qu'il n'est pas difficile, dans l'absolu, d'être riche ou d'être sage. La difficulté apparaît quand on veut être les deux à la fois, quand on veut faire l'union de la préoccupation spirituelle et de la préoccupation matérielle. C'est là qu'il va falloir faire du travail. Le travail de l'unité entre les deux nécessite une troisième qualité humaine, que l'on appelle en hébreu Gevoura et en français vaillance. Je dois être brave, fort. Celui qui est doué de vaillance est appelé en hébreu Gibor.
Remarquons que le Talmud dit que les conditions à réunir pour devenir prophète, ce qui est le sommet de l'humanité du point de vue de la tradition hébraïque, sont justement d'être doué des trois qualités à la fois. La prophétie ne réside que sur Gibor, Vé-Achir, celui qui est sage, vaillant et riche. C'est-à-dire qu'il faut avoir accédé à la plénitude de la perfection humaine pour penser être en contact avec la parole du Créateur. Ce qui manquait, peut-on dire, à l'époque antédiluvienne, c'étaient justement ces Giborim, ceux qui étaient capables de réaliser l'unité des valeurs entre les deux civilisations, celles de Chet et celles de Caïn.
C'est justement le sujet du chapitre qui vient, le chapitre Vav. On nous y raconte des choses assez surprenantes. Au verset premier, tout d'abord: « Ce fut lorsque l'homme commença à se multiplier sur la face de la terre. »
Il y a ici une banalité, si l'on veut. Si les hommes se sont multipliés, c'est qu'il y avait des femmes. On nous dit qu'ils se sont multipliés, qu'il y a eu beaucoup de femmes. Mais il y a eu autant d'hommes que de femmes. Qu'est-ce que la Torah veut dire quand elle dit qu'il y a eu beaucoup de filles ? Elle veut dire qu'il vient un moment dans l'histoire des hommes où la beauté féminine prend une place centrale. C'est ce que dit le verset suivant: « Les fils d'Elohim virent que les filles d'Adam étaient belles. » Il vient donc un moment dans l'histoire des hommes où l'on arrive à ce qu'on appelle une fin de civilisation. Dans les fins de civilisation, il y a, de manière disons permanente, une ascension de l'identité féminine, placée au centre des préoccupations des hommes. C'est ce qui s'est passé à cette époque.
Et comment est-on arrivé à cette décadence de la civilisation ? Lorsque l'homme a commencé à se multiplier. Le verbe employé, c'est Irbou. Or, si nous nous rappelons l'injonction que Dieu a donnée à l'homme lorsqu'il l'a créé, il lui a dit: Pérou ourvou, fructifiez et multipliez-vous. Ici, le seul verbe employé est celui de la multiplication. Alors qu'auparavant il était question d'un élément qualitatif et quantitatif, où le fruit fructifié est un développement qualitatif, et que la multiplication, c'est la quantité, il y a eu une civilisation pour qui ce qui comptait, c'était uniquement la quantité.
Oui ? Alors, on va tout de suite y arriver. Écoutez. Très bien, très bien.
Nous avons donc ici, au verset deux, la question: qui sont ces hommes et ces femmes ? Nous voyons: « Les fils d'Elohim virent les filles d'Adam. » Qui sont les fils d'Elohim et qui sont les filles d'Adam ? En nous basant sur l'étude des derniers cours, nous comprenons très bien que les fils d'Elohim sont les fils de la lignée qui se préoccupait des choses divines, donc les descendants de Chet. Et les Benot Ha-Adam, les filles de l'homme, sont les filles issues de la lignée de Caïn,
qui avaient pour préoccupation l'humain. Qu'est-ce que cela a donné comme mélange ? Regardons un instant le verset quatre: « Les Nephilim étaient sur la terre à ces temps-là. » Après aussi, lorsque les fils d'Elohim venaient chez les filles d'Adam, c'est-à-dire lorsqu'il y a eu le mélange des deux lignées, entre les fils de Chet et ceux de Caïn, ils eurent des enfants. Ce sont eux les héros, les vaillants.
C'est-à-dire que quand on a fait l'unité entre les Hachamim et les Achirim, entre les sages et les riches, sont nés les Giborim, les vaillants. Le mélange des deux lignées a permis l'apparition d'un nouveau type humain, susceptible de prophétiser à la manière de la prophétie d'Israël. Il y a donc une évolution de l'humanité vers un stade supérieur, la capacité de devenir prophète à la manière dont la Bible en parle. Puisqu'il y a des Hachamim, des Giborim et des Achirim à la fois, on peut dire que, de ce point de vue, le mélange a été positif.
Mais la Torah nous parle aussi d'un mélange qui peut être négatif. Regardons le verset trois: « Dieu dit: mon esprit ne tergiversera plus avec l'homme à tout jamais, puisqu'il est fait de chair; ses jours seront de cent vingt ans. » Il y a eu une chute de l'humanité, une disqualification, une mise en accusation de l'humanité, et c'est pour cela qu'il y a eu un décret d'extermination. Mais si l'on réfléchit bien, il y a …
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