L'arbre de la vie et l'arbre de la connaissance
Pourquoi l'homme a le devoir de manger de tous les arbres, et comment un même arbre peut être vie ou savoir.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Dieu a-t-il besoin de l'homme ? Trois positions, 49 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bonjour tout le monde, nous continuons notre pénétrante étude du livre de Béréchit. Nous allons étudier, dans le chapitre Beth, deuxième chapitre de la Torah, l'histoire de ce qu'on appelle l'arbre de la connaissance. Je vous invite à regarder au chapitre Beth, au verset Tet Vav. Au verset Tet Vav, Vayikra Hachem Elohim Et Adam, c'est le verset 15.
Et l'Éternel Dieu prit l'homme, Vayanihehou beGan Eden, et le déposa dans le jardin d'Eden, léovdah oulchomra, pour le cultiver et pour le préserver. Il est intéressant de voir que la situation de l'homme, telle qu'elle est présentée par la Torah dans le jardin d'Eden, n'est pas celle d'un homme idéal, totalement accompli. Il a encore du travail à faire. Ce qu'on appelle le jardin d'Eden, ou si vous voulez en français le paradis, n'est pas l'état absolu. C'est un état certainement meilleur que celui de l'homme actuel, mais c'était encore un intermédiaire.
Selon la tradition talmudique, il y a en fait trois niveaux d'être de l'homme. Il y a l'homme dans notre monde, qui est dans une situation dégradée. Il y a l'homme originel, qui était dans le jardin d'Eden, le Gan Eden, le paradis. Et puis il y a l'homme du futur, qui sera d'un niveau encore plus élevé, ce qu'on appelle l'Eden tout court, sans le jardin. On se base ici sur le verset qui dit: Vénahar yotsé mééden léhashqot et haGan, un fleuve sortait de l'Eden pour arroser le jardin. Cela voudrait donc dire que le paradis lui-même devait amener l'homme à un état supérieur qu'on appelle Eden.
Dans ce jardin, la Torah nous parle de plusieurs arbres qui sont plantés. Je prends ici le verset Tet, verset 9: Vayatsmah Hachem Elohim min ha-adama kol ets nehmad lemareh vetov lemakhal, vé ets hahayim betokh hagan, véets hadaat tov vara. Et l'Éternel Dieu fit croître du sol tout arbre agréable à voir et bon à manger, ainsi que l'arbre de la connaissance au milieu du jardin. Le mot toch, que l'on traduit aujourd'hui en hébreu moderne comme « à l'intérieur d'eux », signifiait en vérité, à l'époque biblique, « au milieu d'eux ».
Nous avons donc ici trois sortes d'arbres selon le texte de la Torah: les arbres bons à manger et agréables à voir, l'arbre de la vie et l'arbre de la connaissance. Qu'est-ce que l'on entend par des arbres dans le jardin d'Éden ? Étant donné que le jardin d'Éden n'est pas un lieu physique mais un lieu métaphysique, qu'est-ce que l'on entend par des arbres ?
Il faut comprendre que ce sont des connaissances, ce sont des conseils en fait, des transformations du psychisme. Le mot ets, en hébreu, est à rapprocher du mot etsa, qui veut dire le conseil. Et évidemment, dans l'Antiquité, les conseils se tenaient à l'abri des arbres, donc il y a un rapport.
Une lecture disons naïve du texte semble présenter toute l'histoire des hommes comme le fruit d'un enfantillage. C'est comme si la jardinière d'enfants avait dit: « Les enfants, je laisse sur la table une petite boîte dans laquelle il y a des bonbons. Ce sont les meilleurs bonbons du monde. Je m'en vais pour cinq minutes, et que personne ne touche. » Et puis, après cinq minutes, elle revient, la boîte est évidemment ouverte, les bonbons ont disparu. Elle dit: « Mais qui a pris les bonbons ? »
« Ce n'est pas moi, mademoiselle. » « Ah, je vois ton regard. Tu es coupable. C'est bien toi. Sors du jardin d'enfants. » Et à cause de cette histoire, il y a des malheurs dans le monde jusqu'à ce jour. Vous comprenez bien qu'une telle vision des choses est intolérable. On ne peut pas admettre que l'histoire du monde vienne d'un enfantillage. Il faut donc comprendre ça d'une manière tout à fait différente, surtout qu'il y a ici un problème. On pourrait dire que c'est une sorte de méchanceté qui consisterait à mettre, au milieu du lieu où je vis, quelque chose d'absolument interdit. Il faut donc lire ça tout à fait différemment.
Je vous invite à regarder le verset Tet Zayin, Vayetsav Hachem Elohim al Adam: l'Éternel s'adressa à l'homme en ces termes. Il est très important de voir que, dès que l'homme est créé, dès le départ, Dieu lui adresse la parole. C'est-à-dire ce que l'on appelle aujourd'hui le prophète.
Celui qui entend la parole de Dieu n'est pas un état exceptionnel: c'est l'état normal de la relation de l'homme à Dieu, ou de Dieu à l'homme. Ce ne sont que les accidents de l'histoire qui ont fait que la faculté prophétique a été mise en veilleuse, ou entre parenthèses. Mais jamais l'espérance du retour de cette parole n'a disparu d'Israël. Et effectivement, nous avons la promesse, nous dit Maïmonide, que l'état prophétique sera restitué à l'époque messianique.
L'Éternel Dieu s'adressa à l'homme en ces termes: il lui ordonna, il lui a ordonné: tu dois manger de tous les arbres du jardin. C'est-à-dire, contrairement à ce que l'on a l'habitude de penser quand on ne lit pas attentivement, ce n'est pas par une interdiction que commence l'histoire de l'homme. Ça commence par un devoir.
L'homme a le devoir de manger tous les arbres du jardin. Il est intéressant de voir que c'est la première mitsva qui est donnée. C'est comme si, et c'est la seule en fait, on voulait nous dire ici quel était le but de l'existence de l'homme sur terre. Eh bien, l'homme est ici pour manger. Autrement dit, il ne faut pas manger pour vivre, il faut vivre pour manger, si l'on prend au sérieux le texte de la Torah.
Que veut dire manger des arbres ? Que veut dire manger ? Manger veut dire intégrer. Il y a quelque chose qui est à l'extérieur, qui maintenant est à l'intérieur. C'est ça qu'on appelle manger. Et donc, si je dois manger de la connaissance, cela veut dire apprendre. Si je dois manger de la vie, cela veut dire que je dois intérioriser des valeurs. Et si je suis sur terre, dans un monde physique, manger veut dire prendre des aliments et les introduire dans mon corps.
La fameuse expression bien connue de toute mère juive, « mange, mon fils », a pour origine la volonté du Créateur, qui dit que l'homme a été créé pour intérioriser le monde extérieur. Il est important de comprendre que manger est un acte noble à l'origine. S'il y a quelque chose de dégradant dans la consommation, c'est parce que nous sommes arrivés à un état de l'homme où nous mangeons parce que nous avons faim, parce que cela est devenu une nécessité. On ne peut pas vivre si on ne mange pas. Il y a donc un asservissement dans la consommation des aliments, qui fait que nous avons du mal à considérer le fait de manger comme quelque chose de noble.
Mais à l'origine, manger est au contraire un idéal. C'est élever les êtres au niveau de l'homme. Nous autres sommes des êtres pensants; les pauvres tomates, elles, ne sont que des légumes. Il faut aider la création à passer de l'état de légumes à l'état …
Cours de Machon Meir
Dans la même série
281 cours du Rav Oury Cherki, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Béréchit, Pensée juive, Abraham, Tour de Babel, Histoire d'Israël.
- 36
Le mot « Éle » qui remet en cause la créationPourquoi le verset Ele disqualifie la première version de la Création et ouvre la notion de toldot, l'engendrement du monde. - 37
Pourquoi le monde est-il « lotov » ? Béréchit 2:18Le verset où Dieu juge la solitude de l'homme « lotov » et ce que cela révèle sur le sens de la création. - 38
Adam, Ben Adam et l'arbre de vie : lecture de Béréchit 2Pourquoi la Torah dit « voici » (Eleh) et « Toledot », et comment l'homme doit devenir Ben Adam. - 39
Le jardin d'Éden, l'arbre de la vie et l'arbre de la connaissancePourquoi Adam devait manger de l'arbre de la vie avant celui de la connaissance, et ce que ce choix dit de la naissance. - 40
L'arbre de la vie et l'arbre de la connaissancePourquoi l'homme a le devoir de manger de tous les arbres, et comment un même arbre peut être vie ou savoir. - 41
Dieu a-t-il besoin de l'homme ? Trois positionsIdolâtres, philosophes et Torah : que dit chacun de la relation entre Dieu et l'homme dans la Création. - 42
Caïn, Hével et la nature de l'offrandePourquoi l'offrande de Caïn est refusée, et ce que Dieu lui répond après le meurtre d'Hével. - 43
Ele Toledot : la création reprise par les hommesPourquoi « voici les engendrements » reprend la création, et ce que la vocation d'achever l'homme implique. - 44
L'homme dans le jardin d'Eden : travailler et garderBéréchit 2:15-16 : le double commandement, positif et négatif, et l'arbre de la vie avant l'arbre de la connaissance. - 45
Manger pour s'élever : l'homme, la pomme et le mondePourquoi manger est une mitsva, et comment l'homme élève le monde en le consommant.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav