Les six jours de la Création : statique et dynamique
Pourquoi la Torah oppose les trois premiers jours, monde figé, aux trois derniers, monde en mouvement, et ce que le Chabbat réunit.
Rav Oury Cherki
Ensuite : L'homme, création inachevée selon Béréchit 1-2, 53 min
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Bonjour à tous. Nous continuons notre étude sur Béréchit. Je voudrais, avec vous, faire quelques petites notes sur le premier chapitre de Béréchit, et étudier l'ordre dans lequel les créatures nous sont présentées par la Torah.
La Torah présente la création sous forme de ce qu'elle appelle des jours, yamim. Il est évident que, lorsque la Torah parle de jours à propos de la création du monde, il n'est pas question de temps. Les tentatives qui consisteraient à faire des parallèles entre le temps présenté par l'étude scientifique, les milliards d'années qui ont passé pour la formation de notre monde physique, et ce que dit la Torah, sont des tentatives un peu vaines, parce que la Torah ne parle pas de l'évolution physique du monde. Elle nous donne ici un ordre moral.
Ce qui est important, c'est qu'il y a ici six jours dont parle la Torah, et qu'il existe une différence radicale entre ce qu'elle nous donne dans les trois premiers jours et ce qu'elle nous donne dans les trois derniers. Dans les trois premiers jours, il est question d'un monde statique; dans les trois derniers, d'un monde dynamique. Je vais entrer dans le détail.
Qu'est-ce qui est créé le premier jour ? La lumière. Le deuxième jour, l'espace entre le ciel et la mer; on peut donc dire que ce qui a été créé ce jour-là, c'est le firmament et l'océan. Le troisième jour sont créés la terre ferme et les plantes.
Je reprends: le premier jour, la lumière; le deuxième jour, le ciel et la mer; le troisième jour, la terre et les plantes.
Quand j'arrive au quatrième jour, il y a à nouveau un retour sur les trois premiers. Qu'est-ce qui est créé le quatrième jour ? Les luminaires, le soleil et la lune. Et qu'est-ce que le soleil et la lune ? C'est de la lumière en mouvement. On pourrait dire que c'est de la lumière vivante.
Ce qui est créé le cinquième jour, ce sont les poissons et les oiseaux. Qu'est-ce que le poisson ? Eh bien, le poisson, c'est de la vie dans la mer, c'est de la mer en mouvement. Et l'oiseau ? C'est de la vie dans le ciel, c'est du ciel en mouvement.
Qu'est-ce qui est créé le sixième jour ? Les animaux et l'homme. Qu'est-ce que l'animal ? C'est une plante qui bouge, n'est-ce pas ? C'est un chat, c'est une laitue en mouvement. La différence entre un chat et une laitue, c'est que la laitue, pour se nourrir, reste sur place, et que le chat, pour se nourrir, se déplace. Vous voyez donc ici une plante en mouvement. Et l'homme ? C'est de la terre en mouvement, de la terre habitée d'une âme.
Si vous voulez, on voit que, de manière très surprenante, la Torah nous parle de la même chose les trois premiers jours et les trois derniers jours. Le premier jour, c'est de la lumière; le quatrième jour, c'est de la lumière qui bouge. Le deuxième jour, c'est la mer et le ciel, c'est-à-dire de l'air et de l'eau; le cinquième jour, c'est de l'air et de l'eau qui bougent, les poissons et les oiseaux. Le troisième jour, vous avez les plantes et la terre ferme, et cela ne bouge pas. Mais le sixième jour, cela bouge: les plantes deviennent des animaux, et la terre devient de l'homme.
Il y a quand même une différence très importante entre ces deux visions du monde, entre la vision statique des trois premiers jours et la vision dynamique des trois derniers jours. Après les trois derniers jours, il y a un Chabbat. Il y a un but, il y a vers quoi aller. C'est le propre du monde dynamique de chercher une finalité. Dans les trois premiers jours, il n'y a pas de Chabbat après: c'est un monde qui ne bouge pas.
D'ailleurs, il est intéressant de voir que chez les kabbalistes, la semaine ne commence pas le dimanche, mais le mercredi. Mercredi, jeudi et vendredi sont les trois jours en direction du Chabbat. Et le dimanche, le lundi et le mardi sont les jours où je reçois l'influence du Chabbat passé. Je suis donc dans une position statique, de passivité: je reçois ce qui a été donné le Chabbat. C'est très clair dans le récit de la Torah.
Mais cela explique également qu'il existe dans l'histoire des hommes deux grandes aires de civilisation: ce qu'on appelle la civilisation occidentale dans son ensemble, et la civilisation orientale dans son ensemble.
Quelle est la différence entre ces deux civilisations ? La civilisation occidentale a cette idée que le monde doit se transformer: c'est l'idée de progrès. La civilisation orientale a pour idéal la fixité, la permanence. Et d'après le récit de Béréchit, c'est très clair: la civilisation occidentale a l'intuition du monde décrit par la Torah dans les trois derniers jours, et la civilisation orientale a l'intuition de ce que la Torah décrit dans les trois premiers jours.
Et les Juifs, où sont-ils dans tout cela ? Ils sont dans le Chabbat. Le Chabbat est un jour assez surprenant. D'une part, il est le but de la semaine, ce qui correspond à l'idéal de la civilisation occidentale, c'est-à-dire ce monde qui doit se transformer, le monde en mouvement. Mais d'un autre côté, qu'est-ce qu'on fait le Chabbat ? On se repose. On fait ce que pense la civilisation orientale.
Donc, si vous voulez, dans le Chabbat il y a une synthèse des deux mondes. Il est intéressant, à ce propos, de reprendre un enseignement du prophète Yéchayahou (Isaïe), au chapitre 59, verset 19, dans lequel le prophète nous dit: Vé yiréou mimma'ara vétchem Hachem. Il viendra un temps où, à l'Occident, on craindra le nom de Dieu.
Cela veut dire que l'enjeu spirituel de l'Occident et celui de l'Orient, d'après les prophètes, ne sont pas le même. En Occident, l'enjeu est la connaissance, la crainte du nom de Dieu, Chem Hachem. En Orient, l'enjeu est la connaissance de la gloire de Dieu, Kavod.
Remarquez une chose intéressante: lorsque nous lisons le Chema, le matin, après avoir dit Chema Israël, Hachem Eloheinou, Hachem Ehad, quand nous proclamons l'unité de Dieu, nous disons Baroukh Chem Kavod: nous sommes conscients de la bénédiction du nom de Sa gloire. Nous faisons l'unité des deux intuitions à la fois.
C'est-à-dire que l'unité de Dieu, d'après les Hébreux, est l'unité des deux conceptions du monde, orientale et occidentale, du mouvement et de la fixité à la fois. C'est ce qu'on appelle le monothéisme hébraïque.
Merci de votre attention. Chalom.
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