Yehi et Vayehi : deux modes d'existence dans la Création
Pourquoi la Torah emploie « yehi » pour certaines créatures et non pour d'autres, et ce que cela dit du monde à venir.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le verbe Yadah et la sexualité avant la faute, 49 min
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Ressuscite, ressuscite. Oui, ça, c'est l'idée commune. Elle est fausse, évidemment. Pour cela, il existe un livre, Avodat HaKodesh de Rabbi Meïr ben Gabbaï, qui développe beaucoup cette idée. Il a été traduit en français par Roland Gauthiel, professeur à l'université de Strasbourg.
Bonjour. Nous continuons notre étude sur Béréchit. Je voudrais faire un survol du premier chapitre. Le premier chapitre de la Torah nous parle d'une foule de choses extrêmement importantes mais difficilement compréhensibles. On nous parle de la création d'un firmament, puis de la mer, puis des luminaires, et de tas d'autres choses.
Il y aurait évidemment beaucoup à dire là-dessus, mais je voudrais m'arrêter aujourd'hui sur un point: l'emploi du verbe « être » pour la création de certaines créatures. Le verbe « être » est employé ici au subjonctif: Yehi Or, « que la lumière soit ». Le verbe employé est donc yehi. Il en est de même, par exemple, pour la création du firmament: Yehi Rakia, « qu'un firmament soit ».
Et il en est de même pour les luminaires: Yehi Meorot, « qu'il y ait des luminaires », birkiat hachamayim, « dans le firmament du ciel ». Nous voyons donc qu'à trois reprises la Torah emploie le terme yehi, « soit », c'est-à-dire le verbe être. En revanche, pour d'autres êtres, tels que les animaux, les plantes et l'homme,
la Torah emploie des verbes qui ne disent pas yehi. Par exemple: Tadshé haaretz déshé, « que la terre fasse croître des plantes ». De même pour les animaux: Totsé haaretz nefech haya, « que la terre fasse sortir des êtres vivants ». Il en est de même pour l'homme: Na'assé adam, « faisons l'homme ». Le verbe être n'est pas employé.
Il y a aussi de petites différences dans la réalisation du projet. Par exemple, pour la création de la lumière, après qu'il est dit dans le projet que la lumière soit, dans la réalisation il est dit Vayehi or, « et la lumière fut ». À nouveau, le verbe « être » est employé. Mais il ne l'est pas pour la réalisation du ciel, des luminaires, des plantes ou des animaux. Il n'est pas dit Vayehi rakia, « et le firmament fut ». Il est dit
« Et Dieu fit le ciel », « Et Dieu fit les luminaires ». Ou, pour les plantes: « La terre fit sortir des plantes », etc. Il y a donc ici une exclusivité pour la lumière: c'est seulement pour la lumière que la Torah dit vayehi.
On pourrait donc distinguer plusieurs catégories d'êtres. Il y a ceux pour lesquels on dit à la fois yehi et vayehi, c'est-à-dire que le verbe être est employé aussi bien pour le projet que pour la réalisation. Il y a des êtres pour lesquels on dit yehi, le verbe être, pour le projet, mais on ne le dit pas pour la réalisation; il s'agit, par exemple, du firmament et des luminaires.
Il y a des êtres pour lesquels la Torah n'emploie le verbe être ni dans le projet ni dans la réalisation: il s'agit des plantes et des animaux. Et cela appelle évidemment une quatrième catégorie, où le verbe être n'est pas employé dans le projet, on ne dit pas yehi pour le projet, mais où l'on dit vayehi dans la réalisation. Cette quatrième catégorie existe, il faut la chercher dans le texte. Il s'agit de l'homme.
En effet, lors de la création de l'homme, il est dit Na'assé adam, « faisons l'homme ». Il n'est pas dit Yehi adam. Mais dans la réalisation, lorsque l'homme est créé, au deuxième chapitre, verset 7, la Torah dit Vayehi ha-adam lénéfech haya, « et l'homme fut une âme vivante ». C'est une remarque qui a déjà été faite par Rabbi Avraham Barchia de Barcelone
au onzième siècle, qui a été reprise, de manière très frappante et très attrayante, par notre maître le Rav Ashkenazi, Manitou Zekhonolokha. Et qu'est-ce que cela veut dire ? Eh bien, yehi, quand on dit qu'une chose l'est, cela veut dire une existence permanente: quelque chose qui existe pour tout le temps, tout le temps de ce monde, olam hazé. Effectivement, la lumière, toutes sont une vie éphémère. Et donc la Torah n'emploie pas, à leur propos, le verbe être.
Et si, après, on nous dit Vayehi, « et la lumière fut », cela veut dire qu'il y a une deuxième existence, celle du olam haba, du monde à venir. Dans le monde à venir, il y aura la lumière quand même: il y a eu la lumière dans ce monde, il y aura la lumière dans le monde à venir. Mais le ciel, la mer, le soleil, la lune, les étoiles, tout cela n'existe pas dans le monde à venir. En revanche, ce qui existe dans le monde à venir, c'est l'homme.
Cela donne donc une description intéressante du monde à venir: c'est un monde où il y a la lumière et l'homme. Il est intéressant de voir que, dès le départ de l'histoire de la Création, la Torah nous parle de deux modes d'existence: olam hazé et olam haba. Cela donne beaucoup à réfléchir sur l'opinion qu'on trouve parfois dans les universités, selon laquelle la Torah n'aurait pas parlé du monde à venir. Or on voit bien qu'elle en parle, sous la forme appropriée au récit de la Création: Yehi, Vayehi.
Mais cela signifie aussi quelque chose de très important: la Torah nous a donné le sens de l'existence de chaque être. Quand nous nous promenons dans ce monde, nous voyons des tas de choses. On voit un banc dans un jardin public, on voit un arbre, on voit un postier, on voit le soleil, et l'on se demande: à quoi cela sert-il tout cela ? La Torah nous donne ici le sens. Il y a des choses qui sont éphémères, et il y a des choses qui sont éternelles.
Il y a des choses qui sont pour l'instant éphémères et qui deviendront éternelles. Il s'agit de l'homme. On peut dire que la Torah nous a dit, à sa manière, ce que dit le Ramkhar, Rabbi Moshe Haïm Luzzatto, dans son introduction au Mesilat Yecharim, « le Sentier des justes »: que l'homme n'a pas été créé pour être ce qu'il est dans ce monde, mais pour être ce qu'il sera dans le monde à venir. Ha'adam lo nivra avour matzavo barolam hazé: il n'a pas été créé pour son état dans ce monde,
il a été créé pour son état dans le monde à venir.
Voilà donc une première lecture de l'œuvre de la Création. Nous reprendrons une autre lecture lors de notre prochaine étude. Chalom.
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