Médecine et judaïsme : l'autorisation de soigner
Le verset de Mekhilta-Chemot sur les dommages et soins, et l'étude de Rabbi Ichmaël sur la permission de guérir.
Rav Binyamin David
Ensuite : La lumière, l'espace et le temps dans la Création, 10 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Tov. Chalom Aleikhem. Nous allons étudier aujourd'hui le sujet de la relation entre la médecine et le judaïsme. On sait très bien qu'il y avait beaucoup de médecins juifs qui étaient de grands rabbins. On avait bien sûr le Rambam, le Ramban, Nachmanide, on avait le Maharal de Prague, et d'autres grandes sommités rabbiniques qui étaient aussi des grandes sommités médicales.
Jusqu'à aujourd'hui, les écrits du Rambam ont une grande influence sur la médecine, je dirais sur la médecine non traditionnelle, la médecine douce, avec tout ce qui est en rapport avec les plantes du Rambam. Et on sait bien sûr aussi que toute femme juive a le rêve qu'un de ses enfants soit médecin, un autre qui vende des pantalons, et un autre qui fasse du business. C'est encore le rêve de chaque mère juive qu'un de ses enfants soit docteur.
Donc la question, apparemment, ne pose pas de problème. Il est clair qu'on peut être médecin et être juif. Il n'y a aucune contradiction entre le judaïsme et la médecine. Mais en fin de compte, lorsqu'on regarde les textes de la halakha, les textes du judaïsme, on va voir que les choses ne sont pas si simples que ça. La conclusion reste la même: on a le droit d'être médecin en étant juif, pratiquant, il n'y a aucun problème. Mais on va voir dans quel esprit le médecin et le patient doivent se trouver lorsqu'ils se rencontrent.
La source principale qui nous enseigne qu'il est autorisé de pratiquer la médecine se trouve dans les feuilles que je vous ai distribuées, au numéro 4. Dans le Sefer Chemot, la Torah nous raconte l'histoire bien triste d'un homme qui frappe son ami: Vé'khi yariv anachim, deux hommes se battent l'un contre l'autre, ve'khi yitzteu be'eveno be'even, et l'un d'eux frappe son voisin, son ami, avec un coup de poing ou avec une pierre.
Vélo yamout, et il n'en meurt pas. Ve'nafal ham'checha, et il devient malade, il est alité. Im yakoum ve'hithalekh 'al mish'antō... Alors, quels sont les dommages que celui qui a frappé doit payer à la personne qui a été blessée ? Le verset de la Torah nous dit qu'il doit lui payer des dommages. Entre autres, chivto, le fait qu'il ne peut pas aller travailler, et verapō yerapē, il devra le soigner. On apprend de là qu'il devra payer les soins ou qu'il devra le soigner lui-même. Et on voit donc qu'il y a une obligation de soigner une personne, et même une autorisation de soigner une personne dans le judaïsme. Apparemment, il n'y a aucun problème.
De cette redondance, vous voyez bien que dans le passage on lit verapō yerapē. Il aurait pu être écrit verapō, ou verapē. Pourquoi écrit-il verapō yerapē ? Et il le soigne, il le soignera. Pourquoi cette redondance qui revient sur elle-même ? Nous dit la Guemara, dans le traité du Talmud Baba Kama, que vous avez ici au numéro 5: Dé'tania, Dévé Rabbi Yichmaël, une braïta a été enseignée au nom de Rabbi Yichmaël. Verapō yerapē, mikan, chenitan reshout lerafé lerapot. De là, Rabbi Yichmaël apprend, de ce verset, qu'on a l'autorisation de soigner une personne, donc l'autorisation d'être médecin, donc l'autorisation de sauver la vie des gens. Mais lorsqu'on regarde ce qui est écrit dans cette phrase, il y a mikan, chenitan reshout. Qu'est-ce que ça veut dire, reshout ? Reshout, c'est l'autorisation.
Pourquoi a-t-on besoin que Rabbi Yichmaël nous dise qu'on t'a donné l'autorisation ? On pense que… on aurait pu penser que c'était interdit ? Il n'y a même pas besoin de nous le dire. Il aurait pu dire: voilà la source de la mitsva de soigner une personne. Mais pourquoi emploie-t-il le mot autorisation ? Sache qu'on te donne l'autorisation. À premier abord, j'aurais pu penser que c'est interdit. Oui, nous dit Rachi.
On aurait pu penser, au premier abord, qu'il est interdit de soigner une personne. Regardez ce que dit Rachi, le commentaire de Rachi sur ce passage du Talmud: on ne doit pas dire, puisque Dieu a donné la maladie, que nous sommes dans l'interdit de sauver la personne. Parce que si on réfléchit bien, on aurait pu penser qu'il est interdit de sauver la vie des gens, qu'il est interdit de soigner les gens.
Pourquoi ? Dans le judaïsme, on ne pense pas que toutes les choses qui se passent sur cette terre soient un hasard. En particulier pour les individus, pour les hommes. Comme il est écrit dans le Rambam, il y a une providence divine individuelle par rapport aux hommes. Pour les animaux, il parle d'une providence divine générale, sur une espèce. Il ne dit pas que sur chaque fourmi il y a une providence divine. Voilà ce que pense le Rambam. Mais sur les hommes, il pense que chaque individu a une providence divine.
Donc si deux hommes entrent dans une salle, et qu'il y en a un qui en sort avec une maladie, qui a attrapé un virus, et que le deuxième, qui était dans la même salle, n'a pas attrapé le virus, ce n'est pas un hasard. Il y a une raison pour laquelle cette personne-là a été touchée par le virus et cette personne-là ne l'a pas été. Et pareil pour toutes les autres sortes de maladies. Si on comprend qu'il y a une raison, il faudra maintenant essayer de comprendre la raison. Est-ce que Dieu veut le punir ? Est-ce que Dieu veut le mettre à l'épreuve ? Est-ce que Dieu veut lui faire faire techouva ? On ne peut pas donner de réponses à ce genre de questions. On ne connaît pas les raisons des décisions divines.
Mais ça ne change rien. Puisque le Saint, béni soit-Il, a décidé de rendre cette personne malade, comment nous, les hommes, pouvons-nous nous permettre de nous ingérer dans les décisions divines, de prendre cette responsabilité, d'aller d'une certaine manière contre Dieu, de faire la guerre contre Dieu, et de dire: toi, Saint, béni soit-Il, tu as décidé que cette personne soit malade, eh bien moi je vais lui donner des médicaments et je vais lui sauver la vie ? C'est une rébellion. Ce n'est pas quelque chose qui se fait. C'est d'une certaine manière déclarer la guerre contre Dieu. Et donc on aurait pu penser que c'est interdit.
Et effectivement, il y a certaines sectes ou certaines religions qui pensent qu'il est interdit d'utiliser la médecine, que c'est se mêler trop des affaires divines ou de la nature, et qu'il faut laisser les choses faire. Mais le judaïsme ne voit pas les choses de cette manière. Pourtant, nous dit Rachi, on aurait pu penser qu'il est interdit de sauver la vie d'une personne, qu'il est interdit de soigner une personne. Eh bien, sache que Rabbi Yichmaël te dit que c'est autorisé: reshout nitna, reshout lerafé lerapot.
Cette explication que j'ai donnée est la même, et elle est rapportée ici dans les Tossefot, dans les commentaires des Tossefot sur cette Guemara, que vous avez au numéro 6. Les Tossefot essaient de donner une explication encore plus affinée, je dirais. Ils prennent le verset de la Torah, le verset du *Sefer …
Cours de Machon Meir
Dans la même série
7 cours de Chlomo Chiche, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Pensée juive, Thora et science, Création, Histoire d'Israël, Lumière et rythmes.
- 1
La lumière, rythme de la vie et lumière de la CréationLe docteur Chiche relie les rythmes biologiques de la lumière au premier verset de la création, la lumière. - 2
Médecine et judaïsme : l'autorisation de soignerLe verset de Mekhilta-Chemot sur les dommages et soins, et l'étude de Rabbi Ichmaël sur la permission de guérir. - 3
La lumière, l'espace et le temps dans la CréationComment la deuxième parole de la Création relie la lumière, l'espace minimal de chaque être et le temps qui le fait grandir. - 4
Le mois de Nissan, la sortie d'Égypte et la dignitéPourquoi les mois portent un nom depuis la sortie d'Égypte, et ce que le Homer enseigne sur le respect de l'espace de l'autre. - 5
Iyar, mois de guérison et de lumièreLe sens du mois d'Iyar : guérison collective, lumière des patriarches et renouveau de la dignité juive. - 6
Le hasard, l'erreur et la Providence cachéeComment Dieu fait avancer le monde par des découvertes faites par erreur, du rayonnement infrarouge à la pénicilline. - 7
Le corps au service des mitsvot, contre l'ascèsePourquoi la Torah refuse de se détacher du corps : le rôle de Chana et l'exemple d'Avraham.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav