Hanor, Tubal-Caïn et la naissance de la ville
Le nom de Hanor, la ville bâtie par Cayin, puis Yuval et Tubal-Caïn : musique, métal et technique.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Ish et Isha : la naissance de l'identité humaine, 51 min
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## Hanokh et l'inauguration
Béréchit, chapitre Dalet, verset Yod-Zayin. Vous y êtes ? Je lis ici: Vayeda Kayin et ichto. Kayin connut sa femme. Vatarah, elle fut enceinte. Vatéléd Hanokh, elle enfanta Hanokh. Hanokh, ça veut dire quoi ? En hébreu moderne, lehanokh veut dire éduquer.
Mais en hébreu biblique, le verbe lehanokh ne veut pas dire éduquer. Il veut dire inaugurer. D'où le mot Hanouka, la fête de l'inauguration, l'inauguration du Temple. Donc Kayin veut inaugurer. Quand on veut inaugurer, c'est quoi, exactement ? Commencer quelque chose de nouveau, n'est-ce pas ?
On commence quelque chose de nouveau, ça s'appelle une inauguration. Donc ce que fait Kayin, il veut rétablir l'humanité. Il veut construire en fait une nouvelle humanité. Il va faire une tentative. Alors que l'humanité est en chute, à travers la chute d'Adam et Ève, et sa propre chute à lui, l'assassin, maintenant il va devoir recommencer. Il fait le tikkoun, la réparation. Donc il va engendrer Hanokh, l'inaugurateur.
Vayehi boneh ir, il fut constructeur de villes. Ça, c'est quelque chose de très nouveau. Construire une ville, c'est extraordinaire. Vous vous rendez compte, une ville. Une ville, c'est un lieu artificiel, ce n'est pas un lieu naturel. La nature ne fait pas de villes. La nature fait des forêts, des champs, des déserts, des savanes, des océans. Mais la nature ne produit pas de villes. La ville, c'est une construction purement humaine.
La ville est très différente de la maison. Quand j'ai une maison, c'est pour me protéger. Mais une ville, c'est autre chose. C'est l'organisation de l'espace à la mesure de l'homme. À la mesure de l'homme. C'est-à-dire que, contrairement à la nature sauvage, qui impose à l'homme sa violence (la nature est violente, et c'est la violence de la nature qui est à l'origine de la violence de l'homme), dans la ville, l'homme va construire son monde.
Dans une ville, il y a par exemple des maisons carrées, il y a des rues, des trottoirs, des feux rouges. C'est-à-dire que l'espace va être organisé de telle manière que c'est l'homme qui va déterminer l'espace, ce n'est pas l'espace qui va déterminer l'homme. Donc, d'un certain point de vue, la ville est un progrès. Un progrès énorme, un progrès immense. Et puis ce progrès peut poser des problèmes. Parce qu'il y a une violence de la ville aussi. Mais ce n'est pas la même. On va voir ce qu'il en est.
Vayikra chem ha-ir, il appela le nom de la ville. Keshem beno Hanokh, du nom de son fils Hanokh. Vous avez déjà vu qu'une chose porte un nom propre, d'accord ? C'est bizarre, non ? En général, on donne des noms propres à des personnes.
Par exemple, un nom propre, c'est quoi ? Albert, Jojo, Yolande, d'accord ? Sarah. Ça, ce sont des noms propres. Mais il y a ce qu'on appelle des noms communs. En français, il y a une différence entre nom commun et nom propre. Une table, par exemple, c'est un nom commun. C'est la raison pour laquelle, devant un nom commun, on peut mettre un article indéfini. Une table. Un feu rouge. C'est ça ?
Tandis que, on ne met pas d'article, de manière générale, devant un nom propre. On ne dit pas un Joseph, un Deborah, ou bien le Joseph. Ça ne se dit pas, n'est-ce pas ? Il y a une différence entre une personne et un objet. Et alors, seulement quand on veut mépriser quelqu'un, dénigrer quelqu'un, on lui donne un article. Par exemple: ce David, quand même. Quand je dis « ce David », c'est pour le mépriser, n'est-ce pas ? Ce type-là, d'accord ? Mais de manière générale, on donne un nom propre sans article.
Et donc, quand on donne un nom à une ville, c'est très bizarre. La ville, ce n'est pas une personne, la ville, c'est un objet. Un objet développé, mais c'est un objet quand même. Et brusquement, on lui donne un nom. Et pas simplement un nom: un nom d'homme. La ville va s'appeler du nom d'un homme. Est-ce que c'est bien ou est-ce que c'est pas bien ?
On voit par exemple que dans l'histoire, il y a eu des hommes qui ont voulu laisser leur trace. Ils ont donné leur nom à des villes. Alexandre le Grand a fondé beaucoup d'Alexandries, il a donné son nom à des villes. Il y avait un empereur romain du nom de Tibère, il a fondé une ville qu'il a appelée Tibériade. C'est-à-dire que donner son nom, en général, c'est ce qu'ont essayé de faire les tyrans, les potentats du monde. Ce sont eux qui ont donné leur nom à des villes. Donc ce n'est pas un très bon signe. D'un autre côté, on a parfois des noms de tsadikim qui ont été donnés à des villes. Il faut comprendre ce que ça veut dire.
Un nom à quelque chose, un nom à une personne, ça veut dire que la personne est importante. Prenons Albert, il a une maison. On lui demande: c'est qui, toi ? Ben moi, je suis Albert. Et c'est quoi, ce qu'il y a autour ? Ben ça, ce sont les murs de ma maison. Qui est important ? Albert. La maison est là pour le servir. Maintenant imaginez qu'on demande à Albert: qui es-tu ? Et qu'il réponde: je suis celui qui habite cette maison. C'est ça ?
« Je suis le locataire, je suis l'habitant. » Qu'est-ce qui s'est passé, là ? Il a perdu sa personnalité. Il a donné l'importance au cadre. Ça peut aller très loin. On demande: qui êtes-vous, monsieur ? « Moi, je suis un agent de police. Je suis un facteur. Je suis un nouvel élève du Machon Meir. » Des trucs comme ça. C'est terrible, ce genre de réponse. Je pensais que tu étais Jojo ou Albert, et brusquement j'apprends que tu n'as plus de personnalité. Tu te définis par rapport au cadre dans lequel tu remplis une fonction.
Si je suis un facteur et que je ne suis pas Albert, ça veut dire que le fait que je suis Albert est tout à fait secondaire. On peut me remplacer par un autre. Il y aura un autre facteur que moi. C'est d'où la gravité de donner son nom à la ville. Kayin va donner le nom de son fils à la ville, ça veut dire qu'il a fait passer la personnalité de l'homme au cadre. Et donc, ça peut engendrer une chute de l'humanité. La ville va être l'origine de la chute. La preuve, regardez le verset à venir.
Vayoled le-Hanokh ét Irad. Il engendra Irad à Hanokh. Ir, ça veut dire ville. Yarad, descendre: la ville où l'on descend. Ça veut dire qu'une ville, ou une société de manière générale, peut s'autonomiser, oublier son origine. Et alors on peut même oublier le nom de Dieu. Ve-Irad yalad et Mehouyaël. Irad a engendré Mehouyaël, l'effacement de Dieu. Mahah, ça veut dire effacer. C'est ça ?
El, ça veut dire Dieu. Il y a Elohim et il y a El, ce sont deux mots différents. Donc Mehouyaël, l'effacement de Dieu: c'est une …
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