Jérémie 3 : le retour de Yehouda sans cœur
Pourquoi le retour de Yehouda n'est pas un vrai retour, et ce que signifie la fraternité selon le prophète.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Yirmiyahou et la branche d'amandier, 56 min
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Boker tov, les princes. On reprend le chapitre Guimel de Yirmiyahou. Vous avez tous un Tanakh, vous avez l'habitude de travailler avec le Tanakh. Je reprends un peu ce que nous avons vu la semaine dernière. J'ai réfléchi et je vais essayer de le faire davantage en hébreu, au niveau du texte, sans vous le traduire en continu. Je voudrais que vous lisiez avec moi, pour vous habituer à la texture de ces propos. Essayez de rentrer par l'hébreu. Si vraiment vous avez des difficultés, j'ai mis les pages ici à côté pour vous traduire ce qui serait nécessaire, mais je voudrais qu'on s'attache à la langue elle-même, et à la manière dont les choses ont été dites.
Il faut faire très attention, car les traductions sont parfois trompeuses. Nous approchons de Chanouka, par exemple: quand les Septante traduisent « Que l'Éternel vit que la lumière était Tov », nous traduisons « que la lumière était bonne », et eux ont traduit « que la lumière était belle ». Pourquoi certains vont-ils comprendre et appréhender cette lumière comme étant belle, alors que d'autres l'appréhenderont comme étant bonne ? Il est bien évident que cette expression dialectique signifie d'abord et avant tout que la personne qui parle s'exprime, et
qu'elle ne fait qu'exprimer ce qu'elle est. Vous me suivez ? Vous ne prononcez pas des mots, vous ne conjuguez pas des verbes, vous ne construisez pas des phrases, si ce n'est que ces phrases soient la pleine expression de ce que vous êtes. Lui et lui ne diront pas la même chose à propos de la même réalité vécue, parce que chacun vit cette réalité à sa manière, qui lui est propre.
Oui. Donc, il est évident que lorsque les Septante traduisent « la lumière était belle », la beauté représente dans la culture grecque quelque chose que nous appréhendons comme étant bon. Est-ce que nous devons porter la beauté en étendard et la rendre sainte, ou bien devons-nous sanctifier la beauté ? Ce sont deux choses complètement différentes. Vous me comprenez ? Vous me suivez ? Tout cela, c'est juste pour la traduction. On y va, parce qu'on va encore se perdre.
Je reprends donc le début du chapitre Guimel, parce que nous sommes très loin des cent et une fois où il faut étudier la chose pour que l'étude soit nous. Vous comprenez qu'il y a là quelque chose d'important: quand j'étudie, je ne veux pas acquérir quelque chose qui va m'accompagner, mais quelque chose qui va me faire devenir. C'est complètement différent. Quand nos Sages nous disent que l'étude doit être répétée cent et une fois, Chnayim Ounn Limoud, il est bien évident que la raison en est que cette étude puisse me faire être et devenir. Voilà.
Cela ressemble à une nouvelle traduction. Dans le langage que nous parlons, de là d'où nous venons, traduire mon propos reviendrait à vous dire que nous espérons un avenir à travers cette étude. Mais si je parle comme un Hébreu, je ne cherche pas mon avenir, je cherche mon devenir. C'est complètement différent. Encore une fois, c'est dans l'essence du propos qu'il faut chercher ce que nous voulons dire. Ce n'est pas par hasard que, lorsque j'ai un bouton, je peux dire « ça me gratte » et que d'autres diront « ça m'irrite ». Voilà. Tov. On ne va pas vous faire un cours de psychologie et de médecine sur les relations psychosomatiques entre l'événement physique et l'avènement pathologique.
Je suis au chapitre Guimel, en train de chercher le début pour ne pas me tromper. Oui, on avait dit ainsi. Je vous avais demandé de noter, parce que c'est important, pour ceux qui pensent que c'est important pour eux, concernant le devenir bien entendu, que le chapitre 3 se divisait en cinq parties, d'après ce que j'avais prévu. La première partie, du verset 1 au verset 5, traite d'abord et avant tout des reproches au soi-disant retour de Yehouda. Nous avions dit que ce retour ne pouvait pas être apprécié comme un véritable retour, parce qu'il était sans cœur. Ils avaient peut-être raison, ils étaient peut-être capables de rentrer dans la raison qui était la leur, mais le cœur n'y était pas.
Alors je lis le texte, et lisez avec moi. Pasouk Aleph, chapitre Guimel:
Lemor, yéchalléh ich et ichto, véalkha mi-immo, véhaya l'ich acher yéchouv élèhah ? Haaloh yachouv élèhah ? Vehanakhnaf haaretz hahi, véat zanta réim rabim, véchouv élaï ne'oum Hachem.
Et ensuite, la traduction: celui qui a été marié, dont la femme a été avec un autre homme, est-ce qu'il la reprendra ? Ne sera-t-elle pas profanée, cette terre ? Toi, tu t'es mise à forniquer avec de nombreux amants, et tu voudrais maintenant revenir vers moi ? Oracle de l'Éternel.
Ssa einéh el chafayim, ou réèh éfo lo chouga'alt, al drakhim yachavta lahem, kaaravi bamidbar, va-tahnif éretz bizonoute va-raa. Tout simplement, tu as agi comme ces hommes étrangers qui se trouvent sur les chemins. En fin de compte, considérer Israël comme une femme est une métaphore. Cela veut dire que l'Éternel, en donnant à Israël la possibilité de devenir ce que nous appellerons le peuple élu, mais élu parce qu'il a bien voulu s'élire, vous vous rappellerez cela, énoncé au pied du mont Sinaï, mais confirmé à l'époque d'Esther et d'Assuérus. Nous avons bien voulu, nous avons accepté cela. Accepter cela, c'était accepter les Kiddouchin que proposait l'Éternel.
D'ailleurs, c'est dans la Massekhet Kiddouchin du Talmud de Babylone que nous apprendrons comment un homme prend femme, de quelle manière: l'Éternel propose. C'est le Kiddouchin, c'est-à-dire cet acte de mariage. Je vous l'avais déjà dit: pour moi, je n'arrive pas à traduire cela par « acte de mariage », ni même par ce que nous disons dans le langage français de « devoir conjugal ». Je vous avais dit qu'il est question de vertu conjugale. Je ne peux conjuguer mon existence que parce que je vis cette conjugaison, et je vibre au sein de cette conjugaison. Il n'est pas question d'un devoir. Est-ce que je peux t'obliger à aimer ? Mais il peut être question d'une vertu d'être. L'amour fait partie de la vertu de mon être, il fait partie de l'une des dimensions de cet être noble. Vous comprenez ?
Et l'Éternel n'emploie pas le propos du prophète, qui est en fin de compte le propos révélé de ce que veut transmettre l'Éternel. C'est la métaphore utilisée ici. Quelle métaphore ? Dans quel autre texte avons-nous une métaphore aussi flagrante ? Quel est le texte que nous lisons tous les vendredis soir qui est une métaphore aussi ? Eh bien voilà: la relation, bien entendu, entre l'homme et la femme, mais aussi la relation entre le peuple d'Israël et l'Éternel, Dieu d'Israël. Ici, dans le propos de Yirmiyahou, parce qu'il est le porte-parole de l'Éternel, il y a une condamnation d'Israël. Condamnation qui veut dire que, s'il y avait lors de ce mariage une décision de conjuguer les verbes de notre existence à tous les temps,
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