Le but de la vie selon le cinquième chapitre du Rambam
Pourquoi la morale n'a de sens qu'orientée vers un but unique, relié au Créateur.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le juste milieu et les tsadikim aux conduites extrêmes, 51 min
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Le cinquième chapitre clôt les cinq premiers chapitres. C'est une banalité, mais il est très important de bien le comprendre. La Chemona Pérakim se divise en deux parties: les cinq premiers chapitres et les trois derniers. Les cinq premiers forment une seule entité, un bloc, qui part de tout ce qui est nécessaire pour établir l'activité morale. C'est-à-dire qu'on ne peut pas parler de moralité si on ne suppose pas que l'âme est une, par exemple. On ne peut pas parler de moralité si on ne suppose pas que l'homme est libre, et qu'il existe un moyen de savoir la différence entre le bien et le mal. Là, je viens de parler des sujets des chapitres 1, 2 et 3, n'est-ce pas ?
Le quatrième chapitre nous donne également la pratique morale: comment se transformer, comment passer du mal au bien, par exemple. Et le cinquième chapitre parachève tout cela. Il traite d'un sujet simple, mais important quand même: le but de la vie. C'est important de temps en temps d'étudier ces choses-là, de savoir quel est le but de la vie. Voilà, c'est le sujet du cinquième chapitre.
Après le cinquième chapitre, les sujets étudiés par le Rambam sont des sujets auxiliaires. Ce sont des sujets importants, mais qui ne font pas partie des fondements de la moralité. Tandis que là, c'est très important. On me dit d'être moral, d'accord, mais pourquoi ? Comment ?
— Ah, on avait étudié tout ça ?
— Ah oui ? D'accord. Très bien. Donc ça nous fait gagner du temps. On avait vu qu'il est important de savoir… on nous dit d'être moral, ça, ce sont les quatre premiers chapitres, mais dans quel but ? Pourquoi ? À quoi ça amène ? Ça, c'est le cinquième. Vous vous rappelez qu'on avait parlé du problème de savoir s'il faut avoir zéro but, un ou plusieurs, n'est-ce pas ? C'était les trois possibilités, et on était arrivé à la conclusion qu'avoir un seul but était préférable, n'est-ce pas ? Maintenant, avoir un seul but est préférable, c'est-à-dire que c'est ce qui fait que la vie est harmonieuse, qu'elle est…
…qu'elle est bien vécue, parce que j'ai une seule chose qui m'intéresse. Et à partir du moment où j'ai une chose qui m'intéresse, tout devient intéressant. Imaginez par exemple que j'ai pour but la pêche.
— Oui, la pêche.
— Qu'est-ce que tu fais ?
— Je vais à la pêche.
— Ah bon, tu vas à la pêche ? Non, ah bon, je crois que tu es allé à la pêche. Eh bien, aller à la pêche, comme but de la vie, peut être très important, parce qu'à partir de ce moment-là, ça donne un sens à mon petit-déjeuner. Tant que je n'avais pas de but dans la vie, mon petit-déjeuner n'était pas intéressant. Mais non, c'était très important: je prends un bon petit repas parce que je veux aller à la pêche. Je me marie parce qu'en me mariant, je vais pouvoir aller à la pêche avec ma femme. D'abord je serai plus équilibré. Quand on a une famille, on est équilibré. Alors quand on est équilibré, on pêche mieux, parce qu'on est mieux concentré sur sa canne à pêche. Et d'ailleurs, je ferai de la politique, parce que c'est important de rentrer dans un parti politique qui va défendre les droits des pêcheurs.
Parce que sans ça, il y a la pollution, les amendes, les droits de pêche, etc. Donc je fais de la politique, je suis au Parlement parce que je lutte pour les pêcheurs, etc. C'est-à-dire que beaucoup de choses dans la vie vont prendre un sens parce que j'ai un but. Maintenant, il y a un petit problème: il y a quand même des domaines de l'existence qui n'auront rien à voir avec mon but. Il y a des choses qui n'ont rien à voir avec la pêche, et là, je risque de ne pas être intéressé par ça.
Par exemple, quelque chose qui n'a rien à voir avec la pêche, c'est la chorégraphie. Les danses. Le pêcheur s'en fiche pas mal de savoir s'il y a de la chorégraphie ou pas. D'accord ? Et donc ça risque d'être quelque chose qui va l'embêter, qui va le gêner. Maintenant, le but de la pêche, finalement, bien qu'intéressant, est restreint.
C'est une pyramide avec un sommet assez bas. Donc la base n'a pas besoin d'être très vaste. Mais si j'ai une pyramide avec un sommet très élevé, la base va s'élargir. Imaginez par exemple que j'ai pour but de devenir chef de l'État. Si je veux devenir chef de l'État, il est évident qu'il y aura une masse très importante de sujets, de domaines qui vont me concerner. Beaucoup plus que le pêcheur. Je suis préoccupé également, je ne sais pas, de relations internationales et d'artistique, etc. Donc on peut dire que plus le but est élevé, plus il est global.
Et donc, si on veut réellement vivre une vie totalement heureuse, il faut que ce but soit lié à quelque chose d'infini. Le Créateur du monde: c'est évident qu'il y a un rapport entre le but de la vie et le Créateur. Vous voyez ? Maintenant, il y a un petit problème. Si le but est trop loin, il est donc inaccessible. S'il est inaccessible, je serai frustré toute ma vie. Il faut donc faire attention de ne pas se poser des finalités qui soient trop lointaines. D'un autre côté,
si le but est trop proche, je n'y arriverai jamais non plus. Imaginez par exemple que le but de mon existence, c'est d'arriver au mur là-bas, au bout de la pièce. Vous savez ce qui se passera ? Je n'y arriverai jamais. Parce que je suis terrorisé à l'idée qu'une fois le but de ma vie atteint, il n'y ait plus de sens à ma vie. Ou bien, ce qui est encore pire: j'arrive au but. Alors là, c'est terrible, je n'ai plus rien à faire.
Donc il y a ici quelque chose de problématique. Si le but est trop éloigné ou trop proche, je suis dans le malheur. Alors que faire ? Prendre un but moyen ? Un but infini, mais je ne pourrai jamais y arriver. Il faut donc avoir des étapes, ce qu'on appelle une trajectoire. C'est comme si je veux arriver au sommet d'une montagne, mais que, pour l'instant, mon but est d'arriver à la maison proche, ou à la source qui se trouve pas loin d'ici, ou à l'arbre, etc. Il y a ce qu'on appelle des étages. Et donc il y a également différentes trajectoires possibles.
Imaginez, par exemple, que mon but, c'est de faire du bien à la société. Il y a des gens qui définissent leur but comme ça. Moi, mon but dans la vie, c'est de faire du bien à la société, et c'est la raison pour laquelle je fais des études de médecine. Maintenant, je rate mes études de médecine. Est-ce que ma vie n'a plus de sens ? Non, parce qu'il y a d'autres moyens de faire du bien à la société. Et donc on peut avoir différentes options. Imaginez, par …
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