Shem, Ever et la finalité de l'histoire
Pourquoi Shem est défini par son arrière-petit-fils Ever, et ce que désignent le nom et la trajectoire.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Noa'h, la grâce et le mérite face au déluge, 15 min
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Bon, bonjour tout le monde. Béréchit, chapitre Yud Aleph. Non, un peu en arrière: au chapitre Yud, au verset Kaf Aleph. C'est vrai qu'on ne va pas tellement selon l'ordre cette fois-ci, mais ça, c'est important. Chapitre Yud, verset Kaf Aleph: Oul Shem youlad. Shem aussi enfanta. Il fut enfanté aussi pour Shem, précisément.
Qui est Shem ? Le fils de Noah, n'est-ce pas ? On s'attendrait donc à ce que la définition de Shem soit « fils de Noah ». Or, que dit le verset ? Avi Kol Bené HaEver, il était le père de tous les fils de Ever, Ahi Yefet HaGadol, il était le frère de Yefet le Grand. Donc, il était le père de tous les fils de Ever. En principe, qui est le père des fils de Ever ? Eh bien, c'est Ever. D'accord ? Qui est Ever ? Non, Ever, c'est le petit-fils. C'est l'arrière-petit-fils de Shem.
Regardez, par exemple, au verset Kaf Bet: Bné Shem: Elam, Ashour, Arpachchad, Loud et Aram. Les fils de Shem sont Elam, Ashour, Arpachchad, Loud et Aram. Puis, au verset Kaf Dalet: Arpachchad youlad Chélah, véChélah youlad Ever. Arpachchad engendra Shélah, et Shélah engendra Ever. Donc Ever, c'est l'arrière-petit-fils de Shem. Shem a donc été défini, au verset Kaf Aleph, comme l'ancêtre des enfants de son arrière-petit-fils. Définition quelque peu biscornue, non ?
Vous connaissez l'histoire de ces deux personnes dans un ballon qui volait et qui avaient perdu leur chemin. D'en haut, ils crient à quelqu'un qui marche loin en bas: « Où sommes-nous ? » Et l'homme en bas répond: « Vous êtes dans un ballon. » Alors ils se disent l'un à l'autre: « C'est certainement un mathématicien. » Pourquoi ? Parce que ce qu'il dit est extrêmement précis et totalement inutilisable. Bon. Et donc, la définition de Shem est absolument exacte, mais à quoi ça sert ?
Elle nous dit, probablement, que Ever est le sémite par excellence. C'est lui le vrai descendant de Shem. Si on essaie de trouver la substantifique moelle de l'identité sémite, on la trouvera chez Ever, ou plus précisément chez les fils de Ever. Alors voyons un peu ce que cela veut dire.
La Torah nous donne des noms. Que veut dire le mot Shem ? Ça veut dire un nom, bien sûr. En hébreu, pour dire « un nom », on dit Shem. Mais ça veut dire encore autre chose: le mot Shem signifie aussi un but. Par exemple, Lichmo, dans quel but ? Donc Shem veut dire un but. C'est-à-dire que dans la civilisation de Shem est née l'idée de finalité. Il y a une direction dans laquelle il faut aller, même si on ne sait pas exactement laquelle. Il y a cette idée qu'il existe une trajectoire, un projet pour l'histoire.
C'est pour cela, par exemple, qu'on voit chez les sémites les premières listes dynastiques. Dans les fouilles archéologiques, on a retrouvé que chez les anciens sémites il y avait cette obsession de faire la liste des rois les uns après les autres. C'est quelque chose de tout nouveau. Ensuite, cela s'est répandu dans le monde entier, mais cela a commencé chez les sémites: cette idée qu'il y a une finalité, une trajectoire.
Et cette idée qu'il faut trouver le but de l'histoire se retrouve chez Hachem. Contrairement à Yefet, qui veut dire l'étendue, Yefet étant la dispersion, il y a cette idée de finalité, de nom, et donc cette importance de trouver le nom. Par exemple, quand Moshe a un entretien privé avec HaKadosh Baroukh Hou, il lui dit: d'accord, tu m'envoies chez les enfants d'Israël, je veux bien, mais s'ils me demandent ton nom, qu'est-ce que je vais leur dire ? C'est probablement que, pour eux, il est très important de savoir le nom.
Chez les Goyim, en revanche, l'idée de donner un nom à la divinité n'est pas indispensable. Par exemple, il existe en Extrême-Orient une spiritualité qu'on appelle le taoïsme. Le livre fondamental du taoïsme, c'est le Tao Te King. Dans le premier chapitre, il est dit: « Le Tao que l'on peut nommer n'est pas le vrai Tao. » C'est celui qui n'a pas de nom, qui est l'origine de tout être. C'est-à-dire que l'idée de donner un nom choque l'Extrême-Oriental. On considère que, si l'on donne un nom, on restreint la portée de la puissance du Créateur.
Dans l'histoire des Hébreux, c'est le contraire. Assa gevéou ki yada chmi, « Je l'élèverai parce qu'il connaît mon nom ». C'est-à-dire qu'il sait dans quelle direction je vais, quelle est ma volonté. D'accord ? C'est très différent. Je me rappelle avoir parlé une fois avec un des sages d'Extrême-Orient de cela. Il m'a cité le Tao, et je lui ai dit: « Mais tu sais, c'est parce que vous êtes les fils de Yefet que vous parlez comme ça. Nous, nous sommes les fils de Shem, et c'est pour cela que nous cherchons le nom. » Il m'a répondu: « C'est tout à fait vrai, je suis tout à fait d'accord. »
En tout cas, chez les fils de Ever, le sémitisme est encore plus accentué. Et qu'est-ce qu'un fils de Ever ? Comment dit-on en hébreu un fils de Ever ?
— Ivri, n'est-ce pas ? Ivri, c'est le mot qu'on traduit en français par « hébreu ». L'hébreu est censé porter en lui le message de Shem. Maintenant, qui sont les Hébreux en question ? Si vous demandez à quelqu'un de culture générale qui sont les Hébreux, qu'est-ce qu'il vous répond ? Les juifs, les Judéens, effectivement, les descendants d'Abraham, n'est-ce pas ?
Or, nous allons voir dans le texte que c'est exactement le contraire. Contrairement à l'idée reçue selon laquelle Abraham serait le premier des Hébreux — il est effectivement nommé Avram HaIvri au chapitre 14, « Abram l'Hébreu » —, une lecture attentive du texte va nous prouver que Abraham n'était pas le premier des Hébreux, mais le dernier. Le dernier des Hébreux. Avram était le dernier rescapé de l'identité hébraïque, qui avait disparu de son temps. J'anticipe un peu, mais on va le prouver dans le texte. D'accord ?
Le premier, c'était Peleg, le fils de Ever, qui était le premier Hébreu. Mais l'archétype de tous les Hébreux, c'était Ever. Je voudrais étudier avec vous le verset Kaf Dalet.
Oul Ever youlad chné banim, Ever eut deux enfants, deux garçons, deux fils. Chem haéhad Peleg, le premier s'appelait Peleg, ki véyamav niflega haarets, car de son temps la terre a été divisée. Véchem haa'ah Yoktan, et le nom de son frère était Yoktan.
Le premier s'appelle Peleg. Qui lui donne son nom ? C'est son père, qui l'appelle Peleg parce que du temps de Peleg, la terre a été divisée. Mais comment Ever peut-il savoir que la terre sera divisée du temps de son fils ? Il donne à son fils le nom d'un événement qui doit se passer pendant la vie de cet enfant. Oui, mais comment le sait-il ? Parce qu'il est prophète. La Guemara dit de là qu'Ever était prophète.
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