La liberté, condition de la morale selon le Rambam
Pourquoi seules les parties libres de l'âme relèvent de la morale : mitsvot, aveirot et qualités.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Maïmonide : la matière, la forme et l'intellect, 39 min
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Shalom tout le monde. Bon, on est dans le chemin de la pratique, je crois, au chapitre 2. On a vu seulement le titre, n'est-ce pas ? Je crois. Bon. Alors, vous vous rappelez que le sujet de notre livre, c'est quoi ? La morale. Très bien. Et nous étudions, dans les premiers chapitres des huit chapitres, les conditions nécessaires à l'établissement d'une morale.
Pour établir la morale, il faut qu'il y ait de la liberté. C'est-à-dire, si je ne suis pas libre, je ne peux pas être moral, ni juste, ni méchant. Par exemple, vous avez certainement lu le livre fondamental Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry. Il y a là-bas un roi et…
Et le petit prince voit le roi et lui dit: « Sire, vous êtes roi, vous régnez sur quoi ? » Il dit: « Je règne sur tout ça. Les étoiles, le monde entier, l'univers entier. » Et il lui dit: « Vous régnez également sur le soleil ? » – « Oui, je règne également sur le soleil. » – « Et le soleil fait ce que vous lui dites de faire ? » – « Bien sûr, je suis son roi. »
« Vous pouvez demander au soleil de se coucher, j'aime tellement les couchers de soleil. » Et alors le roi lui dit: « Si je demandais à un général d'armée de voler comme un papillon et qu'il ne le faisait pas, qui serait coupable, lui ou moi ? » Le petit prince, très sérieux, dit: « Ça serait vous. » – « Et pourquoi ? » – « Parce que je demande à mon sujet de faire quelque chose qu'il ne sait pas faire, qu'il ne peut pas faire.
Donc, si je demande au soleil de se coucher maintenant, ça serait un ordre injuste. Et donc, je serais coupable. » Mais alors le roi sort un almanach, il feuillette, et il dit: « Viens ce soir à 19h15 et tu verras comme je suis bien obéi. » D'accord ? Vous comprenez le ridicule de la chose. En fait, c'est une critique de Saint-Exupéry contre l'idée de Dieu, en vérité. Il n'y a que la nature. Ça, c'est son problème à lui, c'est sa manière de voir en tant que goy, la manière dont il envisage la nature.
Mais il y a quelque chose qui est très vrai dans cette idée-là: il n'y a pas de commandement. Il ne peut pas y avoir de transgression s'il n'y a pas de liberté. Comme je l'ai dit, je crois, la dernière fois, on ne peut pas condamner un volcan parce qu'il a fait éruption et qu'il a enterré des milliers de personnes.
De même, on ne peut pas féliciter, louer la pluie parce qu'elle fait pousser le blé. Le renard. Pourquoi le renard par rapport à la liberté ? – Ah, les renards dans le… – Je ne suis pas apprivoisé. – Oui. – Ah, c'est pour autre chose. – C'est créer des liens. Mais en tout cas, c'est pas bon, mon exemple ? – Ah bon, c'est très bien, d'accord. – Non, c'est pour savoir. Bon, et…
Donc on ne peut pas louer la pluie de faire pousser le blé. La pluie, ce n'est pas de sa faute. Et le volcan, ce n'est pas de sa faute. Donc on ne peut parler de morale, de bien et de mal, de juste et de méchant, que dans la mesure où il y a la liberté. Et puisque nous avons étudié le nefesh de l'homme, les cinq parties du nefesh, c'est ça, exactement. Vous l'avez très bien dit en français: Zan, Margish, Medameh, Mitoreh et Sikhli. C'est écrit là: Zan, Margish, Medameh, Mitoreh et Sikhli. – Est-ce que tu étais présent lors du chapitre précédent ? – Ça va nous demander de faire un retour en arrière. Non, on ne peut pas pour l'instant. Mais tu vas voir par la suite ce que tu comprendras.
Donc, nous avons étudié les différentes parties du nefesh, et là nous voulions savoir quelles sont les parties du nefesh qui sont libres. C'est très important, pour savoir quelle partie du nefesh est concernée par la morale. N'est-ce pas ? Alors c'est ce qu'on va voir. Nous avons dit qu'il y avait cinq parties dans le nefesh. Maintenant, comment savoir quelles sont les parties du nefesh qui sont libres et lesquelles ne le sont pas ? Vous avez compris la question, elle est d'importance. Quel est le critère ? Nous avons deux réponses possibles. La première vient de la Torah, et la deuxième vient de la nature.
Si je me base sur la Torah: on a dit qu'il n'y a pas de liberté, s'il n'y a pas de liberté, il n'y a ni commandement ni transgression. Alors il faut voir quelles sont les parties du nefesh qui ont reçu des commandements. Par exemple, si je mange un morceau de porc, ras v'shalom, est-ce qu'il m'est interdit de le digérer ? C'est impossible: mon estomac digère malgré lui. Donc il n'y a pas de commandement. La Torah n'a pas ordonné de digérer ou de ne pas digérer certains aliments. Cela veut dire que la partie nutritive du nefesh n'est pas libre. Elle n'est pas concernée par la morale.
Il y a des parties en nous qui sont robotiques, qui fonctionnent sans aucun doute. Mes cheveux poussent sans me demander mon avis. Mes ongles aussi. Vous avez remarqué que mes ongles grandissent, sans me demander l'autorisation de pousser. Donc il y a en moi des parties robotiques, oui.
Alors, est-ce que j'ai le devoir de vomir le porc ? Et si il a commencé à être digéré ? Ou, disons, s'il est déjà imprégné dans le sang, est-ce que j'ai le droit de continuer les processus biologiques qui vont transformer ça en énergie ? Est-ce que j'ai le droit de me servir de cette énergie, par exemple, pour mettre les téphilines après ? Est-ce que j'ai le droit ?
La réponse, c'est que j'ai le droit, d'accord ? Le vomissement pourrait être encore à la limite. Bien que la halakha ne m'oblige pas à vomir, je vais vous dire, c'est encore pire que ça. Si on essaie d'être très précis, ce qui est interdit, c'est d'introduire un morceau d'aliment interdit dans la gorge, dans la cavité qui engloutit. Si je vomis, et que ça repasse par là, j'ai fait une deuxième transgression. Donc il est même interdit de le vomir. – Ouais.
Bon, donc c'est un premier critère: il faut étudier quelles sont les parties du nefesh qui ont reçu des commandements et quelles sont celles qui n'en ont pas reçu. Il y a aussi un autre moyen: voir ce qui fonctionne quand on est dans le sommeil et ce qui ne fonctionne pas. Quand je suis dans le sommeil, j'ai perdu conscience, je ne me domine plus. Il faut voir quelles sont les fonctions du nefesh qui continuent à agir, et lesquelles ne continuent plus à agir.
Nous avons donc deux critères: un critère issu de la Torah, un autre issu de la nature. Voyons maintenant, sur …
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