Abraham entre justice et charité : le conflit des bergers
Le conflit entre les bergers d'Abraham et de Lot, et le choix entre justice et compromis.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Abraham, la circoncision et la vision de Hachem, 52 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Alors, vous vous rappelez, au chapitre Yud Gimel, au verset Zayin ? Dans l'Ekhlecha ? Oui, chapitre Yud Gimel, verset Zayin. Non, ce n'est pas nécessaire. Bon, peut-être. Bon. Alors: Vayehi riv bein roï mikneh Avram ouvein roï mikneh Lot, et il y eut un conflit entre les bergers des troupeaux d'Avram et les bergers des troupeaux de Lot. Véhakénaani véhapérizi yochev az baaretz. Le Cananéen et le Périzéen habitaient alors dans le pays.
Riv veut dire un conflit. Il y a donc ici un problème: vous avez deux populations. Chapitre Yud Gimel, au verset Zayin, c'est-à-dire en français chapitre 13, verset 7, d'accord ? En chiffres romains, XIII, qui veut dire treize. C'est pour ça qu'on écrit treize en latin, n'est-ce pas ? XIII, verset 7. Il y a donc un conflit entre deux populations. Ces deux populations ont entre elles un lien de parenté, qui passe par Abraham et Lot. Elles se réclament toutes deux du Dieu d'Abraham et réclament le même
territoire. Vous voyez le problème ? Les Cananéens et les Périzéens sont la cause du conflit, parce que c'est leur pays qui, un jour, deviendra le pays des enfants d'Abraham. Et les bergers de Lot, étant donné qu'Abraham n'a pas d'enfants, considèrent que Lot est l'héritier légitime. Il y a donc tout un conflit autour de ça, autour du pays des Cananéens, d'accord ? La nature exacte du conflit n'est pas très claire. Rachi donne des précisions à propos des Cananéens et des Périzéens. Mais ce qui nous importe pour
l'instant, c'est de comprendre que les deux populations sont rivales. Elles sont liées par des liens de sang, elles ont la émouna dans le Dieu d'Abraham, et elles veulent le même territoire.
Voilà. Alors, que faire dans ce genre de situation ? C'est le problème de tout conflit: que faire ? Il y a deux manières de régler les conflits. Soit par la justice, soit par la charité. La guerre est une forme de justice: on applique la violence pour remettre quelqu'un dans son droit, et on suppose qu'il y a un droit, et qu'il faut donc exercer la violence pour l'établir. Ça peut être également le tribunal, ce n'est pas forcément la violence. Le tribunal décide qui a raison et qui a tort. Celui qui a raison gagne, celui qui a tort perd. C'est ça que fait le tribunal. En principe, il tranche selon le droit.
La deuxième possibilité, c'est le compromis, ce qu'on appelle la charité. Le compromis consiste à dire: puisque nous sommes en conflit, nous allons nous mettre d'accord pour obtenir chacun partiellement ce que nous exigeons. Mon exigence est totale, la tienne est totale; nous allons donc faire un compromis, un partage par exemple. Ça s'appelle la charité. Et le problème, c'est de savoir ce qu'on attend d'Abraham. Est-ce qu'Abraham doit agir selon la charité ou selon la justice ?
Alors, faites un petit… pas en avant, gardez la page, mais regardez au chapitre Yud Het. Yud Het, c'est 18. Au chapitre Yud Het, au verset Yud Tet. Yud Tet, c'est 19. Le chapitre, c'est 18, mais le verset, c'est 19. Ki yedaतiv: car je l'ai aimé, je l'ai élu. C'est Dieu qui parle d'Abraham: Ki yedaतiv, car je l'ai aimé, afin qu'il enseigne à ses enfants et à sa maison après lui, pour qu'ils observent la voie de Hachem, en pratiquant la tsedaka et le mishpat, c'est-à-dire à la fois la charité et la justice. Quel est l'idéal moral d'Israël ? L'unité des valeurs.
Il y a un problème, et votre question se pose immédiatement: comment peut-on, dans la même action, faire justice et charité ? La question est posée par la Guémara à propos d'un autre verset, concernant le roi David. Il est dit de David qu'il pratiquait le droit et la justice pour tout son peuple. La Guémara demande: s'il y a justice, il n'y a pas charité; s'il y a charité, il n'y a pas justice. Il y a trois réponses possibles.
La première réponse donnée par la Guémara: David déclarait le coupable coupable. Il disait: untel, tu es coupable, donc il y a justice. Mais le coupable doit payer, et l'argent sortait de la poche de David: c'était ça, la charité. Donc il faisait justice et charité. Il y a un petit problème: quand il y a justice, il n'y a pas charité; en général, ce n'est pas simultané, c'est l'un après l'autre.
Deuxième réponse de la Guémara: il faisait ce qu'on appelle en hébreu une pchara, un compromis. Le compromis est à la fois un acte du tribunal, donc qui relève de la justice, et en même temps de la charité, parce que ce n'est pas vraiment la justice, pas vraiment le droit. C'est la deuxième réponse. Le problème de cette réponse: c'est vrai que c'est simultané, mais ce n'est ni l'un ni l'autre. Ce n'est pas vraiment la justice, ce n'est pas vraiment la charité.
Troisième réponse de la Guémara: David condamnait le coupable, et le coupable, à qui l'on avait donc appliqué la justice, était heureux. Il considérait qu'on lui avait fait une charité, parce qu'on l'avait sauvé du vol. L'acte de justice était donc en soi un acte de charité. La seule difficulté de cette interprétation, c'est qu'elle suppose une élévation morale de la part du public, c'est-à-dire de la part du voleur. Ce n'est pas dans n'importe quel… Hein ? De la part du voleur. C'est assez… Bien. En tout cas, il
ne s'agit pas d'un vol prémédité: il pense qu'il a raison. Quand le tribunal lui dit « tu as tort », il est heureux de savoir qu'il avait tort, n'est-ce pas ? Cela demande quand même un certain degré de moralité de la part de la société. Mais c'est ça, l'idéal d'Israël. Ce qui se reflète dans ce texte de la Guémara, c'est que la morale, selon Israël, c'est l'unité des valeurs.
Maintenant, qu'est-ce qu'on fait quand on est porté naturellement vers la tsedaka ? On doit pratiquer le mishpat. Quand on est porté naturellement vers le mishpat, on pratique la tsedaka. Vers quoi Abraham est-il naturellement porté ? Vers la tsedaka. C'est un homme de générosité, de bonté. Donc, ce qu'Abraham aurait dû faire dans le conflit entre ses bergers et les bergers de Lot, c'est appliquer la justice. Le mishpat. D'accord ? Or c'est exactement ce qu'il ne va pas faire.
Nous avons vu que le conflit est appelé, au verset Zayin, riv. Rien à voir, d'ailleurs, avec le bord de la mer ou le bord d'un fleuve, parce que ça, c'est du français. En hébreu, le mot riv désigne un conflit qui est réglable au tribunal. Par exemple, la Torah dit: ki yihyé riv beine anachim, lorsqu'il y aura un conflit entre deux personnes, ounegouchou el hamichpat, ils se présenteront au jugement. Et qu'est-ce que dit Abraham ? Vayomer Avram el Lot: Abraham dit à Lot, al-na téhi mériva, qu'il n'y ait pas de mériva. Mériva veut dire une dispute, mais une dispute qui se règle en dehors du tribunal, à l'amiable. Abraham veut …
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