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La tour de Babel et l'unité entre les peuples

Pourquoi l'uniformité n'est pas la paix, et comment Avraham incarne une unité qui respecte les individus.

51 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Haran, Nahor et la tentation du cosmopolitisme, 49 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Nous avons étudié, entre le verset Aleph et le verset Teth, l'épisode de la tour de Babel. La tour de Babel pose différents problèmes. On peut dire que la tentative des fondateurs et constructeurs de la tour était de créer une humanité uniforme, c'est-à-dire que tout le monde soit la même chose.

Et pourquoi ont-ils voulu une humanité uniforme ? Parce qu'ils se disaient que c'était le meilleur moyen d'avoir la paix, étant donné que les guerres viennent des différences, et que chacun essaie d'imposer sa particularité aux autres. C'est pour ça qu'il y a des guerres. Donc si tout le monde sait la même chose, il n'y aura pas de guerre. C'est ce que pensaient les constructeurs de la tour. N'est-ce pas ?

Le problème, c'est que l'uniformité, d'après ce que nous avons compris la dernière fois, est une sorte de violence. C'est très grave, parce que cela veut dire qu'on n'accepte pas le droit de chaque personne d'être elle-même. C'est donc en fait une violence sous apparence d'amour. En vérité, c'est de la haine. C'est ça ? Vous vous rappelez le midrash que nous avons visité, je crois, dans Pirkei de Rabbi Eliezer ? Qu'est-ce qui se passait quand un homme tombait de la tour ? Vous vous en rappelez ? Oui.

Un homme tombait de la tour, personne ne faisait attention. Tandis que lorsqu'une brique tombait, tout le monde pleurait et disait: quand est-ce que la prochaine va monter à sa place ? Ce qui veut dire que le projet est devenu plus important que les individus, étant donné que tout le monde, de toute façon, sait la même chose. C'est quoi un homme ? C'est quelque chose qui sert à amener une brique. Alors peu importe si celui-là est mort, puisqu'il y en a un autre pour le remplacer. Mais la brique, elle, est irremplaçable, et donc ça devient une humanité déshumanisée. D'accord ?

Oui ? Une tour qui est arrivée jusqu'au ciel, c'est-à-dire un truc énorme, gigantesque. Oui, c'est aussi défier Hachem. On avait vu, la dernière fois, qu'il y avait deux dimensions à la tour. Une dimension de relation de l'homme envers le Créateur, c'est-à-dire se révolter contre Dieu, et une relation d'homme à homme, Ben Adam l'Achavero, qui était de briser les différences pour qu'il n'y ait plus de guerre. Parce qu'ils avaient compris que le déluge était venu à cause de la violence.

Et la violence vient des différences. Donc ils ont voulu supprimer la violence, comme ça il n'y aurait pas de guerre. Mais en fait, c'est encore plus violent. Est-ce qu'ils sont arrivés assez haut ? Oui, pas mal. Je ne sais pas exactement combien, mais ils ont dû monter pas mal. Il y a différentes traces de tours anciennes qui ont été retrouvées en Babylonie. Il y a ce qu'on appelle des zikourat. Une zikourat, c'est une sorte de pyramide gigantesque que l'on faisait chez les Babyloniens.

Il y en a une à Babylone dont il ne reste que les fondations, et qu'on pense être peut-être celle dont la Torah parle. En tout cas, l'objet existait, d'accord ? C'était parfois 300 mètres de haut. C'est gigantesque, ces machins. Un peu comme la tour Eiffel. La tour Eiffel, c'est combien ? 300 et quelques. 320 mètres. 320 mètres, et des poussières. Surtout quand il y a un pigeon qui se pose sur l'antenne, alors ça fait un peu plus. D'accord ?

Merci. HaKadosh Baroukh Hou n'a pas laissé faire ça, il s'est révélé. Vous vous rappelez qu'on avait parlé du thème de la révélation ? La révélation d'HaKadosh Baroukh Hou n'entraîne-t-elle pas l'individualité ? Vous vous rappelez de ça ? Oui ou non ? — Oui. Très bien. Alors maintenant, il y a un petit problème. Si l'uniformité est mauvaise, quelle est l'alternative ? Quelle est l'autre option ? L'individualité, qui est aussi extrêmement grave, parce qu'elle va entraîner la violence, les guerres.

Il faut donc trouver un troisième terme, qui ne soit ni l'uniformité ni la division. Entre la division et l'uniformité, il y a un troisième terme: c'est l'unité. L'unité, c'est que chacun a sa place, chacun a son individualité, et pourtant il y a un point coordinateur autour duquel tout le monde se rassemble. Et on avait vu que c'était Abraham, n'est-ce pas ? Maintenant, ça me revient.

On avait étudié le verset, dans le chapitre Yod-Bet: Venivrechou bekha kol michpechot ha-adama, que nous avions d'abord traduit, en première mauvaise traduction, par « Toi seront bénies toutes les nations de la terre », et que nous avons ensuite traduit par « En toi seront marcotées toutes les familles de la terre ». Vous vous rappelez ? Vous vous rappelez ce que c'est, le marcotage ? — Comment ça, non ? Alors pourquoi est-ce que je donne un cours ? Non, le marcotage, M-A-R-C-O-T-A-G-E. Tu n'étais certainement pas au cours.

En viticulture, il y a ce qu'on appelle le marcotage: on prend un sarment de la vigne, un sarment c'est une branche un peu élastique, on la plie en lui donnant la forme d'un genou — c'est là qu'il y a le mot avracha en hébreu — et on l'enterre dans le sol. Elle fait sortir des racines, ce qui va donner un nouveau cep de vigne, qui va donner de nouveaux sarments, qui vont à nouveau être marcotés. Voilà. D'accord ?

Quand on dit à Avraham venivrechou bekha kol michpechot ha-adama, « en toi seront marcotées toutes les familles de la terre », cela veut dire que les familles de la terre sont comparées à des ceps de vigne, et qu'Avraham est une sorte de terreau: le terrain dans lequel les sarments sont enterrés pour donner une nouvelle vigne, qui fait l'unité de l'humanité. Vous comprenez ? Vous connaissez la belle expression que l'on dit dans la bénédiction de la Torah:

« De toutes les nations. » Cela veut dire quoi, exactement ? Cela veut dire que HaKadosh Baroukh Hou a pris de chaque nation un petit bout, et en a fait le peuple d'Israël. Le peuple d'Israël est une sorte de coordinateur des différentes variétés d'identité humaine. Il y a différentes manières d'être homme. Une des manières d'être homme, c'est d'être norvégien. Il y a aussi une manière d'être homme qu'on appelle sénégalais. Il y a une manière d'être homme qu'on appelle japonais.

On avait dit également qu'il y avait une autre manière d'être homme, qu'on appelait ? — Les Belges. Les Belges, n'est-ce pas ? Et quand on fait l'ensemble des différentes manières d'être homme, qu'on les réunit, cela donne Israël. Si vous prenez, par exemple, l'intégrale de toutes les composantes des blagues sur les sous-marins: vous voyez, dans un sous-marin, il y a un Allemand, un Anglais et un Russe. Vous connaissez ces vannes stupides ? Mais parfois ce n'est pas un Anglais, un Allemand et un Russe: parfois c'est un Canadien, un Japonais et un Belge. Ou parfois un Brésilien, etc.

Vous prenez donc toutes les nations, vous les mettez dans le même sous-marin, et vous agitez. Ça vous donne quoi ? — Israël. Exactement. Ça vous donne le peuple juif, c'est-à-dire une sorte …

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