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La tour de Babel et l'idée de l'humanité unifiée

Pourquoi la tour de Babel naît d'un désir d'unité, et comment la révélation du Sinaï affirme au contraire l'individualité de chacun.

53 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Vayère Hachem : la révélation qui divise les hommes, 44 min

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonjour à tous. Nous sommes dans Béréchit, chapitre Youd Aleph. Au verset Aleph, l'épisode de la tour: « Et la terre toute entière était d'une seule parole. Ils parlaient des mêmes choses. »

Nous avons expliqué, d'après l'interprétation de Rachi, que la préoccupation probable de la première génération après le déluge était d'empêcher le prochain déluge. C'est-à-dire qu'ils se sont dit qu'il y aurait peut-être un phénomène cyclique qui ferait que tous les 1656 ans, le ciel tomberait sur la tête. Comme ils n'avaient peur que d'une seule chose, c'est que le ciel leur tombe sur la tête, ils ont décidé de faire une tour pour soutenir la voûte du ciel.

C'est comme ça que c'est compris par Hachem. Et il faut comprendre de quoi il s'agit. Soit ils étaient des ignorants, ils ne connaissaient rien en physique, et ils imaginaient qu'une tour allait soutenir le ciel. Soit ils avaient des idées profondes, et c'est la raison pour laquelle la Torah en a parlé. C'est quoi le ciel, et pourquoi nous tombe-t-il sur la tête ?

Le ciel, c'est le lieu des valeurs. On dit par exemple la justice, la vérité, l'amour, la paix, la générosité, la droiture, tout ça, ce sont des valeurs. Où sont-elles, ces valeurs ? Eh bien elles sont en haut. En haut, c'est donc dans le ciel. Et moi, où suis-je ? Je suis sur la terre. Sur la terre, les valeurs ne sont pas absolues. Sur terre, les valeurs sont relatives.

Parfois ça marche, parfois ça ne marche pas. Je fais des efforts, mais il est très difficile d'accomplir une valeur, de la réaliser. Et surtout s'il y a des valeurs contradictoires, les réaliser toutes ensemble, c'est très difficile. Donc sur terre, il y a du relatif. Au ciel, c'est absolu; sur terre, c'est relatif. Et le problème, c'est que de temps en temps, le ciel nous tombe sur la tête. Ça veut dire que je suis jugé par rapport aux valeurs du ciel.

C'est-à-dire que de temps en temps vient le moment du jugement. Par exemple, chez nous, c'est à Roch Hachana. Le jour de Roch Hachana, nous sommes jugés. Une fois par an, on nous dit: on va voir où tu en es par rapport à ton idéal. Voilà, c'est Béréchit, il y a des livres de Béréchit, là. Parfois, nous sommes jugés, et c'est là que le ciel nous tombe sur la tête. Si nous avons un comportement conforme, eh bien, dans ce cas-là, le ciel est bénéfique.

Mais il peut tout à fait arriver que notre comportement, Hass Veshalom, ne soit pas conforme au ciel, et dans ce cas-là il nous tombe sur la tête, et cela devient le déluge. On peut donc bien comprendre que la première génération après le déluge était préoccupée par cela: comment empêcher que le ciel nous tombe sur la tête ? Et ils ont trouvé pour cela une stratégie qui règle le problème de deux manières, du point de vue de la relation bein adam lé-havero et de la relation bein adam lamakom, c'est-à-dire de l'homme envers son prochain et de l'homme envers le Créateur.

Ils se sont dit d'abord: ce qui entraîne la violence entre les hommes, c'est l'infidélité à la valeur de la paix. C'est le fait que les hommes sont différents. Comme il y a des différences, chacun va essayer d'imposer son identité aux autres, et ce sera la violence. Donc ils se sont dit que, pour empêcher la violence, il fallait supprimer les différences. Comment faire ? Il faut que les gens cessent de s'occuper d'eux-mêmes et qu'ils commencent à s'occuper d'autres choses. Alors nous allons occuper les hommes.

Comment allons-nous les occuper ? Nous allons leur dire de construire une tour. La tour va être gigantesque, elle doit arriver jusqu'au ciel. Il faut un temps énorme pour construire une tour pareille. Donc les gens vont naître pendant la construction de la tour, ils arriveront à la fin de leur vie, ils vont mourir, et la tour ne sera pas encore finie. Des générations après des générations vont s'occuper de construire la tour. Et les hommes vont cesser de s'occuper de leur petite personne pour s'occuper d'une grande œuvre: la tour, l'humanité avec un grand H, l'idée de l'humanité. D'accord ? C'est ça, l'idée qu'ils avaient derrière la tête.

En vérité, quand on réfléchit bien, cela semble partir d'un mouvement d'amour. Nous voulons l'amour entre les hommes, nous voulons que les hommes s'entendent entre eux. Et donc on va supprimer les différences. Mais comment s'appelle, en vérité, ce genre d'approche ? Ça s'appelle la haine. C'est la haine. Bien sûr, le communisme a, entre autres, fait cela, mais il n'y a pas seulement le communisme: le fascisme, enfin, il y a beaucoup d'idéologies uniformisantes. Par exemple, ce qu'on appelle American Way of Life, le mode de vie américain qui s'impose sous forme d'impérialisme culturel au monde entier, et qui suppose qu'en fait tout homme sur terre est un Américain qui s'ignore. C'est-à-dire: vous ne savez pas que vous êtes des Américains, mais on va vous l'expliquer, vous allez boire du Coca-Cola. C'est également une forme d'uniformisation violente. Ce n'est pas la violence physique, mais c'est une sorte de violence culturelle, ça existe aussi.

Pour en revenir à notre sujet: ce qu'on appelle ici la suppression des différences au nom de l'amour des hommes, c'est en fait ce qu'on appelle de la haine. C'est-à-dire: je ne peux t'aimer que s'il n'y a pas de différence entre nous. En d'autres termes, je te déteste tant que tu es ce que tu es. Et comme ce n'est pas beau de détester, ce n'est pas très bien de détester, alors je te demande de cesser d'être ce que tu es pour que je puisse t'aimer. D'accord ? C'est donc en fait de la haine masquée d'amour.

Tu cherches un Béréchit ? Je ne sais pas ce que je veux. Est-ce qu'il y aurait encore un Béréchit ? Il doit bien y avoir un Béréchit par ici. Voilà, tiens. Voilà. Et donc c'est ça, le premier problème.

Le midrash nous raconte une très belle image: lorsque, pendant la construction, un homme tombait de la tour et s'écrasait, personne n'y faisait attention. Mais lorsqu'une brique tombait de la tour, tout le monde pleurait et disait: quand est-ce que la prochaine va prendre sa place ? Si ce qui est important, c'est la tour, alors les hommes ne sont pas importants. Les hommes sont interchangeables. C'est quoi, un homme ? Un homme, c'est une machine à mettre des briques. Eh bien on peut en trouver un autre, ce n'est pas ça qui est important. L'identité humaine a donc disparu à cause de la volonté d'uniformité.

Quelque part, c'est bien. Oui, ils étaient prêts à faire de la mort pour la vie. C'est-à-dire qu'ils étaient prêts à annihiler leur identité personnelle pour la collectivité. Qui a dit que c'était une bonne chose ? Ils ont un idéal, ça, je suis d'accord: on est prêt à se sacrifier pour un idéal. Mais l'idéal ne doit-il pas comprendre également l'identité ? L'identité humaine. Il y a …

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