Noa'h, juste ou simplement digne de grâce
Comment concilier « trouver grâce » et « homme juste » dans les versets qui closent Béréchit et ouvrent Noa'h.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Abraham, l'appel et le destin d'un peuple, 50 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Si nous pouvions commencer le cours, puisque nous sommes déjà assez en retard. Nous sommes donc dans Béréchit, si je ne me trompe, au chapitre Vav, au verset Ḥet. Le verset Ḥet nous pose un problème que nous avons commencé à étudier la dernière fois. Je lis ici le verset dans son intégralité: « Noa'h trouva grâce aux yeux de l'Éternel. »
C'est-à-dire que, quand on regardait ce tsadik, on n'y voyait que du noir. Et « trouver grâce » a une connotation négative. Si je trouve grâce, cela veut dire que je n'ai pas de mérite. C'est le terme de la grâce qu'on accorde à un condamné, où l'idée de gratuité est liée à la grâce. De même, en hébreu, le mot hen est à rapprocher du mot hinnam, qui veut dire gratuit. Conclusion: Noa'h n'était pas tsadik, puisqu'il n'a fait que trouver grâce. Mais si nous passons au verset juste
après, il est dit: « Voici les engendrements de Noa'h: Noa'h était un homme juste. » Il y a donc contradiction entre les termes. Comment peut-on à la fois trouver grâce et être juste ? Ce sont deux affirmations contradictoires. Qu'est-ce qu'il y a ? Vous n'arrivez pas à trouver ? C'est très facile. C'est au chapitre Vav, dans les versets Ḥet et Tet. Le verset Ḥet est le dernier verset de la paracha de Béréchit, et le verset Tet est le premier verset de la paracha de Noa'h. Dans
les éditions courantes, il y a une interruption à cause de la Haftara, mais dans le Sefer Torah, ce sont deux versets qui se suivent immédiatement.
Le premier verset nous dit que Noa'h n'était pas juste, puisqu'il n'a fait que trouver grâce, tandis que le deuxième nous dit qu'il était juste. Il y a ici une contradiction. Je crois qu'on avait également amené l'interprétation chrétienne de ce texte, à Dieu ne plaise. Vous vous rappelez ?
— Oui.
Pour le chrétien, le fait d'être juste ne dispense pas de la grâce, parce que tout homme est coupable dès la naissance en raison du péché originel. Tandis que dans la lecture juive, on voit très bien qu'en fait il n'y a pas de contradiction. Noa'h était gracieux, c'est-à-dire qu'il était digne de grâce selon les critères de Hachem, Yod Hé Vav Hé, mais il n'est pas tsadik selon les critères d'Elohim. Non, il est tsadik pour les critères d'Elohim, n'est-ce pas ? Il est tsadik selon Elohim, il n'est
pas tsadik selon Hachem. Selon Hachem, il a besoin de hen, de la grâce. Jusque-là, vous suivez ? Et cela consiste en quoi ? C'est très simple: être tsadik selon Elohim, cela veut dire que l'on connaît le Dieu de la nature. Or, le Dieu de la nature ne fait pas de différence entre les tsadikim et les rechaïm. Quand il y a une catastrophe naturelle, une inondation par exemple, qui est sauvé ? Celui qui sait nager, n'est-ce pas ? Contrairement à l'idée populaire, selon laquelle celui qui est
sauvé est le juste, la vérité est que celui qui est sauvé est celui qui sait nager. Ou qui a une bouée.
Donc cela n'explique pas pourquoi Noa'h, tout en étant tsadik du point de vue des critères d'Elohim, a quand même été sauvé. D'accord ? C'est cela qui va nous préoccuper maintenant. Je lis ici le verset Yod.
« Et la terre fut corrompue devant l'Éternel, et la terre fut remplie de violence. Dieu vit que la terre était corrompue, car toute chair avait corrompu sa voie sur la terre. »
Vayomer Elohim, et la conséquence: Vayomer Elohim à Noa'h. Elohim s'adresse à Noa'h pour lui dire: Ketz kol bassar balefanaï, la fin de toute chair est venue devant moi, ki malla haaretz ḥamass mipnéhem, car la terre est remplie de violence à cause d'eux. Il y a ici un rapport entre la débauche, parce que quand on dit corruption, il s'agit de débauche, et la violence. Souvent, une société qui tombe dans la débauche perd finalement le sens des valeurs, et il y a donc également la violence. La violence commence par le vol et finit par l'assassinat. Bon, d'accord. C'est donc une société totalement en décomposition que celle du temps de Noa'h. La conclusion d'un tel état de choses, c'est que cette société disparaît. Comment disparaît-elle ? Dans le cas précis, c'est le déluge. D'accord ? Véni mashḥitam et haaretz, je vais les détruire avec la terre.
— Vous dites que la violence et la débauche, c'est encore actuel. Et la question est: pourquoi ne détruit-on pas encore une fois le monde ? C'est-à-dire, si notre société ressemble à celle de l'époque du Déluge, pourquoi n'est-elle pas détruite comme celle de cette époque ?
Une seconde, c'est la question ou la réponse que tu veux donner ? C'est la question. Eh bien, la réponse: notre société n'est pas aussi terrible que celle du Déluge. Ce qui s'est passé avec le Déluge a entraîné une transformation profonde de l'être humain, qui fait qu'il y a des choses auxquelles on ne pourra plus jamais revenir. De même, il peut y avoir une société totalement corrompue, cela arrive, mais cela n'embrasse jamais l'ensemble de l'humanité, ne serait-ce que parce que l'humanité est morcelée en nations différentes, ce qui n'était pas le cas dans l'Antiquité.
Il y avait une grande unité cosmopolite de l'humanité, qui faisait que si quelque chose n'allait pas en un point, eh bien, cela n'allait pas dans l'ensemble. Voilà. Oui, tu voulais dire quelque chose ?
— Dans le mal. C'est-à-dire qu'on n'arrivera plus jamais à être aussi bas qu'au temps du Déluge.
Ce qui explique pourquoi la Guemara nous dit que HaKadosh Baroukh Hou a promis de ne plus amener de déluge d'eau, mais qu'il peut amener un déluge de feu. Effectivement, nous sommes aujourd'hui en danger d'un déluge de feu. Il suffit d'appuyer sur quelques boutons pour que cela marche.
Maintenant, le problème, c'est: que cela peut-il changer ? Si le monde doit être détruit, qu'est-ce que cela importe si c'est par l'eau ou par le feu ? Le Maharal de Prague explique que la différence est très profonde. L'eau détruit la forme, c'est-à-dire la nature profonde de l'être, qui ne mérite plus l'existence. Tandis que le feu détruit la matière, mais ne détruit pas la forme. Et donc cela veut dire que quelque chose est digne de rester.
L'eau détruit le feu. Oui, c'est vrai, dans la destruction c'est encore plus fort, très vrai. Oui ?
— D'après le Maharal, l'eau détruit la forme. Est-ce que l'eau, c'est de la tsoura ?
Euh, non, je ne pense pas, c'est le ḥomer, effectivement.
— Ce n'est pas une forme ?
Ah, ce n'est pas une forme, bien sûr, effectivement, très juste. D'ailleurs, l'eau se dit en hébreu maïm. Maïm, est-ce un singulier ou un pluriel ?
— Un pluriel.
De quoi ? Quel est le singulier du mot maïm ?
— Mais ?
Pas du tout. Si c'était mais, on devrait dire meïm. L'état construit, c'est mé... D'accord ? Mais quel est le singulier de maïm ?
— Ma.
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