Béréchit 6 : Noa'h, grâce et mérite
Pourquoi Noa'h échappe au Déluge alors que tout doit être détruit : le sens du Zakef Gadol.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Noa'h sort de l'arche : la reprise de la vie et le sacrifice, 52 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom tout le monde. Je reprends le livre de Béréchit, au début du chapitre Vav. Vous vous rappelez certainement que nous avons vu la dernière fois l'idée qu'il y avait deux lignées humaines: la descendance de Caïn et la descendance de Chet. Ça vous dit quelque chose ? Ou est-ce que je me trompe ? On avait étudié ça, n'est-ce pas ? Et de Chet, Hével s'est fait assassiner, n'est-ce pas ?
— Oui ?
Attends, il m'est très difficile d'entendre ce que tu dis, parce qu'il y a un vacarme insupportable. Ce n'est pas grave. Ce bruit de fond est intéressant, c'est un phénomène sociologique à analyser, mais à part ça, il nous empêche de parler. Vas-y maintenant.
On avait parlé, comme tu le dis si bien, de la descendance de Caïn, qui porte des noms abéliens, et on avait vu que la descendance de Chet, qui remplace Hével, porte des noms caïnites. Jusque-là, ça va ? Bon.
Est-ce que tu aurais une remarque à faire sur ce qu'on vient de dire ?
— Non.
— Non ? C'est très bien, nous allons donc continuer. Nous vous rappelons également que l'idéal humain de la société caïnite, c'est ce qu'on appelle Achir, le riche. Et l'idéal humain de la société abélo-séthienne, Chet-Hével, c'est le sage, en hébreu Hacham. Or, il y a un problème: il n'est pas très difficile d'être riche, il n'est pas très difficile d'être sage,
à condition de se consacrer entièrement à cela. Mais ce qui est difficile, c'est la conjugaison. La sagesse n'est que spirituelle, dans l'absolu, et la richesse n'est que matérielle, dans l'absolu. Or le Dieu créateur du monde est un, il est unique. C'est ce qu'on appelle en français le monothéisme intégral. Et le monothéisme intégral exige une participation des deux à la fois. On ne peut pas privilégier une dimension
au détriment de l'autre. Il faut donc faire l'unité du riche et du sage, et c'est là que c'est difficile. Pour être capable de faire l'unité du riche et du sage, du spirituel et du matériel, il faut être Gibor, ce qu'on traduit en français par vaillant, la vaillance, la bravoure. C'est-à-dire que ce n'est pas facile de faire l'unité.
C'est ça qu'on appelle Kippour. Et il y a un principe enseigné dans le Talmud: la prophétie ne peut reposer, le souffle prophétique ne peut reposer, que sur quelqu'un qui est les trois à la fois. Hacham, Achir, Gibor. Il faut être sage, riche et vaillant, et alors la prophétie est possible. Cela veut donc dire que dans l'humanité antique, celle que nous étudions dans la première paracha de la Torah, il n'y avait pas de possibilité de prophétie
à la manière d'Israël. La prophétie, à l'hébreu, à l'hébraïque, ça n'existait pas encore. Mais elle devient possible à partir du moment où il y a une union des deux lignées. Et là, je reprends le texte, dans le chapitre Vav, au verset Aleph.
« Vayehi ki hahel ha'adam larov al pené ha'adama, ouvanot yuldou lahem. » Il a commencé à se multiplier sur la face de la terre, et des filles leur furent engendrées. C'est très bizarre. Qu'est-ce qu'a commencé à faire l'homme ? Il a commencé à se multiplier. Le verbe, c'est larov. Vous avez probablement déjà rencontré ce verbe lors du premier commandement, lorsque Dieu s'adresse au premier couple et leur dit Pérou. Que veut dire le mot Pérou ?
Le mot pri veut dire un fruit. Il y aurait une ressemblance: péri veut dire un fruit, pérou, fructifier. Révou veut dire multiplier. Quelle est la différence entre fructifier et multiplier ? C'est très simple. Se multiplier, c'est quantitatif: au lieu de un, il y a beaucoup. Tandis que fructifier, c'est qualitatif. C'est-à-dire qu'il y a l'émergence d'une nouvelle identité. C'est ça ? C'est ça, la différence.
Et la société de l'époque du Déluge, celle qui est mentionnée ici, au chapitre Vav verset Aleph, c'est une société dans laquelle il n'y a que la multiplicité. Il y a une primauté de la quantité. C'est la quantité qui devient l'essentiel. C'est pour ça qu'il est dit: « Vayehi ki hahel ha'adam larov », « Ce fut lorsque l'homme entreprit de se multiplier. » C'est donc une société dans laquelle les valeurs, la qualité, disparaissent, elles sont estompées.
Si vous avez un morceau de tichou par exemple, ou quelque chose de ce genre, ça serait utile.
— Non, ça va, il y a ce qu'il faut ici.
— Trop gentil. Revenons au texte: Vayehi ki hahel ha'adam larov al pené ha'adama, ouvanot yuldou lahem. Et des filles leur naquirent.
Ah bon ? Il y avait toujours des filles et des garçons. Statistiquement parlant, c'est à peu près équilibré, moitié garçons, moitié filles. Alors c'est quoi cette histoire que des filles sont nées ? Des filles et des garçons. Mais ça veut dire que dans une société où le quantitatif l'emporte, c'est la fille qui est mise en évidence.
C'est-à-dire qu'il y a un idéal de la beauté féminine qui devient le centre de la société. Grande, blonde, aux yeux bleus. C'est le signe d'une société qui a perdu le sens de la vitalité. C'est une société dévitalisée qui ne s'intéresse plus aux valeurs, mais uniquement aux superficialités. « Vayiro'u bnei ha'Elohim et benot ha'adam, ki tovot henna »: les fils de Dieu ont vu les filles des hommes, car elles étaient belles. « Vayikhu lahem nashim mikol asher bachrou »: ils prirent pour eux des femmes, parmi toutes celles qu'ils avaient choisies.
Qui sont les fils d'Élohim, qui sont les filles de Ha'adam ? C'est très simple, nous sommes au chapitre Vav, verset Bet. C'est d'une simplicité même désarmante, n'est-ce pas ? Est-ce que tu as trouvé ?
— Oui.
— C'est génial, je suis heureux pour toi.
Il y a donc eu les fils d'Élohim. Qui sont-ils ? Nous avons vu précédemment qu'il y avait deux lignées humaines: les descendants de Chet et les descendants de Caïn. Les descendants de Chet s'occupaient de choses divines, de sagesse, d'abstrait, tandis que les descendants de Caïn s'occupaient de technologie, d'art, de tout ce qui est matériel si l'on veut, de la civilisation humaine.
Tout nous indique donc que les bnei Elohim en question, ce sont les descendants de Chet. N'est-ce pas ? Les fils des dieux, c'est l'origine de ce qu'on trouve dans les mythologies. Mais ce que nous dit la Torah, c'est qu'il s'agit ici des hommes qui étaient les descendants de Chet. Il y a donc eu des unions entre les deux lignées. Est-ce que cette union est un bien ou un mal ? Tel que c'est décrit ici, dans le verset Aleph et le verset Bet, ça a l'air négatif.
Effectivement, il y a en allusion l'idée qu'ils ont usé de la violence pour prendre les femmes, qu'ils ont enlevé des femmes, des femmes mariées, des choses de ce genre. C'est-à-dire qu'ils ont été emportés par la beauté féminine. Il y a donc ici une réaction critique. « Vayomer Hachem »: Dieu dit: « Lo yadon ruhi ba'adam le'olam », mon esprit ne sera pas patient pour l'homme …
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