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La guerre commence le 8 mai 1945 selon Michel Gad Wolkowicz

Ouverture d'un colloque de Chibolette : identité juive, transmission et antisémitisme après la Shoah.

25 min

Ensuite : De l'Autre au Quelqu'un : sortir de l'identité juive abstraite, 13 min

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonjour à tous. Écoutez, on a déjà réussi un exploit: c'est de discuter avec les Juifs pour qu'on commence à peu près à l'heure. Donc, à peu près, c'est déjà pas mal. Je suis très heureux d'ouvrir ce colloque sous le signe de Sion, Makom, identité humaine, identité juive, du 7 octobre 2023 à octobre 2025. J'en remercie d'abord le Centre Begin, dans la personne de Yoël Haddad, qui nous a accueillis avec beaucoup de chaleur et d'efficacité. Je suis d'autant plus content de faire ce colloque, bien sûr à

Jérusalem, mais aussi au Centre Begin, parce que ça nous rappelle un souvenir formidable du colloque qu'on a fait il y a 11 ans maintenant, ici, à Jérusalem. Je remercie Actuji Magazine Israël, avec Carole Azoulay, qui a été une collaboratrice formidable, les comités Chibolette avec Thibault Moreau, toujours efficaces, et puis nos partenaires Mosaïque avec Antoine Mercier, la Fondation France-Israël, présidée par Muriel Haïm, les éditions In Press, et puis j'oublie sûrement quelqu'un, comme d'habitude. Je remercie aussi la Fondation Adélis, administrée par Rebecca Boucouiz.

J'étais très heureux de l'inauguration hier, par l'exposition de notre ami Richard Kenisman. Ses œuvres, pour ceux qui n'étaient pas là, je le répète, ses œuvres qu'il a faites depuis le 7 octobre, tous les jours, en référence au 7 octobre justement, mais qui a fait un véritable travail de culture. Ce n'était pas seulement du pathos, pour nous donner des représentations du 7 octobre. Il l'a intriqué avec la pensée juive, avec de l'humour aussi, et ça nous a aidés à nous donner des représentations de ce qu'on vivait,

à nous permettre de faire des liens, des liens entre nous, comme les séminaires de Chibolette qu'on a faits ici ou à Paris. C'était important de nous rassembler, un véritable travail de liaison et de rassemblement. Au fond, on était tellement entamés dans notre narcissisme, dans notre identité à la fois individuelle et collective, qu'on avait besoin d'essayer de retisser une sorte de peau psychique, qui est loin encore d'être tout à fait élaborée.

Ce travail de culture, Freud l'a formulé par cette phrase: « Wo Es war, soll Ich werden », c'est-à-dire « là où il y a ça, je dois advenir ». Je, c'est-à-dire Israël. Raphaël Drey avait repris cette formule: là où Canaan est, Israël doit devenir. C'est un peu notre travail de reconstruction aujourd'hui, particulièrement. Yerushalmi d'ailleurs, l'historien, disait: je refuse de parler de la Shoah sans parler en général de l'histoire et de la pensée juive. C'est tout à fait, je crois, très important. Notre identité, ce n'est ni la Shoah, ni le 7 octobre. C'est justement de réélaborer notre identité à la fois singulière et collective.

Le colloque va se clôturer par le film d'Éden Lévi-Campana, Atikva, du fleuve à la mer. C'est un film formidable. Et entre-temps, toute cette journée sera consacrée aux présentations, aux croisements des réflexions et des regards. C'est un peu tout à fait exemplaire de la démarche de Chibolette en général, pour ceux qui nous connaissent et qui nous suivent, c'est-à-dire de rassembler des praticiens de toutes les disciplines, afin justement de croiser ces réflexions et ces regards, afin de discerner les signes, les signaux, les emblèmes, les symptômes de nos problématiques humaines, sociétales, civilisationnelles, et d'essayer d'établir et de réétablir régulièrement, et là, il y a de la matière, une clinique du contemporain.

Les titres du colloque sont empruntés aux titres des livres, vous l'avez remarqué, de Raphaël Drey, pour qui toute cette année est consacrée en hommage. Il nous a quittés il y a dix ans, et on avait d'ailleurs fait, avec lui, la préparation du CCT Jérusalem il y a dix ans. Et puis aussi, et c'est le titre de la communication de mon ouverture, à Michaël Bartzwi, mon copain, j'ai donné ce titre: L'éloge de la guerre après la Shoah, avec le sous-titre que lui avait inspiré son père: «

La guerre pour les Juifs commence le 8 mai 1945 ». Et je crois que cette phrase, « La guerre et la terre qui nous ont manqué depuis 2000 ans », c'est bien ce dont on a besoin aujourd'hui, et c'est bien ce qui est notre droit retrouvé aujourd'hui. Je voudrais aussi dédier cette journée, comme je l'ai écrit sur le programme, à Boualem Sansal, notre ami, qui nous manque tellement, et à qui l'on pense avec toute notre affection.

Alors, l'identité. « L'identité entre les accords, souviens-toi, et tu choisiras la vie. » Une intrication: identité, transmission, appartenance, c'est-à-dire des filiations conflictualisables. La transmission est un entre-deux: tradition-création, singulier-collectif, biogénétique, symbolique, surdéterminé. Freud avait dit cette phrase que je répète souvent: « Ce dont tu hérites, acquiers-le pour mieux le posséder. Ce que tu laisseras de côté sera d'un poids lourd. » Et Groucho Marx, j'aime bien ces deux phrases se complétant: « Pourquoi ferais-je quelque chose pour les générations suivantes ? Qu'ont-elles fait pour moi ? » Ces deux phrases disent la responsabilité réciproque entre les générations. Elles disent aussi l'ambivalence, et l'assomption de l'ambivalence, qui fait partie, j'allais dire, de l'éthique juive. Assumer l'ambivalence, assumer le travail de culpabilité.

Alors, un peuple: le peuple juif est effectivement un peuple unheimlich, un peuple étrange, étrangèreté. Un peuple aussi d'antinature, disait Albert Cohen, anti-nature, c'est-à-dire la capacité de s'arracher au biologique, justement. On en reparlera certainement. Faire parler le destin, quand même. Qu'est-ce que c'est que ce peuple qui s'invente un dieu pour le combattre, qui brandit son livre pour le discuter, et qui, et c'est vraiment la folie juive, qui initie la circoncision ? C'est quand même fou, non, d'avoir initié la circoncision. Non, vous ne trouvez pas ?

C'est une éthique de l'interprétation ouverte, des interprétations qui peuvent être insensées. Le Juif est juif en Moïse, qui ne l'est pas. L'humour juif, c'est raconter une histoire qu'on ne comprend qu'à moitié et qui a un double sens. Faire parler le destin, qu'il soit tordu de rire ou d'angoisse, c'est ouvrir à l'indéfini de la pensée, à la métaphore, au transfert, à un infini plutôt qu'à un absolu. C'est ouvrir à une identité programme, une construction toujours à devenir, polyphonique, polysémique.

Shlomo Sand avait cru délégitimer le peuple juif en écrivant L'Invention du peuple juif. En fait, il ne croyait pas si bien dire: la fierté du peuple juif, son côté vivant, c'est justement sa capacité à s'inventer, à se réinventer et à se recréer. Il investit dans la transmission, une transmission comme processus, une transmission de la transmission, qui n'a pas besoin, pour exister, de détruire un autre peuple. C'est le sens du sionisme. On va parler d'identité, identité juive, identité hébraïque, identité, on verra, chaque proposition sera là. Le sionisme, je reprends les termes de Michaël, c'est une uchronie, une réponse à un appel, une injonction à transmettre, une façon d'être, au fond, qui transcende les idéologies et les croyances.

Freud parlait de judéité, et c'est peut-être de ça dont on va parler beaucoup dans cette journée, la judéité. Il disait: mes parents étaient juifs, je suis demeuré juif, je suis juif. Je n'ai ni la émouna, ni un …

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