La nouvelle ère Trump : deuxième mandat et tournant américain
Comment Michel Gurfinkiel analyse la réélection de Trump, son programme et la place de l'Amérique dans le monde.
Ensuite : Le mystère Chouchani, témoignages de ses élèves, 44 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bonsoir. L'horloge qui se trouve en face de moi, donc derrière vous, m'indique qu'il est 20h02. Il va bientôt être 20h03. Je pense que les deux ou trois minutes de rigueur se sont écoulées et que nous pouvons commencer cette discussion entre nous ce soir sur l'élection, plutôt la réélection, pour un second mandat, de Donald Trump.
Lorsque, pour la première fois, en 2016, j'ai entendu que Donald Trump était candidat à la présidence des États-Unis, ma réaction a bien entendu été de rigoler, parce que je ne prenais pas cette candidature au sérieux. Très peu de gens la prenaient au sérieux à l'époque. Et Donald Trump, évidemment, a surpris tout le monde, puisqu'il a été élu président des États-Unis en 2016 contre tous les pronostics.
Et je dois dire que si, au moment où Donald Trump a quitté la Maison-Blanche au début de 2021, on avait demandé aux gens: « Est-ce que vous croyez que dans quatre ans Donald Trump sera à nouveau président des États-Unis ? », certainement les trumpistes purs et durs auraient dit oui. Mais la plupart des gens, y compris pas mal de partisans de Trump, auraient répondu: évidemment, ce n'est pas très sûr, c'est même assez peu probable.
Il a déjoué les pronostics. À deux reprises, il s'est imposé. D'ores et déjà, on peut dire qu'il a sa place dans l'histoire des États-Unis et dans l'histoire de la politique mondiale. C'est un cas hors normes, un cas extrêmement intéressant, fascinant à beaucoup d'égards.
Il y a déjà eu, dans l'histoire des États-Unis, un président qui a fait deux mandats non consécutifs. Il s'appelait Grover Cleveland. Je ne crois pas qu'il ait donné son nom à la ville de Cleveland, qui se trouve dans l'État d'Ohio, Cleveland étant un nom anglais ancien. C'était un démocrate, le premier démocrate élu à la tête des États-Unis après la guerre de Sécession.
Le cas, il faut bien le dire, est extrêmement rare. Il y a des présidents qui sont réélus pour un deuxième mandat. Il y a des présidents qui sont candidats à leur réélection et qui ne sont pas réélus. Mais être réélu après un mandat intermédiaire occupé par une autre personnalité, c'est excessivement rare. En fait, cela ne s'était jamais présenté, sauf avec Cleveland, auparavant.
L'élection actuelle, celle qui s'est déroulée début novembre derrière nous, début novembre 2024, est très différente de la première élection Trump. La première élection Trump, en 2016, c'était d'abord un homme seul, qui avait réussi à prendre le vieux parti républicain à l'abordage, mais qui était extrêmement contesté au sein même de ce parti. Le parti avait dû accepter le verdict des primaires. Une grande partie des cadres et des dirigeants du parti républicain étaient en fait extrêmement froids envers l'homme qui s'était imposé comme leur candidat. Il avait autour de lui une équipe improvisée, de bric et de broc.
Il avait des idées fortes qui, incontestablement, avaient séduit une partie suffisante de l'électorat américain, puisqu'il avait été élu. Mais on entrait dans un flou artistique dès qu'on s'approchait des détails de la politique qu'il entendait mener. Il avait en face de lui une opposition démocrate solide, bien installée au Congrès, dominante dans les médias, dominante dans la classe intellectuelle et même dominante à Wall Street.
Enfin et surtout, sa réussite en 2016 était une réussite relative. Vous savez, aux États-Unis, le président n'est pas élu directement par le peuple américain. Il est élu, évidemment, par les citoyens, par le peuple, dans chaque État. Et ensuite, chaque État, en fonction des résultats obtenus par les différents candidats lors de la journée électorale, envoie un certain nombre de délégués à un collège électoral qui va procéder réellement à l'élection. C'est donc une élection à deux degrés, une élection indirecte.
Cela a une particularité: on peut, dans certains cas, se trouver devant un président qui n'a pas obtenu la majorité des voix sur le plan national, mais qui obtient une majorité des représentants au collège électoral. La majorité des voix sur le plan national, dans le langage politique américain, on appelle cela le vote populaire. Il y a donc des présidents qui ne détiennent qu'une minorité en termes de vote populaire, mais qui, tout de même, à travers le système indirect, ont réussi à disposer d'une majorité de représentants, État par État. C'était le cas, et cela a effectivement été le cas de Donald Trump en 2016.
Compte tenu de tout ce que je viens de dire, c'est-à-dire du fait que cette candidature était considérée pratiquement comme un accident de la politique, jusque dans une partie du Parti républicain, eh bien, on ne s'est pas fait faute, pendant toute la première administration de Trump, de prétendre que Trump n'était pas entièrement légitime. Et au fur et à mesure que son comportement politique a pu poser problème aux uns et aux autres, disons que la « non-légitimité » de son élection a pesé de plus en plus lourd dans l'esprit d'un certain nombre de personnes.
En 2024, la situation est radicalement différente. D'abord, le parti est devenu un parti trumpiste. Il y a eu des primaires au sein du parti républicain, il n'y en a pas eu au même moment dans le parti démocrate, mais il y a donc eu des primaires dans le parti républicain, et Trump s'est imposé presque immédiatement, d'une manière totalement écrasante. Le parti a été remodelé, sinon par Trump lui-même, du moins par le phénomène politique global et massif qu'il représente.
Deuxièmement, le trumpisme de 2024 diffère profondément du trumpisme de 2016, en ce sens qu'il n'y a plus seulement les intuitions personnelles de Trump, qui sont très importantes, mais il y a aussi une doctrine qui s'est élaborée en huit ans. Elle s'est élaborée pendant la première administration, puis elle s'est élaborée pendant la traversée du désert, les quatre années Biden. Une doctrine originale. J'ai dit huit, pardon, quatre. Oui, pardon. Je veux dire qu'il y a eu huit années de gestation et de consolidation du trumpisme, dont, effectivement, la traversée du désert, les quatre années Biden. C'était bien suffisant.
Ceci est un changement considérable. Ensuite, une autre différence: les idées de Trump en 2016 pouvaient être considérées comme des idées d'outsiders, des idées qui, en quelque sorte, cassaient la baraque. En 2024, la situation est complètement différente. Ce sont devenues des idées mainstream, des idées qui frappent l'ensemble de l'opinion américaine et qui séduisent des secteurs extrêmement variés de cette opinion.
Enfin, face à Trump, le Congrès est aujourd'hui dominé par les républicains: les deux chambres du Congrès, le Sénat et la Chambre des représentants. Et surtout, les médias et la classe intellectuelle sont totalement dévalorisés face au phénomène Trump. C'est une grande différence avec les années précédentes. D'abord parce qu'ils n'ont pas été capables de l'appréhender, parce qu'ils l'ont traité par le mépris, alors que c'était réellement un phénomène profond au sein de l'opinion et de la politique américaines. Et puis, surtout, parce que c'était peut-être l'une des raisons fondamentales du succès de Trump en 2024: le parti démocrate lui-même avait connu, sous les années Biden, une telle dérive qu'une bonne partie de la société américaine avait désormais décidé …
Cours du Centre Begin
Dans la même série
78 conférences et rencontres du Centre Menahem Begin (Jérusalem), en français : histoire d'Israël, sionisme, pensée juive. Environ 59 h.
- 20
Achever Sartre : Sartre et Benny Lévy dans L'Espoir maintenantLe dernier entretien de Sartre avec Benny Lévy, sa publication de 1980 et la bibliothèque de Sartre à Jérusalem. - 21
Un an après le 7 octobre : les défis identitaires d'IsraëlDenis Charbit, Daniel Haïk et Stéphane Amar débattent de ce que le 7 octobre a changé dans la société israélienne. - 22
Manitou, la parole retrouvée : soirée au Centre BeginUne soirée autour de la pensée de Manitou, de ses élèves et du film qui lui est consacré. - 23
Manitou, la parole retrouvéeMichael Grynszpan et Ephraïm Herrera reviennent sur le film consacré au Rav Manitou et sur la lecture de sa pensée. - 24
La nouvelle ère Trump : deuxième mandat et tournant américainComment Michel Gurfinkiel analyse la réélection de Trump, son programme et la place de l'Amérique dans le monde. - 25
Le mystère Chouchani, témoignages de ses élèvesDeux anciens élèves racontent leur première rencontre avec Chouchani et répondent aux récits sur son côté sombre. - 26
Richard Darmon : la seconde guerre d'indépendance d'IsraëlAnalyse des fronts ouverts contre Israël, du Hamas au Hezbollah, et du rôle des journalistes dans le débat. - 27
De Gaulle, Begin et l'avenir de Gaza en 1956Comment la rencontre de 1956 entre Begin et de Gaulle éclaire la question de la bande de Gaza après Suez. - 28
La Shoah en terres d'islam et dans la diaspora sépharadeComment la Shoah s'est jouée hors d'Europe, et le rôle de la résistance juive d'Algérie dans l'opération Torche. - 29
Étincelles, l'anthologie de la pensée de ManitouPrésentation du livre et de la méthode d'étude de Manitou, transmise par Ephraim Herrera.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav