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Le mur de fer de Jabotinsky, cent ans après

Pierre Lurçat présente l'article de 1923 et la thèse de la dissuasion, face aux Arabes d'Eretz-Israël.

1 h 48

Ensuite : Le Centre Begin et ses rencontres pour le public francophone, 6 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Yoël Haddad: Bonsoir à toutes et à tous. Je vois qu'on est déjà nombreux, donc on va pouvoir commencer. Est-ce qu'on m'entend ? Je vais faire une courte introduction avant de laisser la parole à Pierre Lurçat. Vous voyez sur votre écran la couverture de la traduction de Pierre Lurçat du Mur de fer de Zeev Jabotinsky.

Je ne sais pas si vous avez déjà lu ou si vous avez eu le temps de lire cet article, qui a été écrit par Zeev Jabotinsky il y a exactement 100 ans, le 4 novembre 1923. Avant de donner la parole à Pierre Lurçat, je voulais faire une présentation du texte, de quelques extraits, pour voir de quoi il s'agit et comment ce texte est encore tellement d'actualité.

D'abord, dans le premier paragraphe de son texte, Jabotinsky tient à préciser la chose suivante: certains considèrent l'auteur de Céline comme l'ennemi des Arabes, comme un partisan de leur éviction du pays, etc. Rien n'est moins vrai. Du point de vue émotionnel, mon attitude envers les Arabes est semblable à mon attitude envers tous les autres peuples: une indifférence polie. Comme tous les Juifs, je suis disposé à prêter serment en mon nom et en celui de mes descendants que jamais nous n'enfreindrons cette égalité et que nous ne tenterons pas d'évincer les Arabes ou de les opprimer. »

Ce préambule est assez important, parce que Jabotinsky savait qu'il était déjà considéré de son vivant comme un fasciste ou un ultranationaliste, alors que c'était bien sûr un libéral, un démocrate, et quelqu'un de très tolérant. Donc il tient à faire cette précision au tout début de son texte.

Ensuite, Jabotinsky rentre plus dans le vif du sujet. Il parle de l'impossibilité d'un accord, il traite de la stratégie qu'il faut selon lui adopter face à l'opposition arabe, du monde arabe, et plus particulièrement des Arabes d'Erets Israël, à l'installation juive en Erets Israël. Et donc, en premier lieu, il dit qu'il y a une impossibilité de faire la paix dans l'immédiat. Il n'y a pas lieu de parler de réconciliation entre nous et les Arabes d'Erets Israël, ni maintenant, ni dans un avenir proche. Tous ces gens de bonnes intentions, à l'exception de ceux qui sont aveugles de naissance, ont compris depuis longtemps qu'il n'était pas possible d'obtenir l'accord des Arabes pour transformer Erets Israël d'un pays arabe en un pays ayant une majorité juive.

Jabotinsky, et Artiel avant lui, considèrent que le premier enjeu du sionisme était de faire d'Erets Israël un territoire à majorité juive. C'est comme ça que Jabotinsky voyait les choses. C'était pratiquement le seul enjeu, en tout cas le premier. Et donc, forcément, puisque les Arabes, même s'ils n'étaient pas constitués en nation sur le territoire d'Erets Israël à l'époque, étaient majoritaires sur ce territoire, s'il y a une autre majorité qui vient s'imposer ou se constituer, c'est évident qu'il y aura une opposition, et que cette opposition peut devenir même violente.

Ensuite, Jabotinsky parle plus généralement de ce genre de cas dans l'histoire. Il utilise le terme de colonisation. Peut-être que Pierre Lurçat nous donnera plus tard plus de détails à ce sujet. Ce mot est très connoté de nos jours. Il a un sens particulier, surtout après tout ce qui s'est passé, la décolonisation et tout ce qu'on a vécu. C'est devenu un terme plutôt négatif. Mais je pense que, en tout cas, dans la bouche de Jabotinsky, il n'a pas une connotation négative. Et en tout cas, ce n'est pas une invasion comme on le voit aujourd'hui.

Chaque lecteur a des idées générales concernant l'histoire de la colonisation d'autres pays. Je lui propose de se remémorer les exemples connus, et, après l'examen de la liste entière, il pourrait tenter de trouver au moins un exemple dans lequel la colonisation s'est faite avec l'accord des habitants du pays. Il n'en existe aucun. Donc il dit que ça n'existe pas dans l'histoire, des cas où une population essaie de s'installer sur un territoire déjà habité et que ça passe sans opposition.

Les habitants du pays, qu'ils soient civilisés ou non, ont toujours combattu avec opiniâtreté les colonisateurs, civilisés ou non. Les Autochtones se sont battus non pas parce qu'ils craignaient de manière consciente et en connaissance de cause leur expulsion, mais simplement parce que les Autochtones ne peuvent jamais accepter la colonisation, en quelque lieu et à quelque époque que ce soit.

Tout ça, c'est encore du domaine de l'introduction. Il n'est pas encore dans la thèse centrale, mais il met des points d'introduction qui sont importants à comprendre avant d'en arriver à la thèse centrale. Un point est important: aucun gain économique ne peut apaiser l'opposition. Le fantasme selon lequel ils accepteraient de leur plein gré la réalisation du sionisme, en échange d'un avantage culturel ou matériel que le colonisateur juif leur apporterait, est infantile.

Ce fantasme trouve son origine dans le mépris que les amis des Arabes parmi nous vouent au peuple arabe, et ce mépris a pour origine le préjugé et l'image infondée qu'ils ont de ce peuple: le Arabe serait soi-disant une populace avide de peau de vin, prête à renoncer à sa terre ancestrale en échange d'un réseau de chemin de fer moderne. Cette image n'a aucun fondement. Ce qui est important dans ce point, c'est que Jabotinsky prend un peu à contre-pied les apparences: son point de vue, qu'on pourrait dire dur, provient d'un respect des Arabes, alors que le point de vue plus conciliant de ses opposants vient, selon lui, justement d'un mépris de la population arabe.

Maintenant, on en arrive à la thèse centrale: l'opposition se maintient tant qu'elle a l'espoir de chasser le conquérant. Le texte de Jabotinsky dit: « Chaque peuple lutte contre les colonisateurs tant qu'il possède encore une lueur d'espoir de se débarrasser du danger de la colonisation. » Ça, c'est la phrase centrale du texte. C'est ce que font aujourd'hui les Arabes d'Erets Israël, et c'est ce qu'ils feront demain.

Nombreux parmi nous sont ceux qui croient encore, dans leur naïveté, que les Arabes ne nous comprennent pas et que c'est la seule raison pour laquelle ils agissent contre nous. Si seulement nous parvenions à leur expliquer combien nos intentions sont modestes, ils s'empresseraient de nous tendre une main fraternelle. C'est ce que disent les opposants de Jabotinsky. Et lui répond que c'est une erreur, qui a déjà été démontrée à plusieurs reprises.

L'implantation a un seul et unique objectif. On a tendance à croire qu'on peut peut-être arriver à quelque chose, à des compromis avec les Arabes, etc., en faisant semblant que nos intentions ne sont pas forcément de créer un État ou d'établir une majorité juive. Jabotinsky ne se méprend pas. Il dit qu'il faut être clair avec eux et leur dire quelles sont nos intentions. L'implantation a un seul et unique objectif, mais les Arabes ne sont pas disposés à accepter ses conséquences. Tout cela relève de la nature des choses, et il est impossible de changer la nature.

Ensuite, il passe à un autre sujet qui est aussi d'actualité, vous allez le voir par vous-mêmes. Aux yeux de beaucoup …

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