Pourquoi nous sommes les fils de Yehouda
Yehouda, qui a vendu Yosef, devient le modèle de la techouva et donne son nom au peuple juif.
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Ensuite : Retourner la corne du bélier : de la force à la parole, 4 min
En bref
Le cours explique pourquoi le peuple juif porte le nom de Yehouda, et non celui de Yosef, pourtant héros de l'histoire de Yaakov. Il montre comment Yehouda, qui avait proposé de vendre Yosef, change après l'épisode de Tamar et se propose en esclave à la place de Binyamin. Il en tire que le nom Yehouda vient de la reconnaissance et de la reconnaissance de ses fautes, et que le judaïsme croit à la possibilité de se relever après la chute.
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Alors, bonjour à tous. Le peuple juif s'appelle peuple juif, mais ça n'a pas toujours été le cas. Parfois on l'a fait à l'époque d'Avram, c'étaient les Hébreux, ensuite c'étaient les Béni Israël, les enfants d'Israël. Mais ça fait déjà pas mal de temps qu'on nous appelle les Juifs. Mais ça vient d'où, le Juif ? Ça vient de Yehouda, en hébreu. Yehouda, c'est Judas, le quatrième fils de Yaakov. Et de Yehouda on a fait Yehoudim. Yehouda, c'est…
Le personnage qui occupe le début de notre paracha, Vayigach, c'est là Yehouda. Yehouda s'approche, il va faire le discours de sa vie. Il n'empêche que le héros de la paracha de Vayigach, eh bien, c'est Yossef. C'est Yossef qui est d'ailleurs le héros des quatre parachiot.
De l'histoire de l'affaire qui porte son nom, l'affaire Yossef, qui commence à Vayechev, et puis on a Miketz, puis Vayigach, et Vayechi. Si vous voulez, il y a quatre grandes parachiot, on va dire un tiers du livre de Béréchit, qui est consacré à l'histoire de Yossef. Et le héros, c'est Yossef. Et c'est donc assez curieux que finalement ce Yossef qui nous apprend…
…qu'est-ce que c'est que le pardon, qui a une vision avec beaucoup de recul de ce qui lui est arrivé. Il remet les choses dans leur contexte, il ne veut absolument pas que ses frères ressentent la moindre culpabilité. Enfin, c'est vraiment un grand monsieur, Yossef, un grand tsadik. Il réussit d'ailleurs, pendant sa période un petit peu égyptienne, à préserver ses valeurs.
Il n'a pas succombé à la séduction de Mme Potiphar. Il en a payé un prix énorme avec les années d'emprisonnement, etc. Yossef, c'est vraiment le tsadik. Il est très curieux que, d'une perspective historique plus large, si vous voulez, on ne s'appelle pas les enfants de Yossef, on s'appelle les enfants de Yehouda, les Yehoudim, les Juifs.
Alors, pourquoi est-ce que Yehouda, finalement, a réussi à prendre le pas sur Yossef au niveau historique ? Pourquoi c'est de lui que nous nous rappelons, et moins de Yossef ? D'autant plus que Yehouda, si vous vous rappelez bien dans l'affaire Yossef, n'avait pas de bourreau, là. C'est quand même lui qui a dit au début de l'histoire, près du puits, là-bas, dans cette fameuse plaine de Dotan: pourquoi est-ce qu'on va le tuer ? Ça nous apportera rien du tout. Ma betsa kina, naharog et ahinou: qu'est-ce que ça va nous apporter de tuer notre frère ? On va le vendre !
Une phrase horrible, finalement. C'est-à-dire que, pour convaincre ses frères, il n'utilise pas ce qu'il aurait dû utiliser. C'est-à-dire: c'est notre frère, on ne va quand même pas le tuer. Mais simplement, ça ne nous rapportera rien. Vous savez que cette phrase…
Nous avons eu, nous, Juifs, beaucoup de problèmes, puisque les chrétiens s'en sont servis comme base d'un des arguments antisémites les plus connus: les Juifs, donc le Yehouda, les Juifs sont prêts à vendre leurs frères pour un peu d'argent. La question que j'ai posée tout à l'heure est vraiment une grande question: comment se fait-il que nous soyons appelés au nom de Yehouda alors que, finalement, le beau rôle dans cette histoire n'est pas celui de Yehouda, c'est celui de Yossef ? Eh bien, c'est parce que Yehouda, figurez-vous, a changé.
Et le Yehouda de notre paracha, c'est plus le même Yehouda qu'on a connu au début de l'affaire. Qu'est-ce qui s'est passé entre les deux ? Il s'est passé qu'il a appris ce que c'est que la responsabilité. Il s'est mis lui-même à la place de ce petit Binyamin, qui risque de devenir esclave. Et celui qui était prêt à vendre Yossef comme esclave est prêt maintenant, quelques années et quelques parachiot après, à se donner lui-même comme esclave pour que Binyamin…
…le petit frère de Yossef, ne soit pas lui-même vendu en esclavage. Ce retournement de situation, cette techouva, cette véritable techouva, on la doit à Yehouda. Yehouda a changé. Et pourquoi a-t-il changé ? On nous raconte un petit épisode entre les deux: c'est l'histoire de Tamar.
Yehouda avait trois enfants, trois fils. Le premier s'est marié avec une certaine Tamar, et puis il est mort, sans avoir d'enfant. Tamar épouse le deuxième fils, et il est mort aussi, sans avoir d'enfants. Yehouda a peur de donner le troisième fils, Chela, à Tamar, et donc il la laisse un petit peu tout seule, lui faisant croire que le mariage est imminent, alors que pas du tout.
Et elle, lorsqu'elle le comprend, elle use d'un stratagème assez incroyable: elle se déguise en prostituée, et elle réussit à séduire Yehouda lui-même, qui est de passage sur la route. Yehouda n'avait pas prévu la chose, il n'a pas de quoi lui payer cette prostituée, donc il lui laisse des gages. Et quand il veut retrouver cette fameuse prostituée pour récupérer ses gages, elle a disparu. Il apprend ensuite que Tamar est enceinte, et il entre dans une fureur énorme: il va absolument la mettre à mort.
Tamar, très délicatement, avec beaucoup de tact, lui envoie les gages qu'il avait laissés, et elle dit à celui qui va les lui remettre: dites-lui simplement que c'est de lui que je suis enceinte, de celui à qui appartiennent ce bâton et ce manteau, etc. Et Yehouda comprend que c'est lui qui est en faute. Il a cette force de caractère extraordinaire: personne n'est au courant, elle l'a dit de manière très discrète, il n'y a que lui qui le sait, finalement. Il aurait donc pu continuer et faire en sorte que cette affaire soit étouffée, mais il décide de reconnaître ses torts: Tsadka mimeni, elle a raison et pas moi.
Elle aura donc la vie sauve, et il assumera cette relation qu'il a eue avec Tamar. Yehouda, c'est celui qui est capable, à partir de la faute, de se relever. Et le Yehouda de la fin de l'histoire de Yossef, celui qui se porte garant pour Binyamin, c'est évidemment l'inverse, l'opposé du Yehouda du début. Et c'est pour ça que nous sommes les Yehoudim. Yehouda, ça vient de lehodot: reconnaître, remercier.
La maman de Yehouda, à sa naissance, l'a appelé Yehouda justement parce qu'elle voulait remercier: Hapaam odé, cette fois je vais dire Toda, je vais remercier. Et c'est pour ça qu'il s'appelle Yehouda. Mais Yehouda, ce n'est pas seulement « je remercie », c'est aussi « je reconnais ». Parce que remercier, c'est toujours une part de reconnaissance également.
Cette force qu'on a de pouvoir non pas éviter les erreurs, mais, une fois qu'on les a commises, d'être capable de se relever, de changer, de faire ce qu'on appelle un cheshbon nefesh, une remise en cause, et devenir ensuite quelqu'un de beaucoup plus élevé que ce qu'on était avant: ça, c'est le but, si vous voulez, du judaïsme, qui n'a jamais cru à l'homme infaillible, mais qui croit à la possibilité que nous avons de nous relever après la chute. Et c'est Yehouda qui nous l'apprend: c'est le premier qui fait techouva. Et, comme vous le savez, là où les baalé techouva se trouvent,
Cours d'Orot veKelim
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